Bruxellois, âgé de 37 ans, Nicolas Gilsoul étudie l’architecture dans sa ville natale et travaille dans une agence lorsqu’il tombe sur un petit livre qui le frappe intensément: Le Jardin en mouvement (Ed. Sens & Tonka). Cette lecture le conduit à préparer un certificat à l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles puis, dès 1997, à travailler étroitement avec l’écrivain-jardinier Gilles Clément, auteur de l’ouvrage. Le voici, peu après, Grand Prix de Rome et pensionnaire à la Villa Médicis. Il s’intéresse à la scénographie de paysages et part au Japon, où il s’initie au cheminement des temples. Architecte et chef de projet chez Wilmotte & Associés durant deux ans, il enseigne ensuite à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich où, auprès du professeur Christophe Girot, il développe un projet de vidéo et paysage. Au cours d’un voyage au Mexique avec les étudiants, il découvre Luis Barragán, ce qui décide de son sujet de thèse: «L’architecture émotionnelle au service du projet; étude du fonctionnement des mécanismes scénographiques dans l’œuvre de Luis Barragán entre 1940 et 1980». Brillamment reçu docteur, il enseigne depuis et développe ses projets au sein de sa propre agence à Paris. Le 22 mars prochain, il inaugure l’exposition La Ville fertile à la Cité de l’architecture, dont il assure le commissariat pour le volet intitulé «L’objet du désir».

Le Temps: Qu’est-ce qui a déterminé votre intérêt pour l’architecture émotionnelle?

Nicolas Gilsoul: Lorsque j’ai emmené mes étudiants dans les maisons de Luis Barragán, je les ai sentis à la fois recueillis et surpris; on n’entendait pas une mouche voler… J’ai voulu comprendre ce phénomène.

– Toute architecture qui rejoint son but ne pourrait-elle pas être qualifiée d’émotionnelle?

– Le mot est certes galvaudé et prête à confusion, tant les émotions sont, par nature, multiples. Pour moi, l’architecture émotionnelle est celle qui permet le retour à soi – Gilles Clément parle de «belvédère intérieur» –, qui ne correspond ni à un repli ni à une peur mais favorise le lien et prépare l’éveil au monde.

– Voyez-vous dans le colloque genevois l’amorce d’un courant en cours de constitution?

– Cette rencontre cristallise sans doute des recherches convergentes. Je regrette de ne pas y retrouver les Zumthor , Barani , Fujimoto , RCR ou encore Sauzet, architectes qui représentent à mes yeux cette sensibilité.