Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Il faudra multiplier les centrales solaires, comme ici à Ouarzazate, au Maroc, pour tenir les engagements pris à Paris.
© promotion

Planète

Il reste trois ans pour sauver le climat

Des dizaines de personnalités s’adressent aux dirigeants du G20 avec un message clair: agissez vite pour le climat, il ne reste que «trois ans pour le préserver». Six grands chantiers sont esquissés pour sauver la planète

Ils sont anciens chefs d’état, ex-maire, scientifiques, responsables d’ONG, syndicaliste, patron de multinationale ou responsables de fonds d’investissement. A l’initiative de la Costaricienne Christina Figueres, l’une des figures de l’Accord de Paris sur le climat, plusieurs dizaines de personnalités s’adressent ce jeudi, dans la revue Nature, aux leaders du G20, qui se réunissent les 7 et 8 juillet à Hambourg: agissez vite pour le climat, il ne reste que «trois ans pour le préserver».

«Nous avons pratiquement épuisé notre budget de carbone, ce que l’on peut rejeter dans l’atmosphère en contenant la hausse de la température terrestre nettement sous la barre des +2°C», rappelle Thomas Stocker, de l’Université de Berne, qui a codirigé le groupe de travail sur la science du climat au GIEC (WG I), de 2008 à 2015, et qui cosigne l’appel. «Il y a plus de dix ans que nous martelons que 2020 est un point de non-retour pour le climat, renchérit le climatologue Stefan Rahmstorf, du Potsdam Institute, lui aussi cosignataire de l’appel. Si la courbe des émissions de gaz à effet de serre n’est pas inversée d’ici à trois ans, il sera pratiquement impossible de tenir les objectifs de l’Accord de Paris.»

La vision étriquée de l’avenir que montre la Maison-Blanche se fera d’abord au détriment de l’économie américaine

Thomas Stocker, climatologue

Course contre la nature

Depuis 2014, ces émissions stagnent. «Il est encore trop tôt pour dire si c’est une vraie inflexion ou s’il s’agit d’un simple facteur économique, comme les crises de 1929 ou 2008, mais nous devons agir sans attendre», souligne Thomas Stocker. L’appel est accompagné d’un graphique destiné à frapper les esprits. Si les rejets de GES baissent vraiment d’ici à 2020, la planète disposera de vingt ans pour se réinventer et parvenir à ne plus rejeter une once de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Si on attend 2025, il restera moins de dix ans, une mission quasi impossible.

«Cet appel était nécessaire», se réjouit Valérie Masson-Delmotte, la climatologue française qui a succédé à Thomas Stocker à la codirection du WG I. «Il prolonge la feuille de route pour décarboner l’économie proposée par un groupe de scientifiques dans la revue Science en mars dernier.» Une feuille de route que les signataires de l’appel aujourd’hui ont résumée en six points clés: développer massivement les énergies renouvelables et interdire la construction de centrales à charbon d’ici à trois ans, repenser le bâtiment et les infrastructures pour fortement réduire leur impact climatique, développer massivement les véhicules électriques et les transports collectifs, engager la reforestation et encourager les conversions de terres pour piéger le carbone de l’atmosphère; diviser par deux les rejets industriels; et enfin réorienter les investissements vers l’action climatique.

«Ce dernier point est un enjeu majeur, commente Valérie Masson-Delmotte. Il faut cesser de soutenir les énergies fossiles et accompagner les progrès spectaculaires des technologies propres, comme le solaire photovoltaïque. Nous devons à la fois repenser la consommation d’énergie dans les pays riches, tout en apportant aux pays émergents l’énergie propre dont ils ont besoin.»

Impasse nucléaire

L’appel n’évoque pas la question controversée du nucléaire. «En théorie, c’est un moyen très élégant de produire de l’électricité sans carbone, reconnaît Thomas Stocker. Mais les grandes questions posées par les déchets radioactifs et le risque intrinsèque ne sont pas résolues.» «Surtout, on ne voit pas comment développer la production d’électricité nucléaire dans un délai compatible avec l’urgence climatique», ajoute Stefan Rahmstorf. Il faut en effet plus de dix ans pour réaliser une centrale nucléaire, voire plus, comme l’ont montré les chantiers d’Okiluoto (Finlande) ou de Flamanville (France). «La dynamique est du côté des énergies renouvelables», insiste Stefan Rahmstorf.

«Il y a vingt ans, on n’imaginait pas que ces énergies se développeraient aussi vite, et que leur coût s’effondrerait à ce point, rappelle Thomas Stocker. Tout comme on pensait impossible de faire avec leur intermittence et pourtant on la gère de mieux en mieux. On peut aller beaucoup plus loin, à condition de repenser nos infrastructures, en décentralisant la production d’électricité et de chaleur.» De la même manière, le chercheur bernois croit possible une électrification rapide du parc automobile. «Dans les années 1950, les stations d’essence étaient rares. Puis leur essor a été très rapide. Rien n’empêche de faire la même chose pour recharger les véhicules électriques, surtout si on standardise les batteries.»

A quelques jours de la réunion du G20, une autre question se pose: quelles seront les conséquences du retrait américain de l’Accord de Paris, annoncé par Donald Trump? «Cela ne change pas grand-chose, analyse Stefan Rahmstorf, puisque les grands pays émergents ont confirmé leur engagement. Le retrait américain est surtout symbolique.» Quid des coupes budgétaires annoncées par Trump en matière de recherche sur l’environnement, le climat et l’énergie? «Elles doivent encore être votées par les élus américains, répond Thomas Stocker. De plus, cela n’empêchera pas l’innovation dans les autres pays, comme la Suisse, la France, la Chine ou l’Inde. La vision étriquée de l’avenir que montre la Maison-Blanche se fera d’abord au détriment de l’économie américaine, mais probablement pas du climat, en tout cas on l’espère.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sciences

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

Chaque année, 350 millions d’hectares de forêts, friches et cultures sont ravagés par des incendies, soit la taille de l’Inde. L’astronaute allemand Alexander Gerst partage sur Twitter sa vue panoramique sur le réchauffement climatique depuis la Station spatiale internationale

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

This handout picture obtained from the European Space Agency (ESA) on August 7, 2018 shows a view taken by German astronaut and geophysicist Alexander Gerst, showing wildfires in the state of California as seen from the International Space Station…
© ALEXANDER GERST