Le Suisse Richard R. Ernst, Prix Nobel de chimie en 1991, est mort le 4 juin dernier. Il est décédé à Winterthour et était âgé de 87 ans, indique sa famille ce mardi 8 juin. Il était considéré comme le père de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire ou IRM.

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L’ancien professeur à l’école polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), mari et père de trois enfants vivait depuis le début de l’année 2020 dans un home de sa ville natale.

Né le 14 août 1933 à Winterthour, Richard R. Ernst a fait ses études de chimie et toute sa carrière à l’EPFZ. Au fil de celle-ci il a obtenu le titre de «Docteur honoris causa» de la part de l’école polytechnique fédérale de Lausanne et de l’université de Munich, il a également reçu nombre de prix parmi lesquels le prix Ampère, Benoist, Wolf et Horwitz.

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Le Prix Nobel de chimie lui a été décerné en 1991 pour ses contributions au développement de la spectroscopie à résonance magnétique nucléaire à haute résolution, ou spectroscopie RMN, qui a ouvert la voie vers l’IRM. Il a notamment contribué à améliorer la sensibilité de cette technique dont les premières expériences remontent aux années 1940.

A la fin des années cinquante on estimait dans les milieux de la recherche que la résonance magnétique nucléaire (RMN) était sans issue, vu son application réduite. Richard Ernst fut un des premiers à reprendre cette direction, travaillant sur un tomographe de Fourier à RMN lors d’un séjour aux Etats-Unis de 1963 à 1968.

Professeur à l’institut de chimie physique de l’EPFZ à son retour en Suisse, il poursuivra dans cette voie. Les travaux de Richard Ernst ont ainsi jeté les bases de l’imagerie IRM moderne présente aujourd’hui dans tous les hôpitaux et qui permet de visualiser les tissus et organes du corps de manière non invasive et sans irradiation.

L’un des huit Suisses lauréats du Nobel de chimie

Richard Ernst fait partie des huit Suisses ayant reçu le Nobel de chimie, le dernier en date étant le Vaudois Jacques Dubochet en 2017. Il a investi une grande partie de la dotation du prix (1,4 million de francs à l’époque) dans sa collection d’art tibétain.

Amateur d’art, le chimiste a également donné des conférences sur la peinture en Asie centrale ou sur l’analyse des pigments au moyen de la spectroscopie Raman. Il a publié en 2020 son autobiographie, dans laquelle il ne ménage pas ses critiques envers la recherche universitaire et invite les scientifiques à prendre position publiquement sur des thèmes de société.

«Dans les universités, nous devons réapprendre comment on rêve, comment on invente un monde idéal et comment on met des visions en oeuvre», y écrivait-il notamment.