Distinctions

Prix Nobel de la paix «pour rire» décerné à des chercheurs bernois

Chaque année, juste avant l’annonce des vrais Prix Nobel (dès lundi), l’Université de Harvard décerne les IgNobel, qui récompensent des recherches tout à fait scientifiques, parfois loufoques ou absurdes, qui font souvent rire avant de faire réfléchir. Pour la deuxième année de suite, la Suisse décroche le Prix IgNobel de la paix.

Rebelote! C’est la deuxième année de suite que la Suisse remporte le Prix Nobel de la Paix! Oh, pas la distinction prestigieuse remise à Stockholm qui rend les gens célèbre. Mais chaque année, quelques jours avant l’attribution des fameuses récompenses (dès lundi), l’Université de Harvard (Etats-Unis) annonce les noms des lauréats des IgNobel, des «anti-prix» – le mot ignobel se prononce en anglais comme «ignoble» – qui distinguent les recherches scientifiques les plus loufoques ou absurdes ayant pour but de faire rire avant de faire réfléchir.

Cette année, en cette période de crise, la thématique tournait autour de la notion de risque, lors de la cérémonie qui a eu lieu dans la nuit du 1er au 2 octobre. Et des chercheurs de l’Université de Berne ont voulu savoir si justement, lorsqu’une personne est frappée à la tête avec une bouteille, le risque qu’elle ait le crâne fendu est plus grand si le flacon est vide, ou plein. Pour ce faire, Stephen Bollinger et ses collègues du département de médecine forensique ont mis sur pied une expérience: dans une baignoire, ils ont disposé des bouteilles vides et pleines, et ont lâché sur elles une balle d’acier de 1 kg. Un instrument permettait de mesurer la quantité d’énergie nécessaire pour briser les flacons. Or celle-ci était plus grande (40 joules) si la chopine était déjà bue que si elle était remplie (30 joules). Ce qui veut dire que le premier objet constitue une arme plus dangereuse, lorsqu’il est «appliquée» sur une tête bien dure, car il faut plus d’énergie pour le fracasser.

Ces travaux, menés avec le plus grand sérieux – comme tous ceux qui sont distingués par un prix IgNobel d’ailleurs –, ont été publiés dans la revue Journal of Forensic and Legal Medicine. Et pour leur haute utilité dans la lutte contre la prévention des bagarres dans les bars, ils sont donc distingués aujourd’hui par le prix IgNobel de la paix. L’an dernier, c’est une autre équipe suisse, la Commission nationale d’éthique dans le domaine non-humain, qui avait décroché cette même médaille, pour avoir adopté le principe selon lequel les plantes ont dignité. Ainsi, cueillir une marguerite sur le bord d’un chemin simplement parce que le promeneur la trouve belle constituerait une action totalement insoutenable… Une décision qui avait fait parler de la Suisse dans le monde entier au sein des milieux de l’éthique.

D’autres prix IgNobel, non moins drolatiques, ont été remis. Dont l’un – celui de chimie – est aussi lié à l’alcool. Des chercheurs de l’Université de Mexico ont proposé une application pacifique permettant non seulement de boire leur breuvage national, la tequila, mais aussi de le transformer en infime couche de diamants, l’alcool étant constitué en grand nombre d’atomes de carbone, qui composent la structure du brillant bijou. Précieuse découverte!

A propos de richesse, le prix IgNobel d’économie a été décerné aux directeurs et experts de quatre banques islandaises – Kaupting Bank, Landsbanki, Glitnir Bank, et Central Bank of Iceland – pour avoir montré avec perspicacité que de toutes petites banques peuvent rapidement se transformer en établissement monstrueux, et vice versa. Et surtout pour avoir appliqué la même théorie à toute l’économie d’un pays. Avec les résultats que l’on sait.

Dans le même ordre d’idée, le prix de mathématiques a, lui, été décerné à Gideon Gono. Le gouverneur de la banque centrale du Zimbabwe qui, ayant peut-être la folie des grands nombres, n’a pas hésité à partager sa passion avec le peuple en faisant imprimer des billets de banques dont la valeur s’étendait entre 1 centime et 100 billions de dollars (100 000 000 000 000$).

Le domaine médical n’a pas été épargné. Des chercheuses de l’école médicale de l’Université de Chicago, dont l’une avait vécu en Ukraine à l’époque de l’accident de Tchernobyl, furent convaincues qu’il était possible de faire d’une pierre deux coups avec l’un des objets qu’elles portent tous les jours: leur soutien-gorge. Elles ont donc développé une version qui peut aisément se transformer en masque à gaz en cas d’incident nucléaire, d’attaque bioterroriste ou d’incendie important. Pour cette invention qui peut élégamment changer la face d’un monde contaminé, elles ont reçu le prix IgNobel de santé publique.

Celui de médecine a été attribué à un allergologue californien, Donald Unger, passionné par une question fondamentale elle aussi: est-ce que le fait de faire craquer les phalanges de ses propres doigts peut conduire à y développer de l’arthrite, comme ça mère le lui avait prédit? Pour le vérifier, il s’est mis à faire craquer ses doigts de sa main gauche, mais pas ceux de sa main droite. Et ceci pendant plus de 60 ans! Au final, il n’a jamais souffert d’arthrite. Un effort de persévérance qui le met aujourd’hui sous le feu des projecteurs, et lui permet surtout de dire à sa mère aujourd’hui au paradis que, non, elle avait tort.

Toujours dans le domaine des soins, le prix IgNobel de médecine vétérinaire a récompensé deux scientifiques de l’Université de Newcastle pour avoir démontré une assertion essentielle et certainement déjà connue dans le monde de la paysannerie: les vaches qui ont un nom produisent plus de lait que celles qui restaient anonymes. Une découverte qui pourrait toutefois aider les paysans suisses, qui surproduisent actuellement. La solution ne pourrait-elle pas passer par une action simple: débaptiser toutes les vaches?

Après déjà quelques sourires, la cérémonie n’était pas encore achevée, puisque le prix de biologie a été remis à des chercheurs japonais pour avoir montré que la masse des déchets ménagers pouvait être réduite de plus de 90% en utilisant des bactéries extraites des excréments de pandas géants. Utile. Le prix de physique a distingué, lui, les travaux d’une équipe américaine qui a démontré par a + b un mystère de la physique des corps solides: pourquoi les femmes enceintes ne basculent pas vers l’avant en fin de grossesse.

Quant au prix IgNobel de littérature, toujours très couru, il va cette année à la police irlandaise, qui a envoyé plus d’une cinquantaine d’amendes écrites à la personne qui commettait le plus d’infractions routières dans le pays: Prawo Jazdy. Un nom qui en polonais veut dire «permis de conduire».

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