Alors que les Etats-Unis ont ouvert la vaccination aux enfants entre 5 et 11 ans le 3 novembre dernier et que Moderna vient tout juste de déposer son dossier pour les 6-11 ans auprès de l’Agence européenne des médicaments, la Suisse ne s’est toujours pas prononcée sur la question. Et pour cause: pour l’heure ni Pfizer ni Moderna n’ont déposé de demande d’autorisation auprès de Swissmedic, l’autorité suisse de surveillance des produits thérapeutiques.

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En attendant, que doit-on savoir sur la vaccination des plus jeunes, sera-t-elle également recommandée en Suisse? Trois questions à la professeure Claire-Anne Siegrist, pédiatre et cheffe du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Le Temps: Selon les données produites par Pfizer et publiées ce 9 novembre dans le «New England Journal of Medicine», l’efficacité du vaccin chez les 5-11 ans est de 90,7% avec des doses de seulement 10 microgrammes contre 30 chez les adultes. Comment l’expliquer?

Claire-Anne Siegrist: Il est classique que certains vaccins nécessitent un dosage plus élevé après l’adolescence, qui déclenche déjà une diminution de la capacité de réponse du système immunitaire. Ainsi, le dosage de 30 microgrammes utilisé par Pfizer chez l’adulte et l’adolescent n’est pas nécessaire chez les plus jeunes, et Moderna prévoit aussi d’utiliser des doses plus faibles chez les enfants.

L’Académie américaine de pédiatrie s’était prononcée pour une mise à disposition la plus rapide possible du vaccin pour les enfants en raison de la recrudescence des hospitalisations pédiatriques après l’apparition du variant Delta ou des risques de covid long. Qu’en pensez-vous?

En effet, le taux d’infection des enfants est bien plus élevé avec le variant Delta, et le nombre d’hospitalisations augmente aussi, même si c’est beaucoup moins que chez l’adulte. Pour des raisons encore partiellement comprises (accès aux soins? obésité morbide?), ce risque d’hospitalisation semble quatre ou cinq fois plus élevé aux Etats-Unis qu’en Europe. En Suisse, une centaine de cas de syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique ont été identifiés après un covid depuis le début de la pandémie… le nombre d’enfants infectés permettant de calculer l’incidence n’étant pas connu. En France, il y a eu 695 cas après un covid et l’incidence cumulée a été estimée à 47,9 cas par million chez les moins de 18 ans. Cela reste donc très rare.

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D’un autre côté, les données sur le covid long sont encore très contradictoires, les études étant hétérogènes et souvent de qualité moyenne. Celles randomisées montrent une incidence de 5 à 10%, parfois sans différence avec le groupe contrôle.

Les enfants sont désormais les plus touchés par le Covid-19 en Suisse. De fait, pensez-vous qu’il faudrait recommander la vaccination pour cette tranche d’âge?

Il me semble probable qu’une autorisation d’utilisation sera accordée en Europe et en Suisse, au moins pour les enfants vulnérables. Beaucoup de facteurs doivent être pris en compte dans une recommandation lorsque les formes graves d’une maladie sont très rares. Dont une question particulièrement importante à mes yeux et que les données scientifiques commencent à soutenir: serait-il plus efficace de laisser se faire l’infection à un âge où elle est bénigne dans l’immense majorité des cas, de manière à stimuler le système immunitaire et l’immunité mémoire plus largement, contre plus de protéines virales, et ainsi obtenir une meilleure protection contre les futurs variants qui continueront à émerger?

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