La courbe, qui pointe «droit vers le haut», a quelque chose d’inquiétant. Il s’agit de la vitesse de propagation du Covid-19 dans plusieurs pays touchés par le virus. Tandis que celles de l’Autriche ou de la Suède montent gentiment, les chiffres suisses grimpent plus abruptement – bien plus, même, que ceux de la contamination en France.

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Selon les données actualisées jeudi 12 mars par l’Office fédéral de la Santé publique (OFSP), 858 cas de coronavirus ont été testés positifs en Suisse dans 23 cantons sur 26. Le virus a connu une expansion brutale avec quelque 200 nouveaux cas déclarés en 24 heures, dont 33 à Zurich. Il s’agit en majorité d’hommes, ayant un âge médian de 49 ans. Le pays compte désormais six décès des suites de la maladie.

En valeur absolue, ces statistiques ne font pas encore sauter au plafond. Mais rapportées à la population totale et à la date à laquelle le premier cas a été détecté dans notre pays, elles laissent penser que le nombre de personnes contaminées va très rapidement augmenter en Suisse, ce qui risque de provoquer un engorgement des structures de santé, et donc une vraisemblable hausse du nombre de victimes.

Croissance exponentielle

«En négligeant les Etats avec une population beaucoup plus petite que la sienne, la Suisse a le pourcentage de cas de coronavirus parmi les plus élevés au monde, soit 7,6 pour 100 000 habitants. Il est moindre que ceux des pays ayant une situation plus grave (Italie, Corée du Sud et Iran), mais plus élevé que la Chine, qui compte 5,6 cas par 100 000 habitants, écrivent au Temps le mathématicien de l’Université de Neuchâtel Giuseppe Melfi et le vulgarisateur scientifique Cesco Reale. Par comparaison, la République tchèque (1,6 cas par 100 000 habitants) a déjà fermé les écoles et interdit tous les rassemblements de plus de 100 personnes.» Tous deux estiment que «dans 9 à 14 jours, la Suisse sera dans la situation actuelle de l’Italie, qui est très préoccupante».

D’autres spécialistes ont aussi fait leurs calculs, et ils ne sont pas moins alarmistes. «Ces deux derniers jours, estime Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à l’Université de Genève, le nombre de cas de Covid-19 a été multiplié par un facteur de 1,7 en Suisse et de 1,36 en Italie. La croissance exponentielle évolue très rapidement dans les deux pays, et même plus rapidement en Suisse.»

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Les estimations sur la vitesse de propagation sont à prendre avec des pincettes, tant les politiques de dépistage et de soin changent d’un pays à l’autre. Par exemple depuis quelques jours, la pression augmentant sur les laboratoires, les patients sans facteurs de risques connus et aux symptômes légers ne sont plus automatiquement testés en France. Ce qui diminue mathématiquement le nombre de cas avérés et peut rendre les comparaisons malaisées.

Interrogée par le Tages-Anzeiger, la mathématicienne Tanja Stadler, professeure à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), se montre plus mesurée: «Nous ne voyons aucune différence significative entre le taux de propagation à Wuhan et en Italie avant les mesures de quarantaine, affirme-t-elle. En d’autres termes, sans mesures, la vitesse de propagation semble être approximativement la même aux deux endroits.»

Confinement

En ce qui concerne la Suisse, elle observe «un taux d’expansion similaire. Il est donc à prévoir que le taux de contagion du Covid-19 en Suisse sera également compris entre deux personnes et trois et demie, si aucune mesure n’est prise», ajoute-t-elle.

Marcel Salathé, épidémiologiste à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), a lui aussi constaté, auprès de la RTS, que la vitesse de propagation en Suisse est parmi les plus importantes en Europe. Pour lui, cela justifie la mise en place de mesures drastiques de confinement, afin de limiter au mieux la propagation du Covid-19. Dans une conférence de presse tenue mercredi, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se disait préoccupé «par l’insuffisance des ‎mesures prises» par les Etats pour faire face au Covid-19.‎

Dans ce contexte, faut-il étendre à l’ensemble de la Suisse les mesures déjà prises au Tessin, le canton le plus touché, telles que la fermeture des écoles post-obligatoires, des cinémas, théâtres et autres centres sportifs? Daniel Koch, responsable des maladies infectieuses à l’Office fédéral de la santé publique, l’a laissé entendre jeudi matin, avant d’être démenti. Le Conseil fédéral doit statuer vendredi matin sur ce qu’il compte entreprendre pour contenir la propagation du virus.