astrophysique

Prix Nobel: une compétition sans Marcy

Scientifiques suisses et américains ont longtemps tenu la corde dans la découverte des exoplanètes, un champ en proie à d’intenses compétitions

La découverte des exoplanètes a beau être un champ de recherche relativement récent, il n’en est pas moins le théâtre d’une intense compétition. Restée longtemps marginale, la traque des planètes extrasolaires vit son tournant majeur en 1995. C’est en effet à cette date que Michel Mayor et Didier Queloz portent pour la première fois leur regard sur une petite planète située dans la constellation boréale de Pégase, baptisée par la suite 51 Pegasi b.

Aujourd’hui, ce sont des centaines de scientifiques qui espèrent tous découvrir de nouveaux corps célestes, mais avant cela, seules quelques équipes étaient occupées à traquer ce que d’aucuns considéraient encore comme de la science-fiction. En tête de file se trouvent alors des équipes américaines et suisses. «Les Américains étaient clairement considérés comme les grands spécialistes de la question, avant que les Suisses ne les coiffent au poteau avec 51 Pegasi b, retrace François Forget, astrophysicien et directeur de recherche CNRS au laboratoire de météorologie dynamique de la Sorbonne. Déjà à la fin des années 1990, nous savions que la découverte des exoplanètes remporterait un jour un Prix Nobel, mais nous étions incapables de parier sur qui l’emporterait.»

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Au coude-à-coude

Il faut dire qu’en face de Mayor et de Queloz se trouve un astronome de poids: Geoffrey William Marcy. Considéré comme l’un des pionniers de la découverte et de la caractérisation des planètes extrasolaires, c’est lui qui, avec son équipe, a découvert 70 des 100 premières exoplanètes connues, de même que le premier système multiplanétaire extrasolaire, nommé Upsilon Andromedae. Un palmarès stupéfiant qui ne suffit pas à faire oublier 51 Pegasi b, qui restera à jamais la première exoplanète identifiée. «Nous étions en concurrence avec un groupe américain qui avait trois planètes dans ses tiroirs», se souvient Michel Mayor dans un article publié dans Le Temps en 2005. Accusant l’équipe de Mayor de lui avoir «volé la vedette», le groupe de Marcy conteste d’abord la véracité des résultats, avant de confirmer finalement la découverte.

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En 2015, Geoffrey Marcy est également reconnu coupable de harcèlement à l’égard de plusieurs étudiantes, ce qui entraîne sa démission du poste de professeur à l’Université de Californie à Berkeley. «Ce scandale a sans doute pesé dans la décision du Nobel, suggère François Forget. Cependant, il faut aussi souligner qu’en parallèle à leur découverte majeure, les scientifiques suisses n’ont cessé, depuis vingt-cinq ans, de confirmer leur savoir-faire, notamment par la conception d’instruments hyper-performants.»

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