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Pipeline en attente de construction dans le Dakota, janvier 2017.
© Reuters

Accord de Paris

Retrait de l'accord de Paris: «Cette décision va désavantager les Etats-Unis eux-mêmes»

Martine Rebetez, climatologue à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL, réagit à la décision de Donald Trump de faire sortir son pays de l’accord de Paris sur le climat

Le Temps: Comment jugez-vous le retrait américain de l’Accord de Paris?

Martine Rebetez: Ce n’est évidemment pas positif pour la protection du climat, mais il faut relativiser la portée de cette annonce. D’abord, ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis font faux bond à la communauté internationale sur le dossier climatique: en 2001 déjà, avec G.W. Bush, ils s’étaient retirés du Protocole de Kyoto, le précédent accord international portant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or cette non-signature n’avait pas empêché le processus de se poursuivre. Un autre point à soulever est que les Etats-Unis ne sont pas une entité uniforme. En dehors du gouvernement central, des Etats et des villes américaines se sont engagées à leur niveau dans la lutte contre les changements climatiques, parfois avec des objectifs très ambitieux. C’est loin d’être négligeable! Prenez un Etat comme la Californie: du fait de sa taille et de sa puissance économique, il peut être considéré comme un acteur à part entière dans le combat climatique.

Lire aussi: «C'est forcément une source d'inquiétude»

– Donald Trump se pose en défenseur des énergies fossiles et des emplois qui y dépendent aux Etats-Unis. Que penser de cette posture?

– La politique du président américain est toute dirigée vers un objectif: accroître les profits dans les secteurs des énergies fossiles et de l’armement. En ce sens, sa décision de quitter l’accord de Paris semble tout à fait cohérente. Mais cette décision, et peut-être encore davantage les autorisations concrètes qu’il a délivrées pour la création de nouveaux oléoducs, vont désavantager les Etats-Unis eux-mêmes, autant au niveau environnemental qu’économique. Le progrès et les emplois ne sont plus aujourd’hui dans les anciennes énergies mais dans le renouvelable. La Chine l’a bien compris, en investissant massivement dans ces nouvelles énergies, même si sa dépendance au charbon reste actuellement forte. L’argument de la défense de l’emploi relève du pur marketing.

– Le tollé général qu’a suscité l’annonce américaine vous semble-t-il tout de même positif?

– Certainement. Une belle unité est en train de se créer face au président américain, que ce soit parmi les dirigeants européens ou en Chine. Ces États sont suffisamment forts pour agir par eux-mêmes. Et ils doivent le faire au plus vite, car chaque mois qui passe nous amène de nouvelles mauvaises nouvelles sur l’état du climat: augmentation des températures terrestres, réduction de l’enneigement dans l’hémisphère Nord, etc. Aujourd’hui plus personne n’ose affirmer sérieusement que le changement climatique n’existe pas, ou qu’il n’est pas lié à l’activité humaine. Les seuls arguments qui restent portent sur la défense d’intérêts économiques particuliers. Ce type de justification relève du pur cynisme car elle va à l’encontre de l’intérêt général.

Lire aussi: Les Etats-Unis se retirent de l'accord sur le climat, et montrent leurs divisions

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