Climat

Le réchauffement actuel, sans pareil depuis 2000 ans

Des chercheurs de l’Université de Berne ont reconstitué l’évolution des températures pendant les deux derniers millénaires. Les changements actuels sortent du lot en raison de leur rapidité et de leur étendue

Le réchauffement actuel est inédit: aucun autre événement survenu au cours des derniers 2000 ans n’est comparable. Voilà ce que montrent des études publiées le 24 juillet dans les revues Nature et Nature Geoscience par des chercheurs bernois, qui se sont penchés sur des archives naturelles pour reconstituer les variations climatiques du passé.

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Pour réaliser l'étude parue dans Nature Geoscience, les scientifiques se sont penchés sur l’évolution des températures moyennes annuelles au cours des derniers 2000 ans, en observant les tendances sur plusieurs décennies. Ils confirment que l’accroissement des températures n’a jamais été aussi rapide qu’au cours de la fin du XXe siècle.

«Même quand on repousse notre perspective jusqu’aux débuts de l’Empire romain, nous ne pouvons retrouver un événement qui se rapprocherait un tant soit peu – que ce soit en degrés ou en étendue – du réchauffement des dernières décennies. Le climat actuel se distingue par sa synchronie torride et globale», écrit le géographe de l’Université du Minnesota Scott George dans un commentaire de l’étude.

Rôle des éruptions volcaniques

Enfin, les auteurs se sont intéressés aux causes des fluctuations climatiques, en comparant les résultats de simulations informatiques avec la reconstitution des températures passées. Verdict: «Durant la phase préindustrielle, ce sont les éruptions volcaniques qui expliquent le mieux les variations du climat, par leur effet refroidissant persistant», relate Raphael Neukom. En revanche, les auteurs n’ont pas identifié de connexion entre l’activité du Soleil et les transformations du climat – une explication parfois avancée pour nier le rôle de l’être humain dans les changements climatiques.

«Notre analyse montre que le réchauffement actuel ne peut être expliqué par aucun facteur naturel, ce qui indique implicitement que les activités humaines en sont la cause», affirme Raphael Neukom. Des activités qui occasionnent beaucoup trop d’émissions de gaz à effet de serre. Et qui ont ainsi donné naissance à un «monstre climatique» à nul autre pareil.

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Loin d’être un long fleuve tranquille, le climat terrestre a connu des fluctuations au cours des deux derniers millénaires. Par exemple, au Moyen Age, l’Europe a traversé une période chaude et sèche, appelée optimum climatique médiéval. Les températures ont par contre plongé entre les XVI et XIXe siècles, au cours de ce que les spécialistes nomment le Petit Age glaciaire.

«On a longtemps considéré qu’il s’agissait de phénomènes globaux, touchant l’ensemble de la planète de manière simultanée. Mais notre analyse montre qu’il y avait en fait de nettes disparités régionales», indique le climatologue Nathan Steiger, de l’Université américaine Columbia, l’un des coauteurs de l’étude publiée par Nature.

Réchauffement global

Ainsi, alors que le refroidissement le plus marqué des derniers 2000 ans s’est produit au XVIIe siècle en Europe de l’Ouest, il avait déjà eu lieu deux siècles plus tôt dans le Pacifique. Le réchauffement européen de l’époque médiévale n’a pas non plus eu lieu au même moment partout ailleurs sur Terre.

Le réchauffement actuel, lui, est bel et bien un phénomène global: l’étude révèle que sur 98% de la surface terrestre, la fin du XXe siècle a été la période la plus chaude depuis 2000 ans. L’analyse ne porte pas sur notre début de XXIe siècle, faute de données suffisantes.

Même quand on repousse notre perspective jusqu’aux débuts de l’Empire romain, nous ne pouvons retrouver un événement qui se rapprocherait un tant soit peu du réchauffement des dernières décennies

Scott George, géographe à l’Université du Minnesota

Mais au fait, comment les scientifiques étudient-ils le climat du passé? «Comme nous ne disposons pas de mesures directes des températures, nous utilisons des archives naturelles qui stockent cette information. C’est le cas par exemple des cernes de croissance des arbres: plus les conditions sont favorables, plus les arbres poussent vite, et plus ces cernes sont épais. A l’inverse, lorsque les températures chutent, les cernes sont plus fins», explique Raphael Neukom, de l’Université de Berne.

Les chercheurs se sont basés sur une gigantesque base de données appelée Pages 2K, rassemblant quelque 700 enregistrements naturels de ce type dans diverses régions du monde. Outre l’épaisseur des cernes des arbres, la composition des carottes glaciaires, des coraux ou encore de sédiments marins ou lacustres apporte aussi des informations sur les températures passées.

Données paléoclimatiques

«La richesse de cette base de données et la robustesse de l’analyse – plusieurs méthodes statistiques différentes ont été employées – renforcent nos connaissances sur les variations climatiques du passé, même si les données paléoclimatiques manquent encore pour certaines régions du monde, notamment en Afrique», relève la spécialiste française Valérie Masson-Delmotte, de l’Université de Versailles.

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