Les masques de protection, leur efficacité, leur absence, leur production, sont au cœur des préoccupations ces jours. Nous y consacrons une série d’articles.

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«To masque or not to masque?» Les recommandations sont floues. Même l’Office fédéral de la santé publique y perd son latin: son site web «recommande à toute la population de se constituer une réserve individuelle de 50 masques d’hygiène par personne», mais rappelle sur une autre page que «Non, les personnes en bonne santé ne doivent pas porter de masques d’hygiène […] en public.» Le Temps a essayé de dissiper un peu de ce brouillard.

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1. Quels sont les masques existants?

FFP2, FFP3, N95, P2: jamais on ne s’était autant intéressés à ces petits bouts de plastique. Il en existe plusieurs types différents. Les plus répandus sont les masques chirurgicaux, encore appelés masques «à trois plis» pour d’évidentes raisons. Ce sont les plus simples: ils sont constitués d’une couche de protection en polypropylène recouvrant le nez, la bouche et le menton. Ils sont à usage unique.

Plus sophistiqués, les masques filtrants dits FFP2 ou FFP3 (pour les poussières) protègent le porteur contre l’inhalation de virus, à la différence des masques chirurgicaux. Ils possèdent généralement une soupape pour faciliter l’expiration. Les masques FFP, acronyme anglais pour «filtering facepiece», respectent une norme européenne. Côté américain, l’équivalent se nomme N95, KN95 en Chine, ou encore DS au Japon. Il s’agit des mêmes masques, à quelques détails près.

2. A quoi servent-ils?

A chaque masque son utilité. Les masques chirurgicaux servent à protéger des projections. «Ils empêchent l’émission de postillons et de gouttelettes», rappelle Serge Kouzan, pneumologue au Centre hospitalier Métropole Savoie à Chambéry. En d’autres termes, ils ne protègent aucunement le porteur, mais uniquement ses voisins.

Pour se protéger, un masque FFP2, qui bloque l’inhalation de virus, est nécessaire. Attention, car ces masques sont destinés aux personnels soignants, dans certaines situations. C’est le cas notamment «lors d’une intubation ou d’une fibroscopie, lorsque le patient émet des gouttelettes microscopiques appelées aérosols» [infectieux pour le personnel], poursuit Serge Kouzan.

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3. Les masques chirurgicaux sont-ils efficaces?

La réponse est plutôt oui, si l’on se fie à la littérature scientifique. Une revue de grande envergure de l’organisation Cochrane s’est penchée sur le sujet en 2011, dans le cas du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) provoqué par un coronavirus génétiquement similaire à 80% à celui du Covid-19. Agrégeant les résultats de sept études de cas-témoins menées rétrospectivement à l’épidémie de SRAS survenue en 2002, les auteurs notent que six d’entre elles concluent à une efficacité significative, soulignant que de toutes les interventions non pharmaceutiques examinées, «les masques sont la mesure appuyée par les preuves les plus cohérentes et les plus complètes».

Une autre revue, cette fois consacrée au virus de la grippe et basée sur dix essais randomisés, conclut quant à elle à l’absence de réduction de la transmission du virus. Pour Serge Kouzan, «la question est plus subtile que «le masque est-il utile ou non?»: il faut prendre en compte les circonstances selon qu’elles favorisent ou non la transmission du virus.» Et aussi bien les porter: la majorité des utilisateurs les fixent mal, annulant toute protection.

4. Quand faut-il en porter?

Alors qu’il semble acquis qu’il existe une forme de transmission virale par des patients asymptomatiques, porter un masque chirurgical s’avère judicieux dans certaines situations. Dans sa voiture ou lors d’une promenade en forêt, il est parfaitement inutile. Mais si l’on se trouve en environnement confiné (un ascenseur ou dans un centre commercial par exemple), alors il peut avoir un rôle protecteur, pas pour soi, mais pour les autres. «Mais si tout le monde en porte, alors on bénéficie d’une protection mutuelle: ce sont les autres qui vous protègent», assure Serge Kouzan. Peut-être une fois l’épidémie de Covid-19 maîtrisée, changerons-nous nos pratiques vis-à-vis du port de masques, et les porterons-nous pour protéger autrui, comme le font déjà de nombreux pays asiatiques, quoique pour de multiples raisons.