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Votre rendez-vous pour la vaccination est sans doute fixé, si ce n’est déjà honoré. Mais la situation épidémiologique, l’émergence de variants ou encore les considérations réglementaires continuent de poser de nombreuses questions sur l’après-vaccin. Nous en avons sélectionné quelques-unes et interrogé plusieurs scientifiques à leur sujet. 

1. Quand serai-je immunisé(e)?

Les scientifiques s’accordent à dire qu’«une à deux semaines» sont nécessaires, après la seconde dose, pour être considéré comme pleinement vacciné. «C’est seulement à ce moment-là qu’on est définitivement protégé, à environ 95%», confirme le médecin cantonal du Tessin, Giorgio Merlani.

«Il faut du temps pour stimuler correctement le système immunitaire», abonde Valeria Cagno, du Centre hospitalier universitaire vaudois. Produire l’antigène, stimuler l’immunité innée, recruter les cellules dendritiques, activer les lymphocytes B et T, les laisser maturer, et bien sûr mémoriser toute la réponse immunitaire sont autant de processus qui demandent de la patience, explique la virologue.

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Avec le vaccin de Moderna, le pic de production des anticorps n’est atteint qu’une dizaine de jours après la seconde injection, d’après une étude parue en avril dans le New England Journal of Medicine (NEJM). Ces résultats sont corroborés sur le plan épidémiologique par une étude israélienne publiée peu après dans la même revue et portant sur deux groupes comprenant chacun près de 600 000 personnes, l’un ayant reçu le vaccin de Pfizer/BioNTech et l’autre n’ayant pas été vacciné. Le vaccin permettrait ainsi, entre le 14e et le 20e jour suivant la première injection, d’être protégé à 46% d’une infection, et à 60% entre le 21e et le 27e jour. De quoi suggérer que l’efficacité augmente au fil du temps, ce qui a été constaté sur d’autres variables (sévérité, hospitalisations, etc.). Il faut néanmoins attendre sept jours après la seconde dose pour atteindre une efficacité située à plus de 90% pour l’ensemble de ces paramètres.

2. Puis-je enlever mon masque une fois vacciné?

Les études post-vaccinales convergent vers la même conclusion: les vaccins à ARN messager (ARNm) réduisent drastiquement la transmission du virus, mais «dans des proportions difficilement quantifiables pour le moment», précise Valeria Cagno.

Une analyse montre toutefois que les cas de covid asymptomatiques sont deux fois moins fréquents chez les personnes vaccinées que chez les non vaccinées. Après une dose de Pfizer ou d’AstraZeneca, une personne serait de 38 à 49% moins susceptible de transmettre le virus dans son foyer, conclut une autre étude.

D’autres travaux menés en Israël ont mesuré des charges virales naso-pharyngées de 3 à 4 fois plus faibles chez les vaccinés, ce qui suggère, sans le démontrer, que celles-ci seraient beaucoup moins susceptibles d’infecter d’autres personnes.

Même plus faible, le risque court toujours. Ce qui conduit l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) à demander le plus strict respect des règles d’hygiène et de distanciation, et donc de garder son masque, même une fois vacciné. Avec une exception toutefois: des personnes entièrement immunisées peuvent se voir en privé sans masque, explique l’office sur son site.

3. Dois-je continuer à me faire dépister?

Bien que les récentes données issues des campagnes de vaccination à large échelle soient extrêmement encourageantes quant à l’efficacité des vaccins à ARNm, la vaccination n’empêche pas à 100% une contamination. Selon l’OFSP, il est donc impératif de continuer à se faire tester en cas de symptômes. «Il n’est par contre pas indiqué de réaliser des dépistages pour les personnes asymptomatiques entièrement vaccinées», tempère Blaise Genton, coresponsable du département Formation, recherche et innovation à Unisanté (Lausanne). Dans ce cas, l’usage des autotests devient donc caduc, ce que confirme Didier Trono, le responsable de la plateforme Diagnostic et tests de la task force Covid-19.

A noter qu’un test PCR négatif de moins de 72 heures est toujours nécessaire pour entrer sur le territoire de nombreux pays, y compris lorsque l’on est entièrement vacciné.

Avoir reçu ses deux injections permet en revanche d’être possiblement exempté de quarantaine après avoir été en contact étroit avec une personne testée positive. «Cette exception n’est pour l’instant valable que dans les six mois suivant la vaccination, car on ne dispose actuellement pas de données scientifiques sur la persistance de la protection au-delà de cette durée», peut-on lire sur le site de l’OFSP.

4. Puis-je choisir entre Moderna et Pfizer?

Non, on ne peut pas choisir: celui que vous recevrez dépend avant tout des stocks disponibles. Aucun problème selon Claire-Anne Siegrist, cheffe du Centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG): «Ces deux vaccins sont extrêmement semblables dans leur efficacité et leur tolérance.» Ils reposent tous deux sur la même technologie, l’ARNm, entraînent la reconnaissance de la même protéine virale spike, et ont une efficacité comparable, de l’ordre de 95%.

Au niveau des effets secondaires, c’est également blanc bonnet et bonnet blanc: douleurs au site de piqûre, fièvre, fatigue et maux de tête sont les troubles les plus fréquents, dans des proportions similaires d’un produit à l’autre. S’il faut faire un choix, c’est celui de «choisir le premier vaccin à ARN qui [vous] sera proposé!» poursuit la spécialiste.

