Les négociations internationales sur le climat sont entrées vendredi dans leur dernière ligne droite à la COP24 de Katowice en Pologne, où les représentants de près de 200 Etats sont réunis pour définir les règles d’application de l’Accord de Paris. Analyse de l’avancée des débats avec Marine Decrey, vice-présidente de l’association Swiss Youth for Climate, qui fait partie des représentants de la société civile au sein de la délégation suisse.

Le Temps: Où en sont les pourparlers à quelques heures de la clôture de la COP24?

Marine Decrey: Après deux semaines de discussions parfois tendues entre les Etats, de nombreux points de blocage subsistent. Le risque existe donc que cette COP n’aboutisse pas à un texte qui fasse consensus. Ce serait dommage, mais à nos yeux préférable à un accord faible, qui représenterait le plus petit dénominateur commun entre les participants.

Quels sont les points qui suscitent des tensions?

Outre la question du financement à apporter aux pays en développement, la référence qui devra être faite au dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat [qui souligne que le réchauffement de la planète devrait être contenu à +1,5°C plutôt qu’à 2°C, ndlr] fait débat. Il y a aussi eu des discussions animées autour des mécanismes de marché, soit la manière dont les industries pourront acheter et vendre des crédits d’émission de CO2. Le secteur des énergies fossiles fait la promotion d’un mécanisme peu contraignant. Mais celui-ci s’avérerait alors peu efficace.

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Vous avez déjà participé à plusieurs COP. Quel regard portez-vous sur ces évènements?

Mes attentes ont beaucoup changé: je ne vois plus ces conférences comme le moyen de changer le monde. Les discussions sont très techniques, on a l’impression que l’humain n’est pas suffisamment pris en compte, alors qu’il devrait être au centre de la transition écologique. Mais les COP ont le mérite de donner vie à un multilatéralisme indispensable pour lutter contre les changements climatiques. Elles permettent aussi d’entendre la voix de certains Etats qui sans cela seraient inaudibles sur la scène internationale.

Que vous inspire le rejet en début de semaine par le Conseil national de la révision de la loi sur le CO2, qui doit permettre l’application de l’Accord de Paris en Suisse?

C’est très décevant, même s’il vaut mieux que ce projet ait été rejeté, étant donné que son contenu avait été très affaibli. J’ai le sentiment que sur le dossier climatique, l’avis de la population n’est pas suffisamment pris en compte par les représentants politiques. On sent d’ailleurs une certaine colère monter chez les jeunes, ils ne comprennent pas cette inaction.

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