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Protéger les prématurés avec l’EPO

L’érythropoïétine semble efficace pour atténuer les lésions cérébrales chez les enfants nés avant le terme de la grossesse, d’après une nouvelle étude pilotée par des chercheurs suisses

Protéger les prématurés avec l’EPO

Médecine L’érythropoïétine atténue les lésions du cerveau chez les bébés nés avant terme, selon une nouvelle étude suisse

Cela limiterait leur risque de développer des troubles cognitifs

L’EPO ou érythropoïétine, hormone impliquée dans la prolifération des cellules sanguines, est déjà bien connue pour son effet dopant. C’est un autre usage, plus positif, qui est révélé dans la dernière édition de la revue Journal of American Medical Association (JAMA): d’après une étude pilotée par des chercheurs suisses, l’EPO aurait la capacité de protéger le cerveau des bébés nés avant le terme de la grossesse. Et peut-être d’éviter qu’ils ne souffrent par la suite de troubles neuro-développementaux.

Les grands prématurés, c’est-à-dire les enfants nés avant 32 semaines de gestation, risquent de souffrir d’un certain nombre de pathologies précoces, parmi lesquelles des atteintes cérébrales. «Quand ces enfants naissent, leur cerveau est encore immature. Le développement cérébral se finit en couveuse, dans des conditions qui ne sont pas celles qui règnent in utero. C’est ce qui explique la survenue possible de lésions», explique Russia Ha-Vinh Leuchter, pédiatre aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et auteure de l’étude publiée dans JAMA. Ces atteintes cérébrales ne sont pas sans conséquences pour les enfants. Elles peuvent entraîner des difficultés motrices ou des troubles de la cognition se traduisant entre autres par des difficultés d’apprentissage.

L’EPO est déjà utilisée par certains hôpitaux depuis plusieurs années chez les prématurés afin de stimuler leur production de globules rouges, et donc de limiter le nombre de transfusions sanguines. Par ailleurs, des études chez l’animal ont amené les chercheurs à soupçonner un autre effet de l’hormone, neuroprotecteur cette fois. Une recherche rétrospective, comparant les performances d’enfants prématurés ayant reçu ou non de l’EPO, a également donné des résultats allant dans ce sens. «L’érythropoïétine semble avoir une action double: elle diminuerait le risque de lésions et augmenterait les chances de récupération», pointe Russia Ha-Vinh Leuchter.

Ces données ont incité des chercheurs de l’Université de Zurich, en collaboration avec Petra Hüppi, médecin aux HUG et professeure à l’Université de Genève, à lancer une vaste recherche sur l’effet de l’EPO sur le cerveau des prématurés, dont l’étude parue dans JAMA constitue le premier volet. Les scientifiques ont analysé les images cérébrales obtenues par IRM chez 165 bébés, âgés de 2 à 3 mois, et nés grands prématurés (entre 26 et 32 semaines); 77 d’entre eux avaient reçu trois hautes doses d’EPO durant leurs deux premiers jours de vie, et 88 un placebo.

Les enfants traités présentaient moins de lésions cérébrales que ceux du groupe contrôle. «L’efficacité du traitement est difficile à quantifier avec précision, mais on peut évaluer qu’il faut traiter sept enfants pour avoir un effet positif sur un d’entre eux», indique Russia Ha-Vinh Leuchter. «Cela constitue un très beau résultat, estime Anita Truttmann, médecin adjointe en néonatologie au CHUV de Lausanne. A titre de comparaison, la pratique qui consiste à mettre en hypothermie les enfants ayant subi une asphyxie à la naissance est désormais largement employée, alors qu’elle donne des résultats positifs sur le devenir neurologique d’environ un enfant sur six.»

Autre élément important pour Anita Truttmann: aucun effet secondaire grave n’a été observé chez les bébés auxquels on a donné de l’EPO: «Il y avait certaines craintes autour de cette hormone, liées au développement possible de la rétinopathie du prématuré, une pathologie des yeux qui peut entraîner la cécité. Et cela d’autant plus que l’EPO était administrée ici à une dose dix fois plus élevée que lorsqu’elle est utilisée habituellement.» Les auteurs de l’étude soulignent de leur côté que la sûreté de l’EPO chez les prématurés a déjà fait l’objet d’évaluations et que le protocole de l’étude a été établi en accord avec des comités d’éthique.

Reste désormais à savoir si l’effet de l’EPO observé par imagerie sur le cerveau des bébés se traduira par des bénéfices à long terme sur leur développement cognitif. Pour cela, les scientifiques ont prévu de faire passer différents tests neuro-développementaux aux enfants qui participent à l’étude, d’abord à l’âge de 2 ans puis de 5 ans. «Ce n’est que quand on connaîtra les résultats de cette deuxième partie de l’étude qu’on pourra confirmer l’effet de l’EPO», souligne Anita Truttmann.

Reste à savoir si l’effet observé sur le cerveau des bébés se traduira par des bénéfices à long terme

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