Biodiversité

Rien n’arrête la pyrale du buis

Arrivée en 2010 en Suisse, cette chenille détruit tous les buis sur son passage. Aucune mesure ne fait aujourd’hui le poids face à cette invasion qui va s’amplifier avec la ponte des prochains jours

Petite chenille asiatique cherche nid douillet avec vue sur l’Europe… Depuis 2010, la pyrale du buis, Cydalima perspectalis, a élu domicile dans les buis de Suisse romande et de la région. Ses dégâts sont de plus en plus importants. «J’en ai vu dans les buis à côté de chez moi. En une semaine, ils n’avaient plus aucune feuille! C’est une horreur!» raconte Catherine, qui habite à côté d’Annecy.

Ce voisin gênant se déplace avec sa colonie de plusieurs milliers d’individus. Avec à chaque fois le même scénario: les jeunes chenilles vertes à tête noire se nourrissent des feuilles de l’arbre et le rongent jusqu’à l’écorce. L’arbre mort, elles passent à la haie suivante. Et ainsi de suite.

Devenus adultes, ces papillons nocturnes blanc et marron volent en nuées autour des lampadaires ou se collent aux vitres des maisons, attirés par la lumière. La pyrale n’a que quinze jours de vie pour se reproduire et pondre jusqu’à 1200 œufs. Une nouvelle génération de chenilles éclôt en juin et ainsi de suite… Ce sont trois générations qui s’enchaînent jusqu’au début de l’automne. La prochaine est attendue en août.

Dans les jardins comme en milieu naturel, aucun buis n’est épargné. «C’est une invasion biologique. C’est comme un feu de brousse, ça brûle tout sur son passage», confirme Olivier Baubet, chef du pôle Santé des forêts de la Direction régionale française de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) pour l’Auvergne et Rhône-Alpes.

Pas de solutions

Chacun y met son grain de sel. Certains commerces vendent des pièges à phéromones sexuelles qui permettent de capturer quelques centaines de mâles. Inutile? «On peut créer une confusion sexuelle en diffusant cent fois plus de phéromones que les femelles peuvent en produire. Mais avec la quantité de femelles, il y a déjà tellement de phéromones naturelles que c’est inefficace», déplore Louis-Michel Nageleisen, expert en entomologie forestière à l’Institut français de recherche agronomique.

Les chenilles n’étant pas urticantes, plusieurs cantons conseillent de les ramasser à la main si elles sont en faible nombre dans son jardin. Certains plants déjà touchés peuvent être arrachés pour limiter la propagation mais il faut pouvoir les brûler ou les broyer.

Si l’invasion a commencé, seul reste l’insecticide. La bactérie Bacillus thuringiensis est très utilisée contre les chenilles mais pour que la dose soit létale, il faut pulvériser le produit contenant cette bactérie le plus tôt possible, dès les premiers stades larvaires. Le traitement est faisable dans les parcs et jardins mais pas en forêt: une directive européenne interdit le traitement des forêts par voie aérienne en milieu naturel.

«Ces insecticides tuent toutes les chenilles sans distinction donc on ne peut pas l’utiliser, encore moins au printemps! De toute façon, le buis pousse sous les grands arbres et serait difficilement atteignable», souligne le chercheur. Maigre consolation, selon Olivier Baubet, la pyrale ne mange que le buis, épargnant les autres espèces.

Pas de prédateurs

Une fois la pyrale partie, les problèmes ne font que commencer. Laissé à nu durant l’été, le buis devient très sec et s’enflamme facilement. Les risques d’incendie sont donc accrus depuis l’arrivée du lépidoptère. Même si l’arbre ne brûle pas, il est si vulnérable qu’il peut aussi mourir de ses blessures. «Après 2016 où on a connu une forte invasion de pyrales, on a observé les buis pour savoir s’ils étaient morts ou s’ils avaient encore une capacité de réaction. Heureusement, ils étaient tous vivants», raconte Olivier Baubet. En France, la DRAAF se réunit une fois par an pour faire un état des lieux. «On ne sait pas quel effet la mort des buis peut avoir sur l’écosystème. On n’avait pas de pyrales il y a dix ans!» avoue le responsable.

Plusieurs programmes de recherche lancés

Comme de nombreuses espèces invasives européennes, le papillon est originaire d’Asie. Attirées par le marché du buis d’ornement, des agro-industries chinoises ont ramené chez elles le buis européen pour le cultiver et le revendre en Europe, où il a été réexpédié, pyrales incluses.

Sans prédateur ni parasite, les chenilles xylophages pullulent en Europe alors qu’elles sont à l’équilibre en Asie. «Les prédateurs naturels des chenilles, mésanges bleues et moineaux par exemple, se nourrissent de la pyrale mais c’est une quantité insignifiante, comparé à la densité de chenilles», détaille Louis-Michel Nageleisen.

Plusieurs programmes de recherche ont été lancés à l’international pour endiguer l’invasion. En Suisse, le Centre international pour l’agriculture et les sciences biologiques à Delémont étudie ainsi les parasites ravageurs de la pyrale en Chine. D’autres programmes s’intéressent aussi au frelon asiatique, son principal prédateur. Mais les solutions se font attendre. «Nous sommes actuellement à l’état de recherche et non pas dans l’opérationnel, confirme Louis-Michel Nageleisen, ces espèces invasives sont le plus grand défi des zones forestières.»


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