Le séquençage du génome de l’homme de Kostenki, appelé ainsi d’après le village russe où son squelette a été découvert il y a 60 ans, a été effectué à partir d’ADN prélevé sur son tibia gauche. Il s’agit du deuxième génome le plus ancien de notre espèce jamais séquencé, selon un article publié dans la revue américaine «Science».

Les scientifiques ont découvert que l’homme de Kostenki avait un petit pourcentage des gènes de Neandertal. Ceci confirme que le croisement entre «Sapiens» et Neandertal s’était déjà produit à l’époque où vivait cet homme, il y a 36 200 à 38 700 ans.

Quand les ancêtres des Européens actuels sont sortis d’Afrique pour se diriger vers l’Eurasie, il y a 50 000 à 60 000 ans, ils ont rencontré les Néandertaliens. Ceux-ci se trouvaient déjà en Europe et en Asie. Les scientifiques ont utilisé les données génétiques pour déterminer que le croisement s’est produit il y a à peu près 54 000 ans.

Un peu de Neandertal en nous

Résultat de cette hybridation: toute personne ayant un ancêtre eurasien – des Chinois aux Scandinaves en passant par les indigènes d’Amérique – a un peu d’ADN de Neandertal.

«Nous montrons que cet individu [Kostenki] est lié aux Européens modernes. Nous montrons aussi que l’essentiel de la structure génétique présente dans l’Europe actuelle date au moins de l’époque à laquelle cet individu est mort», déclare Rasmus Nielsen, professeur de biologie informatique à l’Université de Californie, Berkeley, et l’Université de Copenhague.

«Nous pensions que ces composantes [génétiques] étaient survenues à des époques différentes de l’histoire européenne après l’arrivée en Europe des premiers humains modernes. Et maintenant, nous voyons qu’elles étaient déjà là dès le début», ajoute Eske Willerslev, directeur du Centre de génétique de l’Université de Copenhague.

Nouvelle énigme

Les chercheurs se retrouvent désormais face à une nouvelle énigme. Ils n’ont pas trouvé de preuve d’une poursuite du métissage alors même qu’il y a eu cohabitation entre les groupes pendant encore des milliers d’années.

Le Neandertal aux arcades sourcilières marquées a vécu en Europe et en Asie il y a 350 000 ans et jusqu’à il y a 40 000 ans. Il a disparu après l’arrivée de l’«Homo sapiens». «Au début, nous avions été surpris de découvrir qu’il y avait eu croisement. Désormais, la question est: pourquoi si peu?» commente le professeur Robert Foley, spécialiste de l’évolution humaine à l’Université de Cambridge. «C’est une découverte extraordinaire que nous ne comprenons pas encore.»