agrochimie

Les producteurs de chlorpyriphos font de la résistance

Syngenta et plusieurs autres fabricants et distributeurs de ce pesticide hautement toxique s’opposent à son interdiction formulée récemment par l’Office fédéral de l’agriculture

Sans surprise, les fabricants et les distributeurs de chlorpyriphos et de chlorpyriphos-méthyl se sont opposés à la procédure visant l’interdiction de ces deux pesticides en Suisse. Huit fabricants et distributeurs ont déposé une plainte auprès du Tribunal administratif fédéral, ont annoncé vendredi 19 juillet les ONG Greenpeace et WWF dans un communiqué conjoint.

Le 28 mai, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) avait déclaré ces deux molécules indésirables dans les champs suisses, où plus de 5000 kilos ont été utilisés en 2017 sur de nombreuses cultures, dont des fraises, des framboises et des vignes. Les fabricants disposaient d’un recours de trente jours. Vingt-six insecticides commerciaux étaient concernés. Les stocks existants pouvaient être épuisés durant les douze prochains mois.

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«Trois [fabricants] demandent un délai pour liquider les stocks, mais acceptent le principe de l’interdiction. Dow AgroSciences, Syngenta et Sintagro, en revanche, [y] sont opposés», lit-on dans le communiqué. Les deux pesticides demeurent interdits malgré ces plaintes. Olivier Félix, responsable du secteur Protection durable des végétaux de l’OFAG, «prend note de cette décision», sans faire le moindre commentaire sur la procédure «qui reste du seul ressort du tribunal».

«Les preuves de la nocivité du chlorpyriphos sont si claires que son interdiction définitive ne fait aucun doute, commente Philippe Schenkel, expert des questions agricoles pour Greenpeace Suisse. Les industriels essaient de gagner du temps, mais ce n’est plus qu’une question d’années.» Très toxique, le chlorpyriphos subsiste à l’état de traces sur certains fruits et légumes. Les études scientifiques signalent notamment des effets sur les enfants via une possible contamination par le cordon ombilical lors de la grossesse. Le cerveau d’enfants de 6 à 11 ans possède un cortex d’autant plus fin que l’exposition durant la grossesse a été importante, a ainsi conclu une équipe américaine en 2012 dans la revue PNAS.

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Dans le monde entier, les nuages s’amoncellent au-dessus de ce pesticide commercialisé par Dow depuis 1965, puis par d’autres, pour remplacer le DDT. La Commission européenne doit prochainement se prononcer négativement sur le renouvellement de son autorisation qui arrive à échéance, écrit Le Monde. Dans une enquête parue le mois dernier, le quotidien révélait d’ahurissantes failles dans le processus d’évaluation de ce pesticide: «Les autorités évaluent le chlorpyriphos sur la base de données rassemblées non pas par les chercheurs traquant ses effets nocifs sur le cerveau des enfants, mais par les industriels qui en font commerce.»

Les firmes agrochimiques n’entendent pas se laisser faire et ont même déjà engrangé une belle victoire d’étape hier: aux Etats-Unis, l’Agence de protection de l’environnement a indiqué ne pas envisager d’interdiction de ce pesticide, faute de preuves scientifiques «valides, complètes ou sûres». La bataille pour le chlorpyriphos semble loin d’être terminée.

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