Cette fois, c’est quasiment sûr. Certes, personne ne peut aller y poser les pieds pour vérifier, mais l’exoplanète CoRoT-7b, qui tourne autour de l’étoile TYC4799-1733-I située dans la constellation de la Licorne, à environ 500 années-lumière de la Terre, doit avoir la même consistance que notre planète bleue. Autrement dit, elle est rocheuse, annonce aujourd’hui une équipe européenne de scientifiques emmenée par Didier Queloz, de l’Observatoire de l’Université de Genève, dans la revue Astronomy and Astrophysics! C’est la première fois qu’une telle affirmation peut être scientifiquement assurée par des mesures de divers types. «C’est de la science dans ses aspects les plus stupéfiants et les plus passionnants», déclare Didier Queloz.

L’annonce de la découverte de CoRoT-7b a été faite en février dernier déjà. L’exoplanète a été repérée par le satellite européen Corot, grâce à l’aide de la méthode dite des «transits»: en passant régulièrement devant son étoile toutes les 20,4 heures, la planète en occulte une partie de la luminosité certes infime (0,03%) mais toute de même mesurable par l’instrument optique du satellite. Cette méthode permet ainsi de déterminer la taille de l’exoplanète – elle a en l’occurrence un diamètre 80% supérieur à celui de la Terre – mais pas sa masse.

Pour trouver cette dernière, les scientifiques ont recours à la méthode des «vitesses radiales», utilisée depuis les premières découvertes d’exoplanètes en 1995. L’idée consiste à mesurer, dans la lumière qu’émet l’étoile, ses légers déplacements générés sous l’effet de la force d’attraction par les astres gravitant autour d’elle. Cet effet étant d’autant plus grand que la masse de l’exoplanète est grande, cette technique permet donc de déterminer la masse de cette dernière. C’est exactement ce qu’ont fait les chercheurs, en utilisant le meilleur instrument au monde pour cette tâche, le spectrographe HARPS – de construction genevoise – sorte d’analyseur de lumière stellaire installé sur un téle­scope de l’Observatoire européen austral (ESO), à La Silla, au Chili.

Après avoir calculé cette masse, «nous avons ainsi calculé que la densité de CoRot-7b devait être proche de celle de la Terre, explique Didier Queloz. Des mesures extrêmement compliquées, qui ont nécessité beaucoup de temps et de vérifications, car l’on voulait être absolument certains de nos conclusions. L’étoile étant très jeune, environ 1,5 milliard d’année et légèrement plus petite que notre Soleil, elle a des taches similaires aux taches solaires à sa surface, ce qui a fortement brouillé le signal recueilli.» «Je n’ai pas encore vu tous les détails de l’étude, mais si les données montrent un signal clair, alors la détermination directe de la masse de la planète, et donc de sa densité, est une grosse réussite», commente David Charboneau, expert américain en exoplanète du Smithsonian Center for Astrophysics à Harvard.

Selon Didier Queloz, cette découverte porte deux enseignements. «Le premier est que la marche à suivre – utiliser les deux techniques – est la bonne, et garante de succès. C’est d’ailleurs pour cela qu’a été construit et lancé le satellite européen Corot, suivi depuis par son pendant américain Kepler. L’appareil a coûté environ 60 millions d’euros: c’était une étape chère, mais nous sommes très contents des résultats aujourd’hui.»

Deuxièmement, ces travaux permettent de mieux cadrer le domaine en pleine expansion de la «chasse aux exoplanètes», dont 375 ont été mises au jour: «Depuis deux ans, les scientifiques ont découvert beaucoup de super-Terres, comme CoRot-7b. Mais on ne savait pas si celles-ci ressemblaient à des planètes de type Neptune, ou si elles étaient rocheuses. Et encore moins si elles pouvaient héberger la vie. Désormais, nous avons un exemple certain de super-Terre rocheuse. A partir de là, on pourra extrapoler nos découvertes à la douzaine d’autres objets similaires déjà repérés.»

De là à dire qu’il y a de la vie sur CoRot-7b, Didier Queloz a une réponse toute faite: «L’exoplanète est si proche de son étoile [seulement 2,5 millions de km, soit 23 fois plus proche que Mercure ne l’est du Soleil, ndlr] qu’elle doit ressembler à l’enfer de Dante, avec une température dépassant les 200o degrés. A sa surface, il doit donc probablement y avoir de la lave ou un océan bouillonnant. Avec des conditions si extrêmes, il est absolument impensable que la vie se développe.»