Le catamaran suisse a franchi une ligne d’arrivée symbolisée par une arche d’eau à 14h15 et les cinq membres d’équipage ont salué sur le pont la foule venue les accueillir depuis les digues, à l’issue d’un parcours de 60’006 km à travers les océans.

Avec ses 537 m2 de panneaux solaires, le PlanetSolar arrive à produire 500 à 600 kw/h par beau temps, de quoi parcourir un maximum de 300 kilomètres lorsque la batterie est rechargée à 100%.

A bord, tout fonctionne grâce au soleil: du moteur jusqu’aux ordinateurs en passant par le chauffage de l’eau.

Le Temps a consacré de très nombreux articles à ce projet exceptionnel que vous pouvez retrouver dans notre dossier, avec des infographies et des galeries photo. Ainsi qu’un florilège de réactions à cet événement, qui suscite beaucoup d’acclamations et des réactions plus critiques.

Nouvelles réactions, recueillies à Monaco par Olivier Dessibourg

S.A.S Albert II, Prince de Monaco:»Dépasser les visions à court terme qui détruisent la planète»

«Je souhaite saluer en vous tout d’abord les aventuriers et les sportifs. Par votre exploit, vous nous avez tous fait rêver, ainsi que tous les gens que vous avez croisés. Votre aventure s’inscrit dans l’histoire des grandes expéditions qui scandent comme des repères les explorations humaines sur la mer. Mais il ne s’agit pas seulement d’une épopée sportive. Je veux aussi rendre hommage aux inventeurs, aux visionnaires que vous êtes. PlanetSolar est pour nous source d’espoir et de réflexion. Les dangers induits par notre économie carbonique sont déjà une réalité. Les risques liés au réchauffement nécessitent une réponse rapide. La priorité est de développer d’autres sources d’énergies, fiables, efficaces, peu coûteuses, renouvelables. Les progrès réalisés sur PlanetSolar constituent un moment important. Votre goût de l’innovation et votre ténacité sont des exemples de l’état d’esprit dans lequel il faut avancer. Il faut des initiatives comme la vôtre. Tout ce qui favorise le développement d’un nouveau modèle énergétique doit être soutenu. Toutes les solutions nouvelles nouvelles qui permettent de dépasser les habitudes, refuser les limites du possible. Il faut dépasser les visions à court terme qui détruisent la planète, au détriment de nos enfants. Nous avons le devoir de rendre les futures générations sensibles aux possibilités qui s’ouvrent à nous. Akira Kurosawa à dit: «L’homme a du génie lorsqu’il rêve.» Vous avez su nous faire rêver, et trouvé la voie d’un immense espoir. C’est peut-être là que réside votre plus grand succès.»

Didier Burkhalter, conseiller fédéral en charge des Affaires étrangères: «Une image de pionnier pour la Suisse»

« C’est une aventure humaine absolument fantastique. Aventure que j’ai pu un peu suivre autrement, parce que je connais la famille. C’est surtout intéressant pour la Suisse parce que cela rapproche l’image de notre pays et sa réalité. Ce genre de projet donne une image de pionnier, de leader dans le domaine des nouvelles technologies, dans celui de la recherche de solutions vers les problèmes globaux. Cela à travers des personnes qui prennent des risques, mais des risques pour une bonne cause, intelligente. A l’étranger, notre image est bonne, bien meilleure que l’on croit parfois. Mais elle reste souvent un peu schématique, orientée vers les clichés. Des éléments qui existent, certes, mais qui ne sont pas tout. La Suisse est leader mondiale en matière d’innovation, et ce fait est surtout connu des élites, moins du grand public. Il s’agit donc aussi que ce dernier ait cette vision de la réalité de notre pays. Nous n’avons pas en Suisse de ressources naturelles, de matières premières, mais nous avons toujours tout construit autour de cette capacité de développer des produits innovants, comme PlanetSolar. Et c’est très bien, car c’est quelque chose de concret, c’est pourquoi les médias s’y intéressent, et participent à transmettre cette autre image de la Suisse. »

■ Fernand Cuche, agriculteur et ancien conseiller d’Etat neuchâtelois: «Réconcilier le rêve et la technologie»

« Lorsque j’étais au Conseil d’Etat, Raphaël Domjan a pris contact avec moi, en 2005, pour partager avec moi ses préoccupations en matière d’environnement et d’énergies renouvelable, et pour me donner quelques idées pour mon programme. Il m’a fait part de son projet. J’ai été impressionné par sa détermination, son engagement et sa prise de conscience – il n’avait pas 40 ans à l’époque. Aujourd’hui, je suis content pour lui. Il y a un côté « aventure » dans ce qu’il a réalisé, il le dit lui-même. Et par les temps qui courent, c’est bien aussi... mais en même temps, il y a toute cette approche technologique, de recherche, d’observation, de calculs pour développer l’énergie solaire. Je trouve bien qu’il réconcilie deux aspects: d’une part une société qui peut permettre de rêver, même au quotidien, et de l’autre, le domaine des énergies renouvelables, qu’il faut domestiquer, appréhender. Cela tout en rappelant – et là c’est l’homme politique qui parle – que c’est d’abord l’efficience énergétique qui prime. Je pense que Raphaël y a été attentif: plus on sera efficient, plus l’on économisera, mieux on s’en sortira. Et il nous montre qu’il y a une voie possible: c’est, notamment, le solaire. »

