Pour la première fois, des mesures en provenance de l'espace confirment le réchauffement de la planète attribué à l'augmentation de l'effet de serre. Une équipe de chercheurs britanniques a en effet comparé les données fournies par deux satellites équipés de capteurs de rayonnement infrarouge, à 27 ans d'écart. Les auteurs, qui ont publié leurs travaux jeudi dernier dans la revue Nature, affirment que leurs résultats «apportent une preuve directe par l'expérimentation d'une augmentation significative de l'effet de serre sur la Terre.»

L'équipe de chercheurs dirigée par John Harries, de l'Imperial College de Londres, s'est intéressée aux données recueillies par l'IMG (pour «Interferometric Monitor of Greenhouse Gases»), un instrument placé à bord du satellite japonais ADEOS, qui a enregistré les radiations de grande longueur d'onde émises par la Terre pendant neuf mois, en 1996 et 1997. Les scientifiques ont ensuite repris les données similaires collectées 27 ans plus tôt par l'instrument IRIS (pour «Infrared Interferometric Spectrometer»), monté sur le satellite Nimbus 4 de la NASA. Le but: voir si, en un quart de siècle, il est possible d'observer une diminution de la radiation de la Terre en direction de l'espace, et si cette diminution est bien due à l'accroissement de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Les chercheurs se sont focalisés sur les radiations émises dans les spectres de longueur d'onde de gaz à effet de serre connus: le gaz carbonique, deux chlorofluorocarbones (CFC-11 et CFC-12), l'ozone et le méthane. Et ils ont constaté que tous ces gaz se sont accumulés dans l'atmosphère entre 1970 et 1997 et qu'ils ont ainsi contribué à empêcher certains rayons infrarouges de quitter l'atmosphère.

L'effet de serre est un phénomène naturel qui rend la Terre habitable. Sans ce phénomène – les gaz réfléchissent une partie des rayons infrarouges en direction du sol, ce qui les empêche de s'échapper vers l'espace – la planète aurait une température moyenne de

-18°C (contre 15°C). Depuis la révolution industrielle, les activités humaines renforcent toutefois ce phénomène, notamment grâce aux rejets massifs de CO2 dus à la combustion des énergies fossiles. En janvier dernier, le groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC) créé par l'ONU prévoyait qu'en 2100, la teneur en gaz à effet de serre dans l'atmosphère aura probablement doublé par rapport à 1990. Cette accumulation provoquera une élévation de température estimée, selon les modèles, entre 1,4 et 5,8 degrés.