Les réserves mondiales de combustibles fossiles contiennent l'équivalent de 3500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, selon un inventaire inédit publié lundi par Carbon Tracker et Global Energy Monitor. Cette quantité phénoménale correspond à ce qui serait libéré dans l'atmosphère si les réserves de pétrole, de gaz et de charbon étaient totalement produites et utilisées, et mettraient à mal les objectifs climatiques internationaux, selon ce registre mondial.

Cela équivaut à «plus que toutes les émissions produites depuis la révolution industrielle» et «plus de sept fois le budget carbone restant pour respecter la température limite de 1,5°C», indiquent les auteurs. Cette notion de «budget» carbone renvoie à la quantité de CO2 pouvant être émise pour un résultat donné, en l'occurrence l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris sur le climat.

A lire: La Suisse peine toujours à réduire les émissions de CO2 de ses véhicules

Le réchauffement depuis l'ère industrielle, qui a été alimenté par les énergies fossiles, a déjà atteint 1,1°C, entraînant une série de catastrophes.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) avait suggéré, l'an dernier, de renoncer à tout nouveau projet pétrolier ou gazier, pour accompagner une baisse rapide de la demande et afin de garder le réchauffement sous contrôle.

Un outil pour mettre fin à la production de charbon

Le registre - qui contient les données sur plus de 50 000 sites dans 89 pays - a pour ambition de fournir aux dirigeants politiques et à la société civile les données nécessaires pour gérer la sortie progressive de ces énergies fossiles.

«Le registre mondial aidera les gouvernements, les entreprises et les investisseurs à prendre des décisions pour aligner leur production de combustibles fossiles sur la limite de température de 1,5° et, ainsi, à empêcher concrètement la disparition de nos îles», a souligné Simon Kofe, ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, l'un des archipels du Pacifique menacés par la montée des eaux et le réchauffement climatique. «Nous disposons désormais d'un outil qui peut aider à mettre efficacement fin à la production de charbon, de pétrole et de gaz.»

Lire encore: Les émissions de CO2 franchissent un nouveau record en 2021

Il montre notamment que les Etats-Unis et la Russie détiennent chacun suffisamment de réserves de combustibles fossiles pour faire exploser l'ensemble du budget carbone mondial, même si tous les autres pays cessaient immédiatement leur production. Il identifie également la source d'émissions la plus puissante dans le monde: le champ pétrolier de Ghawar en Arabie saoudite.