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Les organisateurs du Science hackathon à Renens: Sara Braidotti (à gauche), Ksenia Tugay (au centre) et Luc Henry (à droite).
© Eddy Mottaz

Do-it-yourself

A Renens, un hackathon pour répondre aux défis scientifiques

Pendant trois jours, chercheurs et makers se retrouvent à Renens et mobilisent leurs compétences pour répondre à des défis scientifiques. Une grande première dans la région

Au départ réservés aux passionnés de code informatique et de logiciels, les hackathons se sont récemment ouverts à des thèmes plus larges comme la santé, l'alimentation ou encore l'humanitaire. Le prochain hackathon romand – qui se tient ce week-end à Renens dans le laboratoire public Hackuarium – explore un champ rarement embrassé par la communauté des «makers» (ceux qui fabriquent eux-mêmes leurs inventions) et des «hackers»: la recherche scientifique. 

Aux commandes du premier «Science hackathon» de la région figure une poignée de jeunes enthousiastes, ex-scientifiques et passionnés d'innovation. Luc Henry, ancien chercheur en biologie, est un des organisateurs en tant que membre du comité d'Hackuarium: «Mon but est de transformer les chercheurs en "makers". La créativité existe bien sûr en science mais souvent les scientifiques choisissent d'acheter un outil et de le tester plutôt que de le fabriquer eux-mêmes sur mesure. Un de leurs arguments est l'efficacité mais cela ne se vérifie pas toujours.»

Chercheurs et rois de la bricole

Plus d'une trentaine de personnes se sont inscrites pour participer au Science Hackathon qui commence ce vendredi et finit dimanche soir. Le lieu est ouvert à tous le dernier jour, quelques heures avant la fin, pour que le public puisse assister à la présentation des résultats. Parmi les participants au hackathon: des scientifiques - étudiants, doctorants et post-doctorants -  qui souhaitent trouver des partenaires aux compétences complémentaires pour concrétiser leur idée, en équipe avec des designers, des informaticiens et des rois de la bricoles.

Un certain nombre de scientifiques ont déjà en tête la question de recherche sur laquelle ils souhaitent travailler pendant ces trois jours. Par exemple, l'un d'entre eux propose de fabriquer un outil qui traduirait les sons en couleurs lumineuses, un autre désire travailler sur une machine qui pourrait calculer le nombre de molécules fluorescentes dans un petit volume, un autre encore voudrait mettre au point un enregistreur des passages de la Station spatiale internationale dans le ciel.

Au démarrage, les participants forment des équipes trans-disciplinaires autour du projet choisi selon les connaissances et les compétences de chacun. «La communauté d'Hackuarium composée surtout de "makers" a l'habitude de ce genre d'approche rapide et trans-disciplinaire, ce qui n'est pas forcément le cas des chercheurs», commente Luc Henry. Hackuarium met à la disposition de tous un laboratoire, un atelier de bricolage avec imprimantes 3D et une machine de découpe laser. Les organisateurs disposent aussi d'un budget pour acheter du matériel si besoin.

Publications dans une revue scientifique

Pour ceux qui viendraient sans avoir d'idée précise, Luc Henry a invité un intervenant, son homologue Derek Groen, chercheur et organisateur en 2014 et 2015 d'un Science hackathon au University College de Londres (UCL), pour éclairer les équipes sur ce qu'ils peuvent atteindre à la fin du week-end. «Il existe beaucoup de hackathons qui se disent scientifiques mais ils s'agit souvent de produire du code pour créer des softwares, observe Derek Groen. Alors qu'un Science hackathon doit permettre à des chercheurs de se réunir, d'échanger et d'aboutir à un résultat qui peut être publié dans une revue scientifique.»

Lors de l'édition londonienne en 2015, une équipe s'est interrogée sur la reproductibilité en bio-informatique et le fruit de leur réflexion a été publié dans la revue BMC Systems Biology. «Souvent l'environnement académique est trop compétitif pour que ces projets voient le jour, faute de temps, analyse le chercheur anglais. Le hackathon permet de trouver des co-auteurs dans un même esprit de partage, pour une collaboration qui peut se poursuivre pendant des mois voire des années».

Pas de propriété intellectuelle

Toutes les idées et les prototypes qui seront produits pendant le Science hackathon de Renens se doivent d'être libres et accessibles à tous, selon la volonté des organisateurs. «Nous ne voulions pas que des participants venant de start-ups ou d'industries puissent s'approprier les idées produites pendant le hackathon, explique Ksenia Tugay, de la Fondation Inartis pour le soutien de l'innovation, et co-organisatrice de l'événement avec Luc Henry. Le but n'est pas d'offrir des développeurs qui travaillent gratuitement!»

Le Science hackathon est lui-même un premier coup d'essai selon les organisateurs. «Pour nous, c'est très importants de se centrer sur les chercheurs. C'est une démarche expérimentale dont on ne connaît pas encore les résultats, précise Luc Henry. Pour la prochaine fois, le rêve serait d'avoir des professeurs parmi les participants pour qu'eux aussi puissent s'imprégner de la démarche du "maker". Ce sont eux qui ont le pouvoir de décision. S'ils voient un intérêt dans la démarche, ils pourraient décider de l'intégrer dans leur propre processus de recherche.» 

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