Les menaces qui pèsent sur les différentes espèces de requins à travers le monde sont de mieux en mieux connues. Une étude de grande ampleur qui vient de paraître dans la revue Nature s’est intéressée à l’état des populations de squales dans les zones côtières, et plus particulièrement dans les récifs.

«Nous assistons à un déclin du nombre de requins sans précédent. Nous avons beaucoup de données dans la zone pélagique (pleine mer) mais il y a assez peu de travaux qui ont été menés sur les requins des récifs», souligne Aaron MacNeil, auteur principal de l’étude et professeur agrégé à l’Université Dalhousie au Canada, lors de la conférence de presse de présentation des résultats. Lancé en 2015, le projet Global FinPrint, financé par la Paul G. Allen Family Foundation, a permis de surveiller 59 espèces de requins dans 371 récifs répartis à travers 58 pays et territoires.

En 800 heures de relevés, seulement trois requins ont été observés

Et les résultats de ces observations sont peu encourageants. Selon les auteurs, dans 19% des récifs, aucun requin n’a été observé et ils peuvent y être considérés comme fonctionnellement éteints. D’autre part, le nombre de requins observés était de moitié inférieur aux chiffres attendus dans 35 des pays monitorés.

Des disparités régionales

En République dominicaine, aux Antilles françaises, au Kenya, au Vietnam, aux îles Sous-le-Vent néerlandaises (Antilles) et au Qatar, en 800 heures de relevés, seulement trois requins ont été observés. L’étude met en évidence des disparités en fonction des territoires, certains bons élèves s’en sortant mieux. Au total, l’étude repose sur plus de 15 000 heures de vidéos filmées avec des caméras aquatiques qui ont permis de compter et d’identifier les espèces de requins.

Comment expliquer cet inquiétant déclin? Selon les résultats présentés, la présence d’une importante population humaine côtière est corrélée à une faible présence des requins, indépendamment du niveau de richesse national. Sans surprise, les pratiques de pêche ont également une influence importante sur les populations de requins des récifs. Parmi les facteurs ayant l’impact le plus négatif, les filets fixes et les palangres (lignes de pêche avec plusieurs hameçons).

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Les scientifiques reconnaissent que les conséquences de cette raréfaction des prédateurs sont encore difficiles à estimer. «On a vu dans d’autres cas que la perte de gros prédateurs tend à avoir des effets négatifs sur l’ensemble de l’écosystème, souligne Mike Heithaus, codirecteur du projet Global FinPrint et biologiste marin à l’Université internationale de Floride. Les récifs sont des zones critiques pour beaucoup de pays où ils constituent une protection contre les tempêtes ou qui en dépendent pour la pêche.» Un écosystème fragile qui doit déjà faire face à toute une série de menaces: l’acidification des océans, le tourisme et des étoiles de mer géantes.

Des solutions identifiées

Pour autant, les biologistes restent optimistes: des solutions existent. Leur étude permet de mettre en évidence l’efficacité des sanctuaires de requins et des limites de pêche. «Dans certaines régions, c’est une ressource économique incontournable, donc la seule mise en place d’un sanctuaire ne suffit pas», nuance Demian Chapman, codirecteur du projet et professeur à l’Université internationale de Floride.

L’implication des populations est nécessaire, avec l’appui de moyens financiers. «Les gens sont à l’origine des principaux problèmes mais sont aussi à l’origine des solutions, ajoute-t-il. Notre étude montre aussi que les requins peuvent se multiplier dans un environnement proche d’une forte présence humaine.» Mais pour les auteurs, il est essentiel de comprendre qu’il n’existe pas de solution unique applicable partout.