Lovée dans un recoin de la Voie lactée, à 25000 années-lumière d'ici, il est une planète qui répond désormais au doux nom de OGLE-2005-BLG-390Lb. Cet astre n'a pas encore tout à fait l'aspect d'une «autre» Terre, mais cela y ressemble de plus en plus. Une équipe internationale d'astrophysiciens révèle son existence aujourd'hui dans la revue Nature. Et détaille les caractéristiques stupéfiantes de cette perle du cosmos peut-être pas si rare.

A ce jour, le compteur des exoplanètes répertoriées, ces planètes orbitant autour d'une étoile autre que le Soleil, affiche 170*. La plupart sont des géantes gazeuses, très massives, qui se trouvent très proches de leur soleil. Mais la petite dernière présente un autre profil.

Elle pèse l'équivalent de 5,5 fois la Terre, ce qui en fait l'exoplanète la moins massive connue à ce jour. De plus, seules 2,6 unités astronomiques (UA) la séparent de sa propre étoile – une UA équivalant à la distance Terre-Soleil. «Des exoplanètes ont déjà été détectées à de telles distances, explique Pascal Fouqué, de l'Observatoire Midi-Pyrénées, et l'un des auteurs de cette percée. Mais elles sont gazeuses.» La nouvelle venue, par contre, est solide, car probablement composée de roches et de glaces, sa température étant estimée à -220°C.

«Cette découverte est fascinante, s'enthousiasme l'astrophysicien, car ce genre d'objets cadre bien avec ceux que l'on observe dans notre système solaire.» Elle conforte aussi les scientifiques dans l'une de leurs théories de formation des planètes: l'accrétion par le cœur.

Tout commencerait ainsi dans un conglomérat de poussières de roches et de glace, qui grossit de plus en plus en attirant tout le matériel alentour dans le disque protoplanétaire, comme une boule poussée dans la neige. Ces planètes accumulent ensuite plus ou moins de gaz. Mais seules les plus massives finissent par migrer vers leur étoile, comme le détaille une autre théorie. «Notre découverte suggère que de telles exoplanètes froides et de petite masse (inférieure à celle de Neptune) pourraient être beaucoup plus courantes que les géantes gazeuses», concluent les chercheurs de l'équipe PLANET dirigée par Jean-Philippe Beaulieu, de l'Institut d'astrophysique de Paris.

«Ces assertions sont tout à fait raisonnables, commente Willy Benz, planétologue à l'Université de Berne. Nos modélisations montrent même que, lors des processus de formation planétaire, 90% des planètes restent de taille modeste.» Notre galaxie abriterait donc des milliers d'autres pseudo-Terres.

Cette découverte marque aussi l'avènement de la méthode des «microlentilles gravitationnelles», jusque-là marginalisée puisqu'elle n'avait mené qu'à la découverte de deux exoplanètes. Cette technique trouve ses fondements dans la théorie de la relativité générale d'Einstein. Les corps célestes, par gravitation, attirent les rayons de lumière qui les frôlent et dévient leur trajet, comme le ferait une lentille convergente. Ainsi, lorsqu'une étoile passe devant une autre dans la ligne de mire, et tient momentanément ce rôle de lentille, l'éclat de celle qui se situe à l'arrière-plan semble s'amplifier. De même, si l'étoile-lentille est accompagnée d'une planète, cette dernière peut être repérée.

Mais la méthode a aussi les défauts de ses qualités. L'amplification lumineuse par l'exoplanète s'avère difficile à détecter et à interpréter. «De plus, il faut que l'étoile-source, l'étoile-lentille et sa planète-compagnon ainsi que l'observateur soient parfaitement alignés, ce qui est le cas environ lors d'une observation sur un million», admet Pascal Fouqué. «Les scientifiques considéraient dès lors ce type de détection comme très improbable», commente Didier Quéloz, astrophysicien à l'Observatoire de Genève, qui privilégie, lui, une autre méthode, celle des «vitesses radiales».

L'idée est d'observer les mouvements de la «danse» circulaire que se livrent une étoile et son exoplanète par attraction gravitationnelle réciproque. Une démarche garante de succès, puisqu'elle a permis de découvrir la plupart des 170 exoplanètes existantes.

«Mais au final, reprend Pascal Fouqué, notre méthode a l'avantage de pouvoir découvrir des planètes solides très éloignées de leur étoile, et donc très intéressantes, ce que ne permettent que difficilement les vitesses radiales.» Le pas de danse entre partenaires célestes est en effet d'autant moins perceptible que la distance qui les sépare est grande. «Mes homologues ont montré que l'on peut obtenir des résultats probants avec les microlentilles gravitationnelles», résume Didier Quéloz.

Reste que cette méthode implique une grosse infrastructure. «Au Chili, un télescope nommé OGLE balaie chaque nuit le ciel et détecte, parmi les quelque 20 millions d'étoiles observées, si l'éclat de l'une d'elles varie», explique Pascal Fouqué. Lorsque c'est le cas – environ deux fois par nuit –, cinq télescopes basés dans l'hémisphère Sud sont alors successivement pointés sur l'étoile suspecte, et l'observent en continu. Un type de recherches qui nécessite acuité, patience et persévérance. «Mais qui, conclut Pascal Fouqué, devrait définitivement compléter l'arsenal des méthodes de détection d'exoplanètes.» Et permettre de découvrir d'autres objets comme OGLE-2005-BLG-390Lb, voire peut-être, avec un peu de chance, la première «autre» Terre.

* http://vo.obspm.fr/exoplanetes/encyclo