Biologie

Les réservoirs cachés du sida 
mis au jour

Une étude lausannoise parue dans la revue «Nature Medicine» dévoile une découverte qui, à terme, pourrait permettre de guérir totalement de la maladie

A-t-on découvert les réservoirs cachés du virus du sida? Deux chercheurs de l’Université de Lausanne (UNIL) et du CHUV à Lausanne, Matthieu Perreau et Giuseppe Pantaleo, ont mis au jour l’existence de cellules dans lesquelles le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) se réplique constamment. Et ce malgré le fait que la personne concernée prenne un traitement antirétroviral. Selon les chercheurs à l’origine de cette étude publiée le 30 mai dans la revue Nature Medicine, cette identification pourrait permettre, à terme, d’éradiquer la totalité du VIH d’un organisme infecté.

Le premier traitement contre le sida est apparu en 1987. Il se composait de multiples médicaments ayant de nombreux effets secondaires. Grâce aux recherches, il a évolué et consiste actuellement en une unique pilule à prendre tous les jours. Il est donc possible de vivre longtemps avec le VIH. Cependant, il reste impossible d’en guérir et le virus fini toujours par refaire surface lors de l’arrêt du traitement.

Cellules infectées

Cette observation a jadis induit les virologues à émettre l’hypothèse qu’il existe une «réplication résiduelle du VIH». Ils ont supposé l’existence de réservoirs, dans le corps humain, abritant ces cellules infectées. Depuis lors, trouver ces réservoirs a constitué l’un des grands espoirs de la lutte contre le sida. Mais où commencer les recherches de telles structures?

Les chercheurs ont pris comme sujets d’étude des patients sous traitement antirétroviral depuis plus de dix ans et ont utilisé des méthodes de tri de groupes de cellules ainsi que des techniques de marquage permettant d’étudier les bonnes cibles. Ils ont alors démontré que des précurseurs du VIH se cachent dans les «lymphocytes T folliculaires», des cellules du système immunitaire situées dans les ganglions lymphatiques.

Persistance du virus

En analysant le comportement de ces lymphocytes T folliculaires, «nous avons enfin réussi à identifier les cellules qui sont responsables de la persistance du VIH même lorsque le traitement antirétroviral a fait disparaître toutes les traces du virus dans le sang du patient», explique Giuseppe Pantaleo, professeur à l’UNIL et coauteur de l’étude. Selon lui, une telle avancée permettra, par la suite, de cibler les traitements sur ces cellules spécifiquement pour ainsi supprimer la totalité du virus.

Interrogé sur l’importance de ces travaux, Bernard Hirschel, ancien professeur de l’Université de Genève et spécialiste du VIH, dit que «cette étude est très élégante et rigoureuse, mais il faut maintenant réussir à traiter spécifiquement les lymphocytes T folliculaires de l’infection par le VIH. Cela peut prendre encore des années.» Un pas de plus dans la bonne direction vers une éradication possible du sida.

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