La secrétaire exécutive de la Convention de l’ONU sur les changements climatiques Christiana Figueres a affirmé que l’objectif fixé par les coprésidents pour cette session a été atteint. Invités à présenter des adjonctions au texte initial de 38 pages, les gouvernements ont pu insérer leurs vues particulières dans le document de travail, épais désormais de 86 pages.

La responsable de l’ONU a souligné la bonne atmosphère des discussions et un accord croissant entre tous les pays sur la nécessité d’arriver dans la seconde moitié du siècle à la neutralité carbone. Les vues continuent de diverger sur les étapes intermédiaires des réductions de gaz à effet de serre, 2020, 2030, 2050 ou même 2100 selon les options, a indiqué Mme Figueres. «Ce fut une semaine importante qui a enrichi le terrain d’entente, un bon investissement», a déclaré la responsable aux journalistes. Elle n’a pas caché en même temps que le document de Genève sera une base de négociations difficile pour les deux semaines de session prévues en juin à Bonn.

Frustration de l’UE

L’Union européenne (UE) s’est déclarée déçue par le manque de progrès sur la substance. «Nous avons manqué une occasion de négocier sur les questions de fond», a déclaré à la presse la cheffe de la délégation de l’UE Ilze Pruse (Lettonie). «Il ne reste que 289 jours jusqu’à la conférence de Paris. Il est impératif de réduire les options sur la table», a-t-elle affirmé. La représentante de la Commission européenne Elina Bardram a espéré que la session de Bonn permettra de mieux entrer dans la substance.

Confiant son «sentiment de frustration», elle a réitéré la volonté de l’UE de parvenir à Paris à un accord ambitieux au niveau de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et juridiquement contraignant. L’UE s’est fixée comme objectif à long terme une réduction de 50% des émissions de CO2 en 2050 par rapport à 1990.

Emergence d’un consensus

Les impressions sont aussi mitigées du côté helvétique. Le chef de la délégation suisse Franz Xaver Perrez a salué le fait que la session de Genève soit parvenue au minimum nécessaire, soit un accord sur un texte commun. En même temps, il a affirmé que la Suisse aurait souhaité pouvoir avancer davantage le processus de négociations à Genève. Il aurait espéré un texte qui non seulement reflète toutes les vues différentes, mais aussi l’émergence d’un consensus.

Les délégations sont d’accord pour dire qu’il reste beaucoup à faire d’ici à la conférence de Paris en décembre. La forme juridique d’un futur accord à Paris, contraignant ou non, est incertaine. Les débats sur le financement du Fonds vert n’ont pas avancé de même que ceux sur le mécanisme de contrôle des engagements. Aucune négociation sur le texte de Genève n’est prévue avant la session de Bonn en juin, soit seulement six mois avant Paris. En principe, les Etats doivent présenter leurs engagements nationaux de réduction des émissions d’ici au 31 mars.

Questions ouvertes

Le Réseau Action Climat a relevé que toutes les questions difficiles restent ouvertes. Les ONG ont averti cette semaine qu’il est déjà trop tard pour contenir le réchauffement de la planète en deçà des 2 degrés et qu’en l’état actuel des engagements de réduction des gaz à effet de serre, le monde file vers les 4 ou 5 degrés supplémentaires à la fin du siècle, avec des conséquences dévastatrices.

La répartition de l’effort entre pays développés et pays en développement est le nœud du problème. Les pays pauvres réclament un traitement différent, au nom du droit au développement et de la responsabilité historique des pays industrialisés dans le changement climatique. Les Etats-Unis et la Chine, les deux plus gros pollueurs, détiennent la clé d’une solution, s’ils parviennent à s’entendre sur un partage des réductions échelonnées des émissions de CO2. Mais, outre-Atlantique, le Congrès à majorité républicaine est hostile à toute concession.