Un vaccin contre le paludisme? Longtemps, ce graal a semblé inaccessible. Au total, plus de 100 candidats vaccins ont été testés chez l’homme contre le parasite responsable de la maladie, Plasmodium falciparum. En vain, jusqu’ici. L’enjeu est de taille: en 2019, la maladie a touché 229 millions de personnes dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et causé 409 000 décès, dont 94% en Afrique. Parmi ceux-ci, 270 000 avaient de moins de 5 ans.

Depuis quelques années, l’espoir renaît enfin. Un nouveau candidat vaccin, conçu par l’Université d’Oxford (Royaume-Uni), a montré des signes d’efficacité très encourageants lors d’un essai mené chez 450 enfants au Burkina Faso. Le résultat a été publié le 23 avril en pré-print dans la revue The Lancet. Précisons que cet essai était avant tout destiné à évaluer la sécurité de ce candidat vaccin, nommé R21/MM (essai de phase IIb). Mais il donne aussi une idée de son efficacité.

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Les enfants, âgés de 5 à 17 mois, ont été divisés en trois groupes par tirage au sort. Le groupe 1 a reçu le candidat vaccin antipaludique, boosté par une faible dose d’adjuvant (un composé visant à renforcer la réponse immunitaire). Le groupe 2 a reçu le même candidat vaccin, boosté par une plus forte dose d’adjuvant. Et le groupe 3, un vaccin contre la rage (groupe contrôle). Tous les enfants ont reçu trois doses de vaccin, espacées d’un mois, la dernière dose étant administrée juste avant la saison où sévit le paludisme. Au bout d’un an, une quatrième dose de rappel leur a été administrée.

Résultats: après un an de suivi, aucun effet indésirable grave n’a été observé. De plus, 50 des 146 enfants du groupe 1 ont développé un paludisme clinique, et 39 des 146 enfants du groupe 2 – contre 106 des 147 enfants du groupe contrôle. Soit une efficacité de 71% pour le premier groupe et de 77% pour le second. «Pour la première fois, un vaccin contre le paludisme atteint l’objectif de 75% d’efficacité [fixé par l’OMS] dans une population d’enfants africains, après un suivi de 12 mois», se réjouissent les auteurs de ce travail, coordonné par les professeurs Adrian Hill, de l’Université d’Oxford, et Halidou Tinto, qui a conduit l’essai clinique au Burkina Faso. Un résultat qualifié de «nouvelle très positive» par Pedro Alonso, directeur du Programme mondial de lutte antipaludique de l’OMS.

Après le RTS,S

En réalité, les promesses d’un vaccin antipaludique se précisent depuis quelques années déjà, avec le candidat de la firme GSK, en collaboration avec une organisation à but non lucratif, la Malaria Vaccine Initiative (MVI). Ce vaccin, nommé RTS,S/AS01, a été évalué chez 15 000 enfants en bas âge dans sept pays d’Afrique subsaharienne. En 2015, le verdict est tombé: en quatre ans, chez les enfants de 5 à 17 mois, ce vaccin a évité près de 4 cas sur 10 (39%) de paludisme et 3 cas sur 10 (29%) de paludisme grave. A la demande de l’OMS, l’Agence européenne du médicament (EMA) l’a expertisé et elle a donné, en 2015, un avis favorable. L’OMS a toutefois demandé une évaluation en conditions de vie réelles, actuellement menée au Ghana, au Kenya et au Malawi.

Pour ce qui est du nouveau candidat vaccin d’Oxford, le R21/MM, les résultats de l’essai de phase II sont «une nouvelle très positive», estime Pedro Alonso, directeur du Programme mondial de lutte antipaludique de l’OMS. Mais l’étape suivante est très attendue: «Il s’agit maintenant d’évaluer son efficacité et sa sûreté sur un plus grand nombre d’enfants, dans un essai dit «de phase III», indique Kristen Kelleher, de l’OMS. Il importera aussi de tester ce vaccin dans des régions où le paludisme sévit toute l’année.» Cet essai est déjà prévu, chez 4800 enfants âgés de 5 à 36 mois, dans quatre pays: le Burkina Faso, le Mali, le Kenya et la Tanzanie.

Si ce vaccin confirme ses promesses, il sera produit par un laboratoire indien privé, le Serum Institute of India, le plus gros fournisseur de vaccins en Afrique. «Comme pour les autres vaccins infantiles en Afrique, il sera rendu accessible grâce aux achats en masse effectués par l’Unicef et l’organisation internationale GAVI», précise Adrian Hill.

Une chose est sûre. «A eux seuls, ces deux nouveaux vaccins ne permettront pas d’éradiquer le paludisme», relève Marc Thellier, responsable du Centre national français de référence du paludisme, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Les autres outils de prévention gardent toute leur place. Au premier rang desquels, les bonnes vieilles moustiquaires imprégnées d’insecticide, auxquelles s’ajoutent désormais les pièges à moustiques, plus efficaces autour des lieux d’habitation.


Une technologie innovante

Le vaccin antipaludique d’Oxford fait appel à la même technologie que celui de GSK. Par un savant jeu de Lego génétique, on fabrique une protéine hybride: elle associe une protéine présente à la surface du parasite à une protéine présente à la surface du virus de l’hépatite B. Premier avantage, ces vaccins vont protéger non seulement contre le paludisme, mais aussi contre l’hépatite B. Dans les deux cas, par ailleurs, c’est la même protéine du parasite qui a été choisie. Pas par hasard: c’est la clé qui permet à Plasmodium falciparum d’ouvrir la serrure pour entrer dans les cellules du foie humain où, en temps normal, le parasite va se multiplier. Mais les personnes vaccinées vont produire des anticorps contre cette clé, ce qui bloquera l’infection du foie. Autre astuce, on s’arrange pour que cette protéine hybride soit portée à la surface de particules qui miment l’enveloppe d’un virus. «Cela va améliorer la réponse immunitaire», explique le docteur Marc Thellier.

Dernier atout, et non des moindres: «Notre vaccin est très facile à produire à faible coût», souligne Adrian Hill. Comme le vaccin GSK, il est fabriqué dans des «usines cellulaires» bon marché, ici des levures, cultivées en fermenteurs.