Océans

Race for Water veut passer à l’action contre la pollution aux plastiques

La fondation suisse Race for Water dresse le bilan de son expédition d’un an autour du monde. Et présente son plan pour s’attaquer à la pollution des océans par les plastiques

Des plages paradisiaques défigurées par des flacons éventrés, des eaux turquoise dans lesquelles baignent d’immondes débris de plastique déchiquetés: les unes après les autres, les photos souvenir de l’expédition Race for Water Odyssey font l’effet d’une gifle. Le bilan de cette épopée scientifique autour du globe, partie de Bordeaux en mars 2015, est effrayant. Mais loin de sombrer dans l’alarmisme primaire, la fondation est venue expliquer comment elle compte s’y prendre pour enrayer le phénomène: avec un incinérateur de plastiques reposant sur une technologie inédite. «2015 était l’année de l’état des lieux, 2016 sera l’année de l’action» a prévenu mardi lors d’une conférence de presse à Lausanne son président, Marco Simeoni.

Lire: Race for Water défie la pollution des océans

Le cancer des océans

C’est entendu depuis maintenant quelques années: les déchets en plastique sont le cancer des océans. Les plus gros, les macro-déchets, s’échouent sur les plages où ils font fuir les touristes, lorsqu’ils ne sont pas mangés par les poissons ou les oiseaux, qui périssent intoxiqués ou étouffés. Déjà problématique, cette pollution n’est sans doute rien comparée à celle des micro-déchets, les particules de moins de 5 millimètres qui contaminent toute la chaîne alimentaire océanique, et finissent par conséquent dans nos estomacs.

Tout ce matériel flotte allègrement au fil de l’eau et se retrouve dans l’un des cinq «gyres», points de convergence des courants océaniques. Là, ils végètent quelque temps, s’effritent en particules encore plus petites et finissent généralement par s’échouer sur les plages.

Race for Water a donc décidé l’an dernier d’entamer un tour du monde passant par les cinq gyres ainsi que par quelques îles afin de prélever des échantillons de ces polluants et de procéder à leur analyse. C’était la première fois qu’une étude se penchait sur autant de sites à la fois, permettant ainsi d’obtenir un instantané de l’état des océans. Les données sont en cours d’analyse dans des laboratoires de l’EPFL, de la haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg et de l’Université de Bordeaux. «Les résultats seront publiés d’ici septembre», a précisé Marco Simeoni.

La consommation du plastique grimpe en flèche

Le plus inquiétant n’est pas dans ce qu’ils ont vu, mais plutôt dans ce qui nous attend, car le phénomène devrait s’aggraver. Marco Simeoni en veut pour preuve l’effondrement du cours du pétrole, matière première nécessaire à la fabrication des plastiques, ainsi que l’engouement frénétique pour ces matériaux. «Nous avons produit plus de plastique en dix ans que lors des cent dernières années.»

Face à ce constat peu reluisant, le président de la fondation a conclu qu'«à ce jour, il n’y a rien à faire pour nettoyer les océans.» Les macro-déchets sont trop éparpillés, et il est impensable de se débarrasser des micro-déchets, qu’il faut péniblement ramasser à la pince à épiler. Alors, que faire? «Nous devons agir à la source de la pollution, martèle l’entrepreneur. C’est paradoxal, mais si on veut protéger les océans, c’est sur terre qu’il faut intervenir», autrement dit en réduisant notre utilisation du plastique et en le recyclant davantage.

La position peut surprendre. Chacun des sept grands types de plastiques retrouvés dans l’environnement nécessite sa propre filière de valorisation, entraînant des coûts dissuasifs, surtout compte tenu du prix actuel du pétrole.

Un incinérateur qui sublime le plastique

Mais les ingénieurs de Race for Water ont une idée: ils ont repéré une entreprise qui travaille à la mise au point d’un nouveau type d’incinérateur de déchets en plastique capable de générer de l’hydrogène comme sous-produit de combustion, un gaz pouvant être ensuite utilisé pour alimenter des turbines génératrices d’électricité.

Un réacteur chauffe les plastiques à une température infernale de l’ordre de 1300 °C, soit le double d’un incinérateur classique. La matière solide est alors sublimée en gaz composé «à 75% d’hydrogène, les 25% restants [étant] principalement du monoxyde de carbone et du méthane», tandis que «les inorganiques, eux, finissent dans un solide inerte», a expliqué Marco Simeoni.

Certes, cette combustion génère du dioxyde de carbone, admet le président. Mais «la quantité d’émission est bien plus faible que lorsque les déchets sont incinérés à ciel ouvert», comme c’est généralement le cas dans les îles où Race for Water a jeté l’ancre. «Cette technologie répond à des normes environnementales strictes», assure-t-il.

L’avantage, ajoute enfin Marco Simeoni, c’est que cet incinérateur peut traiter tous les types de plastiques à la fois, pour un coût inférieur aux incinérateurs actuels. D’après ses calculs, le prix du kilowattheure ainsi généré serait compétitif, du moins dans les zones insulaires et rurales.

Qui a donc mis au point cette machine miraculeuse? Là-dessus, la fondation garde le secret. «Nous en dirons plus à la fin des tests de fiabilité d’ici juin.» En cas de succès, des projets pilotes pourraient voir le jour dans plusieurs îles avant 2017. «Il y a urgence, insiste Marco Simeoni. Si nous ne faisons rien, il y aura en 2050 plus de plastique que de poissons dans les océans».

Publicité