Agronomie

Revers pour les OGM au Burkina Faso

Le pays d’Afrique de l’Ouest a adopté massivement le coton transgénique Bt avant de s’en détourner en raison de sa mauvaise qualité

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Rien ne va plus entre les producteurs de coton burkinabé et Monsanto. Après avoir adopté massivement les semences OGM de la compagnie américaine il y a quelques années, le Burkina Faso a récemment décidé de s’en détourner. En cause, la moindre qualité de la fibre de coton OGM, qui a entraîné une forte dépréciation de sa valeur et un important manque à gagner pour le pays, dont le coton est la deuxième marchandise d’exportation (après l’or). Pour la militante burkinabé Aline Zongo, de passage cette semaine en Suisse à l’invitation de l’association Swissaid, «cette affaire doit servir de leçon au Burkina Faso mais aussi aux autres Etats africains tentés par les OGM».

C’est à partir de 2008 que les premiers cultivars de coton OGM dit «coton Bt» ont été introduits au Burkina Faso, après plusieurs années de recherche menées par Monsanto en collaboration avec le gouvernement burkinabé. La nouvelle variété devait combiner les qualités traditionnelles des cotonniers d’Afrique de l’Ouest, adaptés aux conditions locales et réputés pour donner de longues fibres, et une résistance aux insectes ravageurs. Celle-ci était obtenue grâce à l’introduction dans le génome du cotonnier d’un gène tiré d’une bactérie lui permettant de fabriquer un insecticide.

Promesse de récolte abondante

Malgré son coût nettement plus élevé que celui des variétés conventionnelles, le coton Bt a connu un vif succès auprès des producteurs de coton burkinabé. Ces derniers étaient attirés par les promesses du semencier américain d’une récolte plus abondante. Le nombre de traitements phytosanitaires devait aussi être réduit. Or moins de traitements phytosanitaires équivaut à une économie pour les agriculteurs, qui espéraient dégager une marge plus importante. Le coton Bt s’est ainsi rapidement imposé, jusqu’à représenter plus des deux tiers de la production burkinabé.

Las, les agriculteurs burkinabés ont peu à peu déchanté. «Les promoteurs d’OGM avaient dit que le coton Bt ne demandait que deux traitements à la fin de la campagne. Confiants, les agriculteurs avaient suivi ces recommandations. Malheureusement il y a tout de même eu une attaque en 2009, qui a largement endommagé les champs de coton», témoignait ainsi mi-octobre le producteur de coton Ousmane Tiendrebeogo devant le faux «Tribunal Monsanto» organisé à La Haye par diverses associations.

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Difficile de vendre la production

Mais la vraie mauvaise surprise est venue avec la découverte que les fibres de coton Bt étaient de moins bonne qualité que celles des variétés traditionnelles, ce qui a rendu leur commercialisation très difficile. «Lors de la dernière récolte, le Burkina Faso a produit plus de 700 000 tonnes de coton, alors que son voisin le Mali n’en produisait que 500 000 tonnes. Mais en quelques mois l’intégralité de la production malienne a été vendue alors que celle du Burkina Faso attendait toujours d’être exportée», relatent les chercheurs Brian Dowd-Uribe de l’Université de San Fransisco et Matthew Schnurr de l’Université de Dalhousie dans le journal «African Affairs».

Expérimentations en cours

Les trois sociétés cotonnières du pays ont finalement annoncé au printemps qu’elles allaient revenir au coton conventionnel. L’interprofession est même allée jusqu’à poursuivre Monsanto en justice, lui réclamant quelque 48 milliards de francs CFA (78 millions de francs suisses) de dommages et intérêts. «La prochaine récolte sera sans OGM et elle s’annonce excellente», affirme Aline Zongo, qui fait partie de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen). Contactée, Monsanto précise que son coton Bt n’est pas banni du Burkina Faso et déplore la décision de ne pas en planter cette année. Ceci pourrait «avoir un impact défavorable» pour les producteurs de coton du pays, selon la société.

Avant ce revers sur le coton Bt, le Burkina Faso était considéré comme la vitrine des OGM en Afrique de l’Ouest. Sur le continent, seuls l’Afrique du Sud et dans une moindre mesure le Soudan et l’Egypte cultivent des OGM à large échelle. Cela pourrait cependant changer, alors que des expérimentations sont en cours dans de nombreux pays, dont le Nigeria ou l’Ouganda. Les tests portent de plus en plus sur des cultures locales. «Au Burkina Faso, il y a des essais avec des variétés OGM de maïs et d’un haricot, le niébé, tous deux largement consommés dans le pays», déplore Aline Zongo.

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