Espace

Revenir sur Terre après un an passé en orbite

Scott Kelly et Mikhaïl Kornienko quitteront aujourd’hui la Station spatiale internationale après y avoir séjourné presque une année. Les scientifiques vont récolter un maximum de données sur les effets de la vie dans l’espace

C’est le terme d’un voyage hors normes. Mardi 1er mars, deux astronautes, l’Américain Scott Kelly et le Russe Mikhaïl Kornienko vont revenir sur Terre après avoir passé un an dans l’espace sans interruption.

Les deux hommes avaient décollé le 27 mars 2015 en direction de la Station spatiale internationale (ISS) pour une expérience de longue haleine organisée par la NASA. Nommée «One-Year Mission», elle a pour objectif de mieux comprendre les effets d’un séjour prolongé dans l’espace sur le corps humain.

Des chiffres à faire tourner la tête

Un tel stage de longue durée n’avait jamais été réalisé jusqu’ici par un Américain. Le précédent record, tenu par l’Hispano-Américan Michael Lopez-Alegria entre 2006 et 2007, était de 215 jours d’affilée. Avec 340 jours consécutivement passés en orbite (si le retour sur Terre s’effectue bien à la date prévue), Scott Kelly va donc mettre la barre très haut. Du côté russe, le record établi par Valeri Polyakov avec 437 jours dans la station MIR entre 1994 et 1995 a encore de beaux jours devant lui.

Et puisqu’il est question de chiffres, continuons un moment sur notre lancée. Compte tenu de la vitesse de l’ISS (27 600 km/h), les deux astronautes faisaient le tour de la Terre toutes les 90 minutes, ce qui leur a permis d’assister à 10 944 levers de soleil. Une telle vitesse correspond, sur 340 jours, à une distance totale de 232 millions de kilomètres, soit la distance moyenne entre Mars et la Terre, ou encore 600 fois la distance qui nous sépare de la Lune. Enfin, très à l’aise avec Twitter et les autres les réseaux sociaux, Scott Kelly a publié des milliers de posts ainsi que 713 photos à couper le souffle sur son compte Instagram, participant ainsi au storytelling cher à la NASA.

Séjourner aussi longtemps dans l’espace n’est pas sans risque pour la santé. Les muscles, en l’absence de gravité, fondent à grande vitesse. Pour l’instant, la seule parade consiste à faire de l’exercice. La NASA a ainsi mis à disposition des astronautes un tapis de course à pied. Scott Kelly y a parcouru 1042 kilomètres!

Des effets plus subtils surviennent également, tels que la diminution de l’acuité visuelle, parfois irréversible. «On n’en connaît pas la cause, explique Susana Zanello, de l’Association pour les recherches spatiales universitaires. Il se pourrait qu’il s’agisse de modifications des pressions régnant dans la boîte crânienne.» Scott Kelly a d’ailleurs signalé, comme lors de ses précédents séjours dans l’espace, souffrir de tels troubles de la vision.

Le jumeau «contrôle»

IRM, examens ophtalmiques, contrôles biométriques, l’Américain sera examiné sous toutes les coutures lors de son retour. Outre s’assurer de son état de santé, ces tests ont une portée scientifique. Car Scott est au centre d’une expérience inédite avec son frère jumeau, Mark est resté sur Terre. Alors que le premier fait office de cobaye, le second est quant à lui un sujet de référence, ou témoin. Les scientifiques de l’expérience vont comparer de nombreuses composantes physiologiques des deux frères, notamment leur masse musculaire, certaines capacités déductives ou encore la composition de leur flore intestinale.

«C’est une occasion unique de pouvoir étudier deux personnes qui ont les mêmes gènes, mais dans des environnements différents», a expliqué Craig Kundrot, responsable scientifique adjoint du Programme de recherche humaine de la NASA.

De son côté, Scott Kelly assure être en pleine forme. «Je me sens bien psychologiquement mais j’attends avec impatience de rentrer chez moi», a-t-il confié lors d’une conférence de presse jeudi 25 février.

Sauter dans la piscine

Ce qui lui a le plus manqué, a-t-il ajouté, c’est l’absence d’eau courante. Chaque gramme expédié à bord de l’ISS coûte une petite fortune. L’eau liquide, lourde, incompressible et donc volumineuse, est un luxe auquel les astronautes n’ont pas accès. Ils se lavent avec des éponges humides et boivent leur urine, évidemment purifiée au préalable. Durant son séjour dans la station orbitale, Scott Kelly a ainsi bu 730 litres de liquide recyclé à partir de ses fluides corporels. Sans doute un peu lassé, il a indiqué que la première chose qu’il ferait en rentrant chez lui «c’est de sauter dans [sa] piscine».

Avec une expédition dans l’espace de près d’un an, la NASA peut-elle envisager d’expédier des humains vers Mars? «C’est parler un peu vite, prévient Susana Zanello. Pour un voyage complet vers Mars, il faut compter environ 2 ans et demi voire 3 ans. Et puis les conditions sur Mars sont différentes des conditions en orbite! Il y a encore beaucoup de travail à fournir.»

Il faut donc voir cette expérience comme une étape de plus dans la préparation d’une future mission vers Mars. «Pouvoir étudier deux jumeaux sur une telle durée est une formidable opportunité, se réjouit Susana Zanello. J’ai hâte de voir la publication des premiers résultats». Ceux-ci devraient voir le jour d’ici 2 à 3 ans, pas avant.

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