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47 sites marins sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
© Ron Van Oers

Océans

«Protéger ces milieux uniques pour les générations à venir»

Responsable du Programme marin de l’UNESCO, la belge Fanny Douvere raconte son combat pour la conservation des sites océaniques les plus précieux

Quel est le point commun entre les vignes en terrasse de Lavaux, les temples égyptiens d’Abou Simbel et la Grande Barrière de corail australienne? Tous ces sites ayant une valeur universelle d’exception sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

Parmi les 1 000 lieux qui y figurent, 200 environ sont des sites naturels, pour un quart maritimes. De passage récemment à Genève, la dynamique responsable du Programme marin de l’UNESCO, la belge Fanny Douvere, explique le rôle de cette institution, qui bénéficie du soutien de l’horloger Jaeger-LeCoultre depuis 2008.

Le Temps: A quoi ressemblent les sites marins inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO?

Fanny Douvere: La première inscription d’un site marin sur la liste date de 1982; 47 réserves, réparties dans 36 pays allant de l’arctique aux tropiques, y figurent désormais; leur surface a doublé au cours des dix dernières années. Tous ces lieux ont des caractéristiques uniques qui les rendent particulièrement précieux. Les îles Galapagos, par exemple, abritent la seule espèce d’iguanes marins du monde. Dans la réserve de l’île Wrangel, située dans l’arctique russe, se trouve la plus vaste population de morses du Pacifique et la plus forte densité de tanières ancestrales d’ours blanc. Au Mexique, dans la partie centrale de la péninsule de la Basse-Californie, le sanctuaire de baleines d’El Vizcaino est un site majeur pour la reproduction des baleines grises. Et ainsi de suite!

- Un des sites les plus emblématiques du patrimoine mondial, la Grande Barrière de corail australienne, connaît actuellement une phase de dépérissement sans précédent. Que pouvez-vous faire?

- Depuis le début de l’année, les récifs australiens souffrent d’un vaste phénomène de blanchiment (lié à l’expulsion des microalgues qui vivent dans leur paroi et leur confèrent leur couleur, ndlr). Ce phénomène est dû à l’élévation des températures de l’eau, elle-même causée par le réchauffement climatique et l’épisode météorologique El Nino, très puissant cette année. Il est malheureusement difficile d’avoir un impact sur ces phénomènes globaux. Notre approche consiste donc à diminuer les autres pressions que subit ce site d’exception, afin d’améliorer sa résilience.

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- L’année dernière, l’Australie a justement renoncé à certains projets qui mettaient en danger ses récifs. Quel rôle avez-vous joué dans cette avancée?

- Chaque site placé sur la liste du patrimoine mondial doit être correctement protégé par les pays dont ils dépendent. Or le gouvernement australien a approuvé au début des années 2000 plusieurs projets de développement industriels, notamment l’expansion de ports charbonniers, à proximité de la zone protégée. La qualité des eaux a par ailleurs beaucoup décliné en raison d’une pollution d’origine agricole. En 2012, nous avons prévenu Canberra que la Grande Barrière pourrait être placée sur la liste du patrimoine mondial en péril, une première étape avant son exclusion de la liste. Après d’intenses négociations, nous avons obtenu des autorités australiennes qu’elles investissent dans la lutte contre la pollution. Le largage de déchets lié au dragage des ports a également été interdit sur l’ensemble de la Grande Barrière – dont la surface est comparable à celle de l’Italie!

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- Quels autres succès récents avez-vous obtenus dans la protection des océans?

- En décembre dernier, le gouvernement du Belize a annoncé le bannissement de l’exploration pétrolière dans sa propre barrière de corail, la seconde plus grande du monde après celle de l’Australie. Le site avait été placé en 2009 sur la liste du patrimoine mondial en péril, en raison notamment de ces projets pétroliers offshore. Et au mois d’avril, le parc naturel du récif de Tubbataha, aux Philippines, a été classé comme zone à éviter par les navires de marchandise par l’Organisation maritime internationale. Cela afin d’éviter les échouages dans cet atoll très fragile, comme cela s’est produit en 2013 avec un navire américain.

- Pollution, développement industriel, échouages… Est-il possible de concilier les activités humaines avec la protection des sites marins?

- Certaines activités comme l’exploitation pétrolière sont à nos yeux incompatibles avec le statut de patrimoine mondial de l’humanité. Pour le reste, nous essayons de travailler avec les gouvernements afin de promouvoir des activités durables. Il est par exemple possible de pratiquer une pêche respectueuse des ressources! Malheureusement, nous faisons face dans plusieurs de nos sites à un gros problème de pêche illégale. Et les gestionnaires locaux des réserves n’ont pas toujours les moyens de lutter contre ces pratiques. Le partenariat avec Jaeger-LeCoultre nous a justement permis d’équiper certains sites, comme la réserve de Fernando de Noronha, au large du Brésil, ou le parc national de l’île Cocos, à 500 km de la côte pacifique du Costa Rica, de bateaux de surveillance. Ce soutien est précieux, car nous ne recevons que peu de financements de la part des gouvernements, malgré l’importance de conserver ces milieux uniques pour les générations à venir.

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