Fabien Loi Zedda, l’un des doyens de la Haute école d’ingénieurs et de gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD): «Un partenariat scientifique à succès»

« L’HEIG-VD a été l’institution qui a d’emblée soutenu le projet PlanetSolar, en apportant l’un des premiers apports financiers – 200 à 300000 francs -, et cela dans trois domaines: d’abord sous forme de partenariat scientifique (avec la réalisation du logiciel de routage), ensuite avec un appui institutionnel de notre haute école dans la communication du projet, enfin à travers la mise à disposition d’infrastructures diverses sur le campus de l’Y-parc. Et Raphaël Domjan s’est toujours senti redevable et loyal envers nous. Pour notre école, la réussite de PlanetSolar est l’expression d’un partenariat scientifique à succès, qui a aussi servi de magnifique laboratoire d’entraînement pour nos étudiants et nos professeurs. La visibilité qu’a acquise le projet montre aussi qu’un campus de type HES peut être à la pointe des problèmes de société. »

4 mai 2012: le point des réactions

Stève Ravussin, marin et co-initiateur du championnat MultiOneDesign (course que les navigateurs disputent avec les mêmes embarcations): «Une bonne étape»

«Un projet qui aboutit est une réussite: c’est toujours positif. Malgré les railleries entendues ici et là, il fallait le faire. Mais le plus important reste le message: il est possible de faire avancer la technologie, notamment dans le domaine des matériaux. Car le problème, lorsque l’on construit un bateau, est souvent le poids; certes, construire avec des fibres de carbone n’est à l’origine pas très écologique. L’autre avantage des bateaux solaires est de pouvoir prendre l’énergie où elle est. Une combinaison intéressante avec l’énergie du vent pourrait être imaginée. Reste que la faiblesse de ce genre de navire est le rendement: on voit la superficie de panneaux solaires qu’il faut pour propulser le navire. C’est le point essentiel sur lequel il faudrait travailler pour que le domaine des bateaux solaires puisse vraiment être exploité. En ce sens, la réussite de PlanetSolar constitue tout de même une bonne étape.»

Thierry Courvoisier, président de l’Académie suisse des sciences naturelles SCNAT et navigateur: «Transformer ce prototype en camion des mers»

«C’est un joli exploit, par bien des aspects. Il a fallu beaucoup de fortitude à l’équipage, car le catamaran ne va pas très vite… Ce dernier comporte beaucoup d’aspects démonstratifs, à saluer. Cela intéresse les gens et les rend attentifs à la finitude de nos ressources énergétiques sur Terre. La construction du PlanetSolar a par ailleurs certainement dû conduire à de nombreux développements technologiques, concernant les moteurs et le système électrique. Les ingénieurs ont dû apprendre beaucoup pour l’application de ces technologies dans le monde de la navigation. Je me demande toutefois dans quelles mesures ces dernières trouveront de très larges débouchés dans la marine. Il faut par exemple pas mal de puissance pour, dans certaines situations, faire face aux forts vents qui peuvent souffler en mer. Et je me demande si un tel catamaran solaire pourrait justement les affronter. Bref, je me demande s’il y aura assez de marge en termes énergétiques pour transformer ce «prototype» en «camion des mers». A ces questions, tout en restant très positif et optimiste, je n’ai pas de réponse pour l’instant.»

Nicolas Bideau, ambassadeur et directeur de Présence Suisse: «Communiquer nos capacités d’innovation»

«Le DFAE, via Présence Suisse, soutient financièrement et logistiquement PlanetSolar car cette aventure représente pleinement la Suisse à l’étranger: une Suisse qui vit de ses idées et de son esprit d’entreprise. Lorsque le guide de montagne Raphaël Domjan décide de faire le tour du monde en bateau solaire, on est bien au-delà des clichés que la Suisse véhicule à l’étranger. Le fort écho médiatique à l’international du projet permet à notre pays de communiquer sur ses capacités d’innovation et son attachement au développement durable, ce qui est précieux dans ces moments où notre image souffre d’attaques médiatiques sur d’autres fronts. La Suisse a besoin de projets et de personnalités comme Raphaël Domjan ou Bertrand Piccard pour incarner intimement ce qu’elle est, au-delà de nos montagnes, certes belles mais auxquelles la Suisse ne se réduit pas.»

Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle à l’Université de Lausanne: «Une logique essentiellement médiatique»

«Les initiateurs de PlanetSolar estiment que leur projet promeut les énergies renouvelables. Mais cela fait belle lurette que les gens savent que ces dernières vont jouer un rôle croissant dans nos sociétés à l’avenir. Il n’y a pas besoin d’un projet à millions pour cela. Cela dit, pourquoi pas… Je n’ai rien contre la liberté de commerce. Au moins cette initiative est-elle plus sensée que l’avion Solar Impulse, car peut-être certaines technologies photovoltaïques seront-elles davantage appliquées dans le monde naval. Mais je pense qu’on se trouve donc dans une logique essentiellement médiatique. Je doute que cela va changer la dynamique du «mix énergétique» dans le monde, ni redorer le blason de la filière photovoltaïque, qui se trouve dans une situation économique désastreuse en ce moment. Il faudrait pour cela plutôt un vrai calendrier politique, un lobbyisme fort de la part des électriciens, la mise en évidence de vrais enjeux économiques.»

Philippe Leuba, conseiller d’Etat vaudois: «Un tel bateau vaudois autour du monde, c’est fantastique»

«La réussite de PlanetSolar est symbolique: c’est une extraordinaire démonstration du potentiel des énergies renouvelables, dans certains créneaux. Nous avons besoin de ce genre de projet médiatique – tout comme dans le sport, il faut des leaders – pour entraîner le grand public. Pour le canton de Vaud, qui a soutenu ce projet dans le cadre de la loi sur la promotion économique et les nouveaux projets industriels sans distorsion de concurrence, cela démontre que nous savons être performants dans des initiatives innovantes et que la qualité de notre formation dans le domaine technologique – la HEIG-VD d’Yverdon est partenaire de PlanetSolar – nous permet un grand rayonnement. Un tel bateau vaudois autour du monde, c’est fantastique.»

Roger Nordmann, conseiller national, président de l’association Swissolar: «La fiabilité de l’énergie solaire»

Pour l’auteur du livre Libérer la Suisse des énergies fossiles – Des projets concrets pour l’habitat, les transports et l’électricité (2010), «PlanetSolar, c’est une illustration de la force du soleil. Car déplacer 95 tonnes sur 50’000 km, c’est loin d’être anodin. Au-delà de la prouesse dans le management de l’énergie, mis en œuvre par l’entreprise suisse Drivetek, cela montre la fiabilité de l’énergie solaire. En Suisse comme dans le monde, le photovoltaïque va devenir un pilier de notre approvisionnement. Car le soleil arrive gratuitement sur Terre et sa valorisation coûte de moins en moins cher.»

Bertrand Piccard, cofondateur et président de Solar Impulse, premier avion solaire à avoir effectué un cycle complet jour-nuit-jour: «Admiratif»

«Au fil de la préparation de nos projets respectifs, Raphaël Domjan est devenu un ami. Je suis admiratif de la façon avec laquelle il a réussi à concrétiser son rêve et à effectuer son tour du monde dans des conditions souvent difficiles. Un succès à la hauteur de sa persévérance et je m’en réjouis pour lui et son équipe que je félicite chaleureusement!»

Patrick Aebischer, président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne: «Un exploit de plus pour la région lémanique…»

«Un grand bravo à l’équipe de PlanetSolar pour ce bel exploit qui s’inscrit très intelligemment dans la promotion des énergies renouvelables. Un exploit de plus pour la région lémanique qui produit des aventuriers capables de lancer des défis planétaires en s’appuyant sur un bassin de compétences scientifiques assez unique en Europe. Et un coup de chapeau particulier à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud à Yverdon.»

Ernesto Bertarelli, coprésident de la Fondation Bertarelli et navigateur responsable du Team Alinghi: «Un exemple pour le futur»

«Je ne peux que féliciter l’équipe de PlanetSolar pour leur exploit. L’utilisation de l’énergie solaire pour propulser leur bateau autour du monde est un exemple de ce que le futur proche pourrait peut-être devenir à plus large échelle pour la marine marchande. La préservation des milieux marins est l’une des préoccupations de la Fondation Bertarelli. La réduction d’émissions dues à l’utilisation d’énergies fossiles en les remplaçant par l’énergie solaire poursuit le même but de préservation. La Suisse peut être fière d’avoir su inspirer Raphaël Domjan et toute son équipe. Ils ont osé et ont atteint leur but.»

■ Xavier Comtesse, directeur romand du think thank AvenirSuisse et passionné de bateaux solaires: «Encore une génération pour aboutir à la commercialisation à grande échelle»

«En 1988 avec quelques amis, nous avions lancé la première course de bateaux solaires, propulsés par énergie photovoltaïque, entre Genève et Lausanne. Dix concurrents avaient pris part à cette rocambolesque aventure. Quelque 25 ans plus tard, PlanetSolar réalise un exploit sans précédent en faisant cette fois-ci le tour du monde. 25 ans, c’est le temps d’une génération. Il en faudra encore une autre pour voir la commercialisation à grande échelle de ce type de bateau. Mais les précurseurs restent des personnages clés pour faire évoluer tant les techniques que les mentalités.»