Nettoyer trois fois sa cuisine dans la même journée, remettre ses projets au lendemain, s’irriter pour un rien… Le confinement peut avoir des effets négatifs sur nos comportements et nos humeurs. Comment traverser cette période troublée en préservant sa santé mentale? Des experts vous livrent leurs pistes.

Construisez de nouvelles routines

Des habitudes anodines comme se déplacer pour aller travailler ou amener les enfants à l’école représentent d’importants points de repère dans nos journées. «Nous aimons prédire les choses et les routines ont cette vertu: elles libèrent le système cognitif et permettent de penser à autre chose. Avoir sa routine, c’est comme faire du vélo; au début, on se concentre sur chacun de nos gestes, puis quand on maîtrise, on roule en pensant à plein d’autres choses», explique Didier Grandjean, professeur ordinaire à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de Genève.

A l’heure du confinement, notre mode de fonctionnement est chamboulé. «Nous nous retrouvons dans le contrôle constant de l’action, poursuit Didier Grandjean. Nous mobilisons alors des ressources cognitives qui étaient dévolues à d’autres tâches, par exemple gérer nos émotions.» Les spécialistes constatent d’ailleurs une augmentation du degré d’anxiété et d’irritabilité chez beaucoup de personnes.

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Quelle est la recette pour lutter contre ces effets néfastes? «Garder son quotidien le plus similaire possible à l’avant-confinement et conserver un rythme, conseille Guido Bondolfi, médecin-chef de service au département de psychiatrie des Hôpitaux Universitaires de Genève. Durant cette période imprégnée d’incertitude, il y a une chose sur laquelle nous pouvons garantir notre contrôle: l’organisation de nos journées. Ne pas rester en pyjama, planifier des tâches et des activités, ce n’est pas facile mais ça fait du bien. Moins on est structuré, moins on est motivé, c’est un cercle vicieux.»

A ces conseils peuvent être ajoutés ceux de Pierre Philipp, professeur à l’Université de Bordeaux et directeur de l’unité Sommeil, addiction et neuropsychiatrie, qui livre quelques conseils dans un podcast du CNRS: respecter un rythme de sommeil qui ne soit ni trop important ni trop court, garder une activité physique et se donner une hygiène de travail comparable à celle que l’on pourrait avoir à l’extérieur.

Pensez à vous, pour mieux préserver votre famille

L’instabilité de la période actuelle génère sa dose de difficultés. «L’incertitude crée du stress. Beaucoup de questions restent en suspens: combien de temps durera le confinement? Vais-je attraper le virus? On doit faire preuve d’une vigilance inhabituelle, qui entraîne une usure psychologique», met en garde Didier Grandjean.

Dans une telle situation, la cohabitation sous un même toit peut devenir problématique. «Ce n’est pas habituel de passer des journées entières avec la ou les mêmes personnes, de plus on peut avoir une tolérance différente à la situation, il y a des différences importantes entre individus», poursuit le psychologue.

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Les spécialistes redoutent une augmentation des violences domestiques en raison du confinement. «Avec le degré d’anxiété qui augmente et l’impossibilité de gérer le conflit par la fuite, on peut arriver à une augmentation de la violence et des cellules familiales transformées en cocottes-minute qui s’apprêtent à exploser», explique Panteleimon Giannakopoulos, professeur de psychiatrie à l’Université de Genève.

Annick Pochet, thérapeute en psychologie systémique et spécialiste en thérapie familiale, livre deux conseils pour réduire les tensions dans le foyer: «Garder du temps pour soi, même quelques minutes dans la salle de bains. C’est important pour ne pas avoir la sensation d’être envahi. Pour les parents: ne surinvestissez pas votre rôle. On ne vit pas 24h/24 avec ses enfants en temps normal. Si vous cherchez à les occuper à chaque heure de la journée, vous allez rapidement vous fatiguer.»

Repérer vos petites obsessions

Des comportements inhabituels peuvent émerger durant cette période de turbulences. «Nous prenons du retard dans nos tâches, par exemple en vérifiant encore et encore un mail avant de l’envoyer pour être certain qu’il est parfait. Nous nous accrochons aussi à des détails et créons des obsessions: certaines personnes nettoient plusieurs fois une même surface ou rangent plus souvent», constate Panteleimon Giannakopoulos.

Ces comportements s’expliquent et ne sont pas nécessairement inquiétants. «Avec l’incertitude générée par la situation, nous perdons le contrôle sur nos vies, ce qui augmente les réactions usuelles face au stress. Nous cherchons alors à maîtriser ce que l’on peut», explique le psychiatre. Qui rappelle que nous avons tous des capacités d’adaptation différentes, en fonction de notre personnalité et de nos points de référence. Pour certaines personnes, ayant une vie sociale réduite, le quotidien est peu chamboulé, ce qui rend l’adaptation plus facile…

Faites attention aux addictions

Le changement de rythme induit par le confinement peut entraîner un risque accru de développer des dépendances. «Le temps suspendu ressemble à celui de la détente. Dans ce contexte, il est facile de se servir un verre de vin de plus durant le repas, indique Guido Bondolfi. L’alcool donne une impression d’automédication grâce à son pouvoir euphorisant: il peut améliorer l’humeur et l’anxiété. Et chez les personnes déjà dépendantes, cette période ne facilite pas le décrochage.» Soyez donc attentif à votre propre consommation d’alcool ou d’autres produits pouvant générer des dépendances.

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