Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l’analyse à l’action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

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En matière de climat, les bonnes nouvelles sont plutôt rares. C’est pourquoi la découverte d’Anders Meibom et de ses collègues a eu tant d’échos. Publiée au début de l’année dans le Journal of Experimental Biology, elle révélait que les récifs coralliens du golfe d’Aqaba, au nord de la mer Rouge, étaient curieusement résistants au réchauffement et à l’acidification des eaux marines.

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Ces premiers résultats étant plus qu’encourageants, le géochimiste danois basé à l’EPFL a voulu en savoir plus. Pour partir à la recherche du secret de ces coraux, il lui fallait une structure adéquate. C’est pourquoi l’institution vaudoise vient de mettre en place un Centre de recherche transnational sur la mer Rouge, qui réunira des scientifiques du Moyen-Orient. L’opération est lancée avec l’Office fédéral des affaires étrangères, qui en profitera pour faire un peu de diplomatie.

Vertes éprouvettes

A quel point la recherche en Suisse est-elle orientée vers les thématiques du changement climatique et de la durabilité? Les récentes mobilisations en faveur de l’environnement poussent à se poser la question. La prise de conscience collective se reflète-t-elle dans les éprouvettes?

L’EPFL assure que pour elle, c’est bien le cas. «191 de nos 350 laboratoires se concentrent sur le développement durable tel qu’il est défini par l’ONU, affirme Julia Binder, responsable de projets liés à l’innovation à l’EPFL. Même si bien évidemment, chacun le fait à des degrés divers». L’institution a publié un long rapport le mois dernier, qui montre comment elle compte atteindre les objectifs de l’ONU d’ici à 2030. Plusieurs programmes sont mentionnés, comme «Info4Dourou2.0», qui travaille sur la gestion de l’eau dans les terres arides, ou encore le projet «DROP», dont la machine sert à désinfecter l’eau potable.

Plus d’argent

D’un côté, donc, l’EPFL affiche en grand sa volonté de promouvoir les recherches écologiques. La stratégie semble payante: les thématiques environnementales, désormais en vogue, suscitent l’intérêt des investisseurs. Pour continuer ses travaux sur le reboisement et le stockage du carbone, Thomas Crowther, un scientifique britannique dont le laboratoire est basé à l’EPFZ, a obtenu une enveloppe flamboyante de 17 millions de francs sur les treize prochaines années, majoritairement payée par une fondation privée basée au Danemark.

En comparaison, la bourse octroyée par le Conseil européen de la recherche à Douglas Hanahan pour ses travaux sur les cellules anti-tumeurs semble bien maigre: 2,5 millions de francs maximum, alors que ses découvertes pourraient sauver des vies. Bien sûr, ce ne sont pas les seuls financements que ce spécialiste reçoit, et notre démonstration est quelque peu tirée par les cheveux. Mais dans la communauté scientifique, certains chercheurs murmurent qu’il est désormais plus facile de faire financer une recherche si celle-ci a une dimension «verte».

Neutralité

Sur le plan politique, l’Union européenne encourage volontairement les scientifiques à prendre en compte les problématiques climatiques, relève Urs Neu, directeur général adjoint de ProClim, le forum pour le climat et les changements globaux. «Certains de ses programmes-cadres de recherche ont des objectifs clairs en la matière, note cet expert. Dans le cas d’Horizon 2020, par exemple, le financement lié au climat doit représenter au moins 35% du budget total.»

Rien de tel en Suisse, où le Fonds national, au contraire, revendique la plus grande neutralité. «Nous nous engageons avant tout pour la recherche libre et compétitive, dans laquelle les sujets d’étude sont choisis entièrement librement par les chercheuses et les chercheurs; ils sont ensuite mis en compétition entre eux sur des critères d’excellence scientifique et non pas de politique. Cette liberté de la recherche constitue selon nous un élément crucial et essentiel pour stimuler les meilleures découvertes», promet Daniel Saraga, un porte-parole de l’institution.

«Cela dit, ajoute-t-il, les scientifiques suisses s’intéressent naturellement à ces questions de société. C’est pourquoi dans les projets financés par notre institution, leur proportion a fortement augmenté ces dernières décennies.» Selon son estimation approximative, elle aurait triplé entre les années 1999 à 2008 et 2009 à 2018. Plusieurs programmes nationaux comme «Gérer la consommation d’énergie» ou «Economie durable» contribuent à cette accélération.

Plan stratégique

Les universités, elles, sont nombreuses à mettre en avant la durabilité dans les recherches, même si c’est de manière transversale. Il est impossible d’obtenir des chiffres clairs, mais quelques indices existent: l’Université de Lausanne a lancé fin avril son Centre interdisciplinaire de durabilité. A l’Université de Genève, la durabilité est promue par un service spécifique. A l’Université de Neuchâtel, sur les 13 thématiques prioritaires dans la stratégie de l’institution pour 2027, trois sont liées au développement durable au sens strict, mais d’autres l’abordent aussi. Et ce n’est que le début.