5. Faut-il s’attendre à une troisième dose?

Tout dépend si l’on pose la question aux patrons de la pharma ou aux scientifiques. Les CEO de Johnson & Johnson et de Pfizer ont récemment indiqué à la chaîne américaine CNBC qu’il fallait se préparer à cette éventualité. Les propos tenus ne distinguaient pas s’il s’agissait d’un rappel du même vaccin initial, ou bien d’une version mise à jour choisie pour mieux protéger contre un nouveau variant échappant aux vaccins d’origine.

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Sur ces variants, justement, les nouvelles sont jusqu’ici rassurantes. Le plus préoccupant, le B.1.351 identifié en Afrique du Sud, initialement suspecté d’échapper en partie à l’immunité vaccinale, est bien neutralisé par les deux vaccins à ARNm. Celui de Pfizer a montré 75% d’efficacité dans une étude conduite au Qatar, et Moderna a de son côté annoncé qu’une dose booster «augmentait les titres d’anticorps contre deux variants du coronavirus», le sud-africain et le P.1 brésilien – des résultats en attente de publication.

6. Faudra-t-il que je me fasse vacciner tous les ans, comme pour la grippe?

Difficile de répondre à ce stade, faute de recul suffisant quant à la durée exacte de l’immunité conférée par le vaccin. Après six à sept mois, cette dernière ne semble toujours pas s’être érodée, reste à voir combien de temps elle va perdurer. «Si l’on devait constater que l’immunité baisse et que l’on ne peut plus compter sur la primo-vaccination par exemple après 12, 18 ou 24 mois après celle-ci, alors on définira ce laps de temps comme nécessaire à effectuer un rappel, comme pour la grippe, analyse Alessandro Diana, médecin et expert à Infovac, la plateforme d’information sur les vaccinations en Suisse.

Pour l’heure, rien ne prouve que des piqûres supplémentaires sont à prévoir, d’après Claire-Anne Siegrist: «Personne ne peut actuellement prédire la nécessité de «rappels annuels», puisque le SARS-CoV-2 n’est pas un virus saisonnier et que ni la durée de protection des vaccins actuels ni la survenue de variants problématiques ne peuvent être prédites dans une boule de cristal…»

7. Pourquoi est-ce que l’on ne m’administre qu’une seule dose si j’ai déjà contracté le Covid-19?

Selon plusieurs études, publiées notamment dans la revue JAMA et dans le NEJM, une dose unique pourrait suffire pour les personnes ayant déjà contracté le Covid-19, en raison de l’augmentation importante de leur réponse immunitaire après la première injection.

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Réalisés sur des groupes ayant reçu l’un des vaccins à ARNm, ces travaux ont permis de démontrer que les individus ayant déjà eu une infection, symptomatique ou non, avaient des titres d’anticorps de 10 à 45 fois plus élevés avec une dose unique par rapport aux individus séronégatifs. Après la seconde dose, les réponses immunitaires semblent s’égaliser entre les deux groupes, bien qu’elles soient toujours sensiblement plus élevées chez les individus ayant été infectés. «L’infection ancienne joue ainsi le rôle de première dose ou la première dose de deuxième», précise Blaise Genton.

8. Pourquoi n’ai-je pas droit au vaccin avant six mois si je suis guéri?

Les observations épidémiologiques les plus récentes montrent que le risque de réinfection est possible mais rare dans les six mois après un Covid-19. «Il y a évidemment toujours des exceptions, mais selon des estimations la protection durant les six premiers mois serait de l’ordre de 85%, souligne Blaise Genton. Certaines études évoquent même une protection pouvant aller jusqu’à neuf mois.»

S’il n’y a pas de risque à se faire vacciner moins de six mois après une infection, il y a donc peu de bénéfices à se voir administrer un vaccin avant ce laps de temps, soulignent les spécialistes. «Il est aussi inutile de réaliser une sérologie [test sanguin détectant la présence d’anticorps] dans le but de choisir le moment de se faire vacciner, étant donné que le taux d’anticorps nécessaire à la protection n’est pas connu, ajoute Claire-Anne Siegrist. De même, ce type de test ne mesure pas l’immunité cellulaire, or on sait que, sur un plan immunologique, c’est aussi cette dernière qui permet une protection.»

9. Que se passe-t-il si j’attrape le Covid-19 entre deux doses de vaccin?

Les personnes qui auraient contracté le SARS-CoV-2 et dont l’infection a été confirmée en laboratoire sont considérées comme protégées par une immunité post-infectieuse. C’est la raison pour laquelle les recommandations actuelles préconisent d’attendre entre trois et six mois avant l’administration d’une éventuelle seconde dose de vaccin. Sur Genève, un organigramme émanant du Service du médecin cantonal précise que, pour les personnes en bonne santé ayant contracté le Covid-19, une seconde dose doit être administrée dès six mois alors que, pour les personnes immuno-supprimées ou vulnérables, celle-ci sera prévue après trois mois.

10. Et si je loupe la deuxième dose de vaccin?

Si la première dose de vaccin apporte déjà une protection contre le virus, seules deux injections permettent d’atteindre une protection maximale contre le Covid-19. Dans ce sens, les schémas vaccinaux de Pfizer-BioNTech et de Moderna reposent sur l’administration de deux doses séparées de trois à quatre, voire six semaines. «La deuxième dose peut être faite n’importe quand, idéalement avant trois mois, explique Blaise Genton. Si la deuxième dose est réalisée tardivement, la durée de la protection sera rallongée, mais il y aura alors un risque éventuel de contracter le covid entre les deux doses.»

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«On manque de données pour savoir quelle serait l’efficacité de la protection passé le délai de quatre à six semaines, pointe de son côté Alessandro Diana. Les retardataires peuvent toutefois rattraper leur deuxième dose à tout moment. Il n’est jamais trop tard pour bien faire sans avoir à tout recommencer depuis le début.»