1- Quand et où seront-ils disponibles?

Dans un entretien avec la SRF samedi, Alain Berset a indiqué que les autotests rapides à faire chez soi seraient disponibles à partir du mercredi 7 avril – autrement dit, seulement après le week-end de Pâques. Les tests seront disponibles uniquement en pharmacie, selon ce que prévoit actuellement l’article 24, al. 4bis, de l’ordonnance du 19 juin 2020. Plusieurs fabricants ont pris contact avec l’OFSP et Swissmedic depuis quelques semaines pour obtenir un dossier d’homologation. Les autotests font partie des dispositifs médicaux pour lesquels des exceptions sont prévues en cas d’urgence, pour accélérer leur mise à disposition.

A leur arrivée, les autotests pourraient bien être pris d’assaut, comme cela s’est passé en Allemagne. Les chaînes Aldi ou Lidl, qui le 6 mars ont proposé des lots de 5 autotests à des prix situés entre 22 et 25 euros, ont tout de suite été en rupture de stock et, ce lundi 29 mars, les «Schnelltest Corona» ne sont toujours pas redevenus disponibles à l’achat sur de nombreux sites de matériel médical, comme Doccheckshop ou Rossmann, débordés par la demande. En France, le gouvernement qui avait annoncé que les futurs autotests seraient aussi disponibles en grande surface a finalement fait marche arrière, devant la fronde des pharmaciens. En Belgique aussi, les autotests ne seront délivrés qu’en pharmacie.

2- Combien ça coûte et qui paiera?

La Confédération prend en charge jusqu’à 5 tests rapides par personne par mois, il suffira de se présenter en officine avec sa carte d’assurance maladie pour se voir remettre son lot pour le mois. Les tests supplémentaires devront être achetés. Les prix ne sont pas encore connus. En Allemagne, ils oscillent selon les marques et les distributeurs entre 5 et 10 euros pièce.

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3- Comment ça marche?

Les autotests sont des tests antigéniques que l’on peut pratiquer sur soi-même. Le principe est d’enfiler un écouvillon (une petite brosse munie d’un manche) parallèlement au conduit nasal, à 2-3 centimètres à l’intérieur de la narine (le prélèvement est donc moins profond, et normalement moins douloureux, que les tests rapides nasopharyngés actuellement pratiqués en centres de test). Il faut ensuite le tourner plusieurs fois en le frottant sur la paroi nasale, puis refaire la même manœuvre avec le même écouvillon dans l’autre narine. Après avoir plongé l’écouvillon dans un tube muni d’un tampon d’extraction, on verse quelques gouttes de la solution ainsi obtenue sur un petit lecteur semblable à ceux des tests de grossesse. Le résultat apparaît en 15 minutes environ: une ligne de contrôle atteste que le test a bien été fait, et si une deuxième ligne apparaît, même floue ou incomplète, c’est que le test est positif. Des différences peuvent exister selon les marques et les modèles de tests. En Espagne ou en Angleterre, ces tests sont utilisés dans des écoles, par des enfants.

4- Quel est le degré de fiabilité de ces tests?

Les autotests sont moins sensibles que les tests PCR, leur précision est équivalente à celle des tests rapides pratiqués dans les centres de testing. Pour être homologué, un test rapide doit répondre à plusieurs critères: selon les recommandations de la Commission de coordination de microbiologie clinique de la Société suisse de microbiologie, il doit présenter une sensibilité d’au moins 85% (tolérance de 15% maximum de résultats faux négatifs) et une spécificité de 98% (tolérance de 2% au plus de faux positifs). Le degré d’efficacité est aussi en relation avec le délai écoulé entre la date d’infection et celle du test; tous les tests, même PCR, peuvent passer à côté des infections débutantes, quand la charge virale est trop faible. Mais les autotests présentent d’autres limitations, spécifiques.

- La récolte se fait à un endroit du nez moins profond, où il semble y avoir moins de charge virale (mais c’est bien parce que le test est moins compliqué qu’il peut se faire sur soi-même).

- Deuxième limite, les conditions du prélèvement. «L’essentiel des tests sur les autotests ont été faits sous supervision médicale, avec des instructions toutes fraîches, explique Didier Trono, le virologue de l’EPFL membre de la task force covid; on ne sait pas du tout dans quelles conditions les gens vont les réaliser chez eux.» Sera-t-on sûr que ce prélèvement sera bien fait?

- Enfin, on ne peut pas être certain de la qualité de la lecture des résultats: «On pourrait craindre que l’interprétation soit orientée, peut-être qu’on aura davantage tendance à interpréter comme négatifs des résultats un peu limites si on se teste, par exemple, en prévision d’une sortie», continue Didier Trono.

Pour le virologue, «les autotests ne peuvent être un blanc-seing pour sortir sans prendre les habituelles précautions». Mais ils peuvent être considérés comme un moyen supplémentaire de détecter des personnes infectées mais asymptomatiques. Ce qui est au cœur de la stratégie de dépistage de la Confédération.

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5- Que faire avec le résultat de mon autotest?

Les cas diagnostiqués comme positifs doivent être confirmés par des tests PCR (en ce cas entièrement pris en charge par la Confédération), puis se mettre à l’isolement et leurs contacts peuvent être tracés. Ce sont autant de cas dépistés supplémentaires, des cas qui sans ces autotests seraient peut-être restés invisibles: ces tests pouvant être faits chez soi à volonté entraînent une plus grande acceptabilité, et devraient être faits de manière plus banalisée, plus régulière.

Pour les cas négatifs, il restera toujours une part de doute. Et pas question d’abandonner les mesures de prévention habituelles – masque, distances sociales et mesures d’hygiène restent indispensables. En présence de symptômes, il convient d’aller passer un test PCR.

6- Est-ce qu’un recours généralisé à ces autotests pourrait changer la situation?

Pour le président de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé, Lukas Engelberger, qui l’a dit dans la SonntagsZeitung ce week-end, ces autotests «ont le potentiel de changer fondamentalement la situation. Si tout le monde peut régulièrement effectuer un autotest dans sa salle de bain le matin, la charge sur les pharmacies et les centres de tests s’en verrait allégée.» Les autotests montrent-ils le chemin qui permettra de rouvrir les restaurants, cinémas et salles de sport?

Les professionnels posent d’abord la question du suivi: pas sûr que toutes les personnes positives s’annonceront spontanément et iront d’elles-mêmes subir un 2e test, PCR cette fois, ce qui entraînera leur mise en quarantaine et le traçage de leurs contacts. Certaines préféreront peut-être s’isoler chez elles sans le dire, voire ne pas s’isoler du tout. Autrement dit, un usage massif de ces tests pourrait à terme jouer sur les statistiques de l’épidémie, qui ne refléteraient plus toute la réalité des contaminations. Paradoxalement, le suivi serait donc plus compliqué.

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Ensuite, même sans faux négatifs et sans faux positifs, 5 tests gratuits par mois ne suffiraient pas, il en faudrait au moins le double pour pouvoir identifier à J+3 ou 4 les infections débutantes qui n’auraient pas été repérées au tout début.

Les autotests ne peuvent donc jouer qu’un rôle complémentaire. «Un test négatif ne doit pas entraîner un faux sentiment de sécurité et un comportement déraisonnable, écrit d’ailleurs l’OFSP sur son site, le port du masque, les mesures d’hygiène et le respect des distances restent nécessaires et sont essentiels.»

«Nous évoquons régulièrement toutes ces limites avec nos collègues internationaux», reconnaît Didier Trono, pour qui les autotests, s’ils peuvent représenter une sécurité supplémentaire avant d’aller rencontrer des amis ou de participer à un événement collectif, ne demeurent que des pis-aller, en attendant les vaccins. Pas une autoroute vers une vie rouverte, une simple roue de secours.