Les quatre premiers touristes spatiaux de SpaceX ont regagné la Terre samedi soir après avoir passé trois jours dans l'espace. Cela couronne de succès la première mission orbitale de l'histoire n'ayant comporté aucun astronaute professionnel à bord.

La capsule Dragon a résisté à la vertigineuse descente grâce à son bouclier thermique, puis a été freinée par quatre immenses parachutes. L'amerrissage a eu lieu à l'heure prévue, 1h06 en Suisse (19h06 sur la côte Est américaine).

Récupérés en bateau

Un bateau de SpaceX a ensuite récupéré la capsule. Les quatre passagers, arborant des sourires jusqu'aux oreilles, en sont sortis un par un. Ils devaient par la suite être transportés en hélicoptère jusqu'au centre spatial Kennedy, d'où ils avaient décollé mercredi soir, et où ils devaient retrouver leurs familles.

«C'était un sacré voyage pour nous, et ça ne fait que commencer», a déclaré le commandant à bord, le milliardaire Jared Isaacman, peu après l'amerrissage. Les quatre Américains ont voyagé plus loin que la Station spatiale internationale (ISS), jusqu'à 590 km d'altitude. Filant à environ 28 000 km/h, ils ont fait chaque jour plus de 15 fois le tour du globe.

Au départ: La fusée de SpaceX a décollé avec quatre touristes spatiaux à son bord 

«Deuxième ère spatiale»

Le but affiché de la mission était de marquer un tournant dans la démocratisation de l'espace, en prouvant que le cosmos est aussi accessible à des équipages n'ayant pas été triés sur le volet et formés durant des années, comme le sont les astronautes.

«Bienvenue dans la deuxième ère spatiale», a déclaré lors d'une conférence de presse samedi Todd Ericson, responsable de la mission Inspiration4. Avec cette dernière, «les voyages dans l'espace deviennent bien plus accessibles aux gens ordinaires», a-t-il affirmé.

Jared Isaacman, patron de 38 ans d'une entreprise de services financiers, a payé des dizaines de millions de dollars à SpaceX – le prix exact n'a pas été révélé.

Il avait offert trois sièges à des inconnus, dont Hayley Arceneaux, assistante médicale de 29 ans, devenue la plus jeune Américaine, mais aussi la première personne avec une prothèse (de fémur), à s'être rendue dans l'espace. Sian Proctor, professeure de sciences de la Terre de 51 ans, et Chris Sembroski, un ancien de l'armée de l'Air américaine de 42 ans, complétaient l'équipage.

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Joies de l'apesanteur

Avant le voyage, leur entraînement avait duré moins de six mois. Le vol est resté entièrement automatisé, mais ils avaient été formés à pouvoir prendre le contrôle en cas de besoin.

Une fois là-haut, ils ont notamment récolté des données (rythme cardiaque, sommeil, saturation en oxygène dans le sang, capacités cognitives...) qui doivent permettre de mieux comprendre l'effet de l'environnement spatial sur des débutants. Mais ils ont aussi profité de la vue sur le cosmos à travers un tout nouveau dôme d'observation installé sur Dragon, pu parler avec l'acteur Tom Cruise depuis leur vaisseau, manger de la pizza ou encore profiter des joies de l'apesanteur en musique.

Un seul problème mineur est survenu durant le vol, avec le système de toilettes, mais une solution a rapidement été trouvée, a indiqué Todd Ericson, sans donner plus de détails.

Levée de fonds

La mission sert par ailleurs d'immense levée de fonds pour l'hôpital pédiatrique de St Jude (Memphis, Tennessee), où travaille Hayley Arceneaux après y avoir été soignée enfant d'un cancer. Dans le vaisseau se trouvaient divers objets – dont un ukulélé dont Chris Sembroski a joué quelques notes en direct depuis le vaisseau vendredi – qui doivent maintenant être mis aux enchères au bénéfice de l'hôpital.

C'est la troisième fois que la société d'Elon Musk, devenue en quelques années seulement un géant du secteur, ramène des humains sur Terre: lors de précédentes missions pour le compte de la Nasa, six astronautes avaient déjà expérimenté un amerrissage à bord du même vaisseau, après un séjour dans l'ISS.

Prochain objectif, le wifi

Inspiration4 conclut un été marqué par l'envol de milliardaires au-dessus de l'ultime frontière: d'abord Richard Branson le 11 juillet, à bord du vaisseau de Virgin Galactic, puis quelques jours plus tard Jeff Bezos, avec sa société Blue Origin. Mais ces vols suborbitaux n'offraient, eux, que quelques minutes en apesanteur.

SpaceX prévoit par la suite d'autres vols de tourisme spatial. Le prochain dès janvier 2022, avec notamment trois hommes d'affaires à bord. «Le nombre de gens qui nous ont contactés a considérablement grandi», a déclaré samedi Benji Reed, responsable des vols habités chez SpaceX. Et de préciser que l'entreprise travaillait sur deux améliorations à bord: ajouter la possibilité de réchauffer de la nourriture, et le wifi.