agronomie

Comment rendre les vaches moins polluantes

En digérant, le bétail émet dans l’atmosphère de grandes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Des compléments alimentaires pourraient permettre de réduire nettement ces émissions

La lutte contre les changements climatiques implique de limiter nos émissions de gaz à effet de serre, et dans ce cadre on pense naturellement au dioxyde de carbone. Mais les efforts portent aussi sur le méthane: moins persistant dans l’atmosphère, ce gaz possède un pouvoir réchauffant 25 fois plus puissant que celui du CO2. Or le méthane est majoritairement émis par les vaches lorsqu’elles ruminent. Diverses pistes sont à l’étude pour réduire ces émissions, notamment en jouant sur l’alimentation du bétail.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le méthane provenant des rots et flatulences liés à la digestion des ruminants représenterait près de 40% des émissions de gaz à effet de serre dans l’agriculture, ce qui en fait la première source d’émissions de ce secteur. Les rejets de méthane n’ont pas cessé d’augmenter depuis une dizaine d’années, contribuant à aggraver la crise climatique.

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La production de méthane par les vaches est liée au fonctionnement particulier de leur système digestif, capable de transformer l’herbe en une ressource nutritive, une prouesse dont l’être humain est incapable. Lorsqu’elle se nourrit, la vache avale presque en entier les aliments qu’elle stocke dans le rumen, le premier de ses quatre estomacs. Elle régurgite ensuite le contenu pour le mâcher longuement, avant de l’envoyer de nouveau dans le rumen où il sera disséqué par les enzymes bactériennes, ce qui aboutit à la production de méthane.

Ail et écorces d’orange

Des compléments alimentaires pourraient permettre de limiter ce phénomène dit de fermentation entérique. La société suisse Zaluvida développe ainsi le Mootral, complément naturel composé d’ail et d’écorces d’orange, qu’elle entend mettre sur le marché cette année. Ce produit promet de limiter les émissions de méthane de 30% en modifiant la composition bactériologique du rumen. Une étude européenne pilotée par l’entreprise française Valorex s’est quant à elle concentrée sur l’ajout de graines de lin cuit à la ration journalière. Le résultat annoncé est une réduction des émissions allant jusqu’à 37%. Enfin, la société suisse DSM Nutritional Products mise sur un composé alimentaire synthétique qui inhiberait l’enzyme responsable de la production de méthane dans l’estomac. Le produit affiche également 30% de réduction et sa sortie serait plutôt attendue pour l’année prochaine.

On peut sélectionner génétiquement les bovins qui ont une fermentation entérique moins émettrice que leurs comparses

Andreas Münger, chercheur en agronomie à Agroscope

Ces innovations vont-elles faire la différence? «Ces essais sont pour la plupart menés en laboratoire et non pas dans des situations réelles. Dans ces conditions, l’effet serait plutôt proche des 10-13% que des 30% annoncés», explique Andreas Münger, chercheur en agronomie à Agroscope. Cette différence pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs: «Elle peut être due aux spécificités de chaque animal, au type de nourriture auquel est ajouté le complément, sans oublier que, sur le long terme, les bactéries peuvent s’adapter au complément», détaille le chercheur.

D’autres techniques alimentaires permettent de limiter les émissions des ruminants. «C’est la digestion des fibres amenées par le fourrage et l’herbe qui provoque le plus d’émissions de méthane. On peut rajouter des céréales dans la ration afin de limiter l’apport en fibres», explique Andreas Münger. En rajoutant des céréales dans la ration, on augmente en même temps le rendement en lait de l’animal. «On peut également sélectionner génétiquement les bovins qui ont une fermentation entérique moins émettrice que leurs comparses», ajoute le spécialiste.

Favoriser le pâturage

Le fourrage concentré – céréales, maïs, soja – est déjà utilisé en complément de l’herbe et du fourrage pour accroître la production laitière des vaches, dont le rendement a augmenté de 40% depuis 1990. Mais leur alimentation entre ainsi en concurrence avec celle de l’homme. «Les surfaces servant à produire du fourrage pour nos vaches laitières permettraient de nourrir deux millions de personnes», estime Hans Ulrich Gujer, spécialiste de l’agriculture à l’Office fédéral de l’environnement, cité par le magazine L’Environnement. Une part croissante du fourrage provient par ailleurs de l’étranger.

Cette piste ne semble donc pas la plus compatible avec un élevage respectueux de l’environnement. «En Suisse, on favorise une base fourragère en utilisant les pâturages et le moins d’apport possible d’aliments concentrés», explique Daniel Koller, responsable médias de la Fédération des producteurs suisses de lait. Il mentionne d’autres leviers contre les émissions de méthane liées à l’élevage, «comme l’obligation de couvrir les fosses à lisier à l’air libre ou le recours à des techniques d’épandage des lisiers qui limitent les émissions».

Enfin, pour réduire les émissions de méthane des vaches, une dernière approche envisageable serait tout simplement… de réduire le nombre de vaches elles-mêmes. Ce qui impliquerait toutefois de consommer différemment produits laitiers et viande. Une perspective à ruminer!

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