C’est une piteuse fin de parcours pour un homme qui a joué un rôle central dans la prise de conscience mondiale de la réalité des changements climatiques. Sous le coup d’une plainte pour harcèlement sexuel dans son pays, l’Indien Rajendra Pachauri a été contraint mardi de démissionner de la présidence de l’institution onusienne du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat).

Dans la lettre de démission qu’il a envoyée au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, le scientifique indien indique que «le GIEC a besoin d’une direction forte, du temps et de l’attention pleine et entière de son président dans un avenir immédiat», ce qu’il pourrait être «dans l’incapacité de fournir dans les circonstances actuelles». Le bureau du GIEC s’est accordé mardi pour désigner, en conformité avec ses procédures, le vice-président Ismail El Gizouli comme président par intérim de l’institution.

Emblématique porte-parole

Rajendra Pachauri, 74 ans, fait l’objet d’une plainte déposée par une femme de 29 ans, qui travaille dans son institut de recherche à New Delhi, The Energy and Resources Institute (TERI). Elle l’accuse notamment de l’avoir inondée de messages par le biais de son adresse mail et d’un service de messagerie instantanée. Ce que conteste l’intéressé, qui prétend que sa messagerie et son téléphone portable ont été piratés. A la demande de ses avocats, un tribunal indien a garanti lundi sa liberté sous caution, jusqu’à sa prochaine audience prévue le 26 février.

Emblématique porte-parole de la communauté scientifique engagée dans le diagnostic du réchauffement climatique, Rajendra Pachauri présidait le GIEC depuis 2002. Après deux mandats consécutifs à la tête de l’institution, il devait être remplacé au mois d’octobre prochain, quelques semaines avant la conférence mondiale sur le climat de Paris, qui tentera de parvenir à un accord pour contenir le réchauffement. Parmi les candidats en lice à l’élection d’octobre figure le climatologue de l’Université de Berne Thomas Stocker, dont la candidature a été proposée il y a quelques jours par le Conseil fédéral.

Rajendra Pachauri peut être crédité pour avoir fait collaborer des milliers de scientifiques dont les rapports ont alerté l’opinion sur l’existence des changements climatiques et sur leur lien avec les activités humaines. L’ensemble des membres du GIEC a reçu pour cet accomplissement le Prix Nobel de la paix 2007.

Erreurs factuelles grossières

Mais le scientifique partiellement formé en Angleterre et aux Etats-Unis a aussi traversé des controverses. Considéré par certains comme trop alarmiste et politique – alors que le GIEC est supposé se cantonner à l’évaluation scientifique – il a été pointé du doigt, toujours en 2007, lors de la mise en évidence d’erreurs factuelles grossières au sein du 4e rapport d’évaluation de l’institution. Cet homme plutôt réservé, père de trois enfants, avait étonné en publiant en 2010 un roman érotique intitulé «Return to Almora».

L’annonce de la démission de Rajendra Pachauri intervient alors que se tient cette semaine à Nairobi une importante réunion consacrée au futur du GIEC. Cette crise comporte le risque de fragiliser les négociations en cours au niveau international, qui visent à donner une suite au Protocole de Kyoto sur le climat, et qui culmineront à Paris en décembre. Interrogée par l’AFP, l’envoyée spéciale de la France chargée d’organiser cette conférence, Laurence Tubiana, a relativisé l’impact du départ de M. Pachauri sur le processus en cours, rappelant que «le travail du 5e rapport (du GIEC sur le climat, publié en 2014) est bouclé. Donc il n’y a pas de choses qui vont changer de ce point de vue.»