Environnement 

Les rivières suisses toujours trop polluées

Cinq petits cours d’eau situés dans cinq cantons différents, dont la Tsatonire en Valais, présentent des taux anormalement élevés de pesticides. Les associations écologistes appellent à l’action contre cette pollution chronique

On est loin de l’image idyllique du cours d’eau pure qui sillonne la campagne: les rivières suisses demeurent fortement polluées par des pesticides, souligne une nouvelle étude réalisée par l’Eawag, l’institut fédéral de recherche sur l’eau, pour le compte de l’Office fédéral de l’environnement. Cinq petits cours d’eau situés dans des zones agricoles ont été étudiés: tous présentaient des taux trop élevés en produits phytosanitaires. La qualité de l’eau y a été jugée «médiocre» voire «mauvaise» par les spécialistes. Les associations de protection de l’environnement dénoncent une pollution chronique et réclament des actions. Année après année, des analyses se succèdent, qui documentent l’ampleur de la pollution des cours d’eau suisses.

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Les petits et très petits cours d’eau constituent les trois quarts du réseau hydrographique suisse et jouent un rôle important dans l’écosystème, notamment comme site de reproduction pour les poissons. Ces rivières et ruisseaux ne font pour la plupart pas l’objet d’un suivi continu, la qualité des eaux étant évaluées par des prélèvements ponctuels. «Des études antérieures avaient déjà pointé du doigt le risque de pollution de ce type de cours d’eau par les produits phytosanitaires», relève Marion Junghans, du centre Ecotox Eawag-EPFL. Pour se faire une meilleure idée de la situation, les chercheurs ont sélectionné 5 ruisseaux aux bassins versants typiques de régions agricoles: la Tsatonire en Valais, le Canale Piano di Magadino au Tessin, le Weierbach à Bâle-Campagne, l’Eschelisbach en Thurgovie et le Mooskanal dans le canton de Berne.

Cocktail de produits

Près de 1800 échantillons d’eau y ont été prélevés entre mars et août 2015. Les résultats, publiés