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Le plaignant, Dewayne Johnson, a obtenu gain de cause devant les tribunaux.
© Josh Edelson

Agrochimie

Procès du Roundup: Monsanto condamné à payer 289 millions de dollars 

Selon un jury californien, le désherbant Roundup de Monsanto était bien à l'origine du cancer qu'a développé un agent d'entretien. Il a condamné le géant américain à lui verser 289 millions de dollars (287 millions de francs). Monsanto fera appel

Il a fallu trois jours aux jurés de la Cour supérieure de Californie pour annoncer leur verdict. Ils ont estimé que Monsanto avait agi avec «malveillance» et que son herbicide Roundup, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient «considérablement» contribué à la maladie du plaignant, Dewayne Johnson.

Tombé dans les bras de ses avocats à l'annonce du verdict, partagé entre larmes et sourire, ce dernier réclamait plus de 400 millions de dollars, estimant que ces produits avaient entraîné son cancer et que Monsanto avait sciemment caché leur dangerosité. Le géant américain a été condamné à 250 millions de dollars de dommages punitifs, assortis de 39,2 millions de dollars d'intérêts compensatoires.

Recours de Monsanto

«J'ai reçu beaucoup de soutien depuis le début de cette affaire (...) Je suis content de pouvoir aider une cause qui me dépasse largement. Et j'espère que cette décision commencera à lui apporter l'attention dont elle a besoin», a réagi M. Johnson lors d'une conférence de presse.

Selon l'un des avocats du plaignant, Brent Wisner, le verdict «montre que les preuves (de la dangerosité du glyphosate) sont accablantes.» «Des gens souffrent du cancer car Monsanto ne leur a pas donné le choix», a-t-il ajouté, se disant déterminé à «(se) battre jusqu'au bout».

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«Le jury a eu tort», a répliqué le vice-président de Monsanto Scott Partridge devant le tribunal. L'entreprise a par ailleurs immédiatement annoncé dans un communiqué qu'elle avait l'intention de faire appel et réitérant l'idée que le glyphosate, principe actif du Roundup, ne cause pas le cancer et n'est pas responsable de la maladie du plaignant. 

«Nous exprimons notre sympathie à M. Johnson et à sa famille. La décision d'aujourd'hui ne change pas le fait que 800 études scientifiques et les conclusions de l'agence américaine de la protection de l'environnement (EPA), des instituts nationaux pour la santé et des autres autorités de régulation à travers le monde soutiennent que le glyphosate ne cause pas de cancer et n'a pas causé le cancer de M. Johnson», affirme le groupe. «Nous ferons appel de la décision et continuerons à défendre vigoureusement ce produit qui bénéficie de 40 ans d'histoire d'une utilisation sans danger et qui continue à être un outil essentiel, efficace et sans danger pour les agriculteurs et autres usagers», ajoute-t-il.

En phase terminale

Le géant agrochimique, qui vient d'être racheté par l'allemand Bayer, était poursuivi par cet Américain de 46 ans qui a abondamment utilisé le désherbant Roundup et sa version professionnelle plus puissante, le RangerPro, dans le cadre de son travail de jardinier, entre 2012 et 2014. 

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Ce père de trois enfants a été diagnostiqué en 2014 d'un lymphome non hodgkinien, un cancer incurable du système lymphatique. Les médecins lui donnent moins de deux ans à vivre. M. Johnson, qui n'avait pas de problème de santé auparavant, a expliqué, lors de son témoignage fin juillet, qu'il n'avait aucune idée des controverses sur le glyphosate avant de voir des marques sur sa peau et de se renseigner sur internet.

Près de 5000 procédures en cours

Si ce dossier est le premier autour du glyphosate à arriver devant un tribunal, c'est parce que la loi californienne oblige la justice à organiser un procès avant le décès du plaignant. Mais près de 5000 procédures similaires sont actuellement à l'examen aux Etats-Unis. Le verdict de vendredi «va provoquer une cascade de nouvelles affaires», estime Robert F. Kennedy Jr, membre de l'équipe d'avocats autour du plaignant.

Les inquiétudes sur le glyphosate, Classé «cancérigène probable» depuis 2015 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ont en outre donné lieu à l'ouverture d'innombrables enquêtes aux Etats-Unis et déclenché un débat d'experts en Europe après des conclusions contradictoires. Malgré ces débats, les pays de l'Union européenne ont voté de justesse en novembre en faveur du renouvellement pour cinq ans de l'autorisation de l'herbicide.

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En Suisse, le Conseil fédéral a estimé en mai qu'il n'y a toujours pas de raison d'interdire le glyphosate. Les concentrations mesurées sont si faibles qu'elles ne présentent pas de danger pour la santé du consommateur, selon lui.

De la saccharine à l'agrochimie

Créé en 1901 à Saint-Louis, dans le Missouri, Monsanto a d'abord produit de la saccharine, un puissant édulcorant, puis s'est lancé dans l'agrochimie à partir des années 1940.

Il a notamment été associé à la fabrication, avec d'autres groupes chimiques, du défoliant connu sous le nom «Agent Orange», utilisé massivement par l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam.

Son herbicide vedette et polémique, le Roundup, est lancé en 1976, puis Monsanto met au point la première cellule de plante génétiquement modifiée avant de se spécialiser dans les OGM. Les premières semences génétiquement modifiées, conçues pour résister au même Roundup, sont commercialisées à partir des années 90.

Herbicide le plus utilisé au monde sous diverses marques, depuis que le brevet détenu par Monsanto est tombé dans le domaine public en 2000, il est aussi accusé d'être néfaste pour l'environnement et de contribuer à la disparition des abeilles, ou encore d'être un perturbateur endocrinien.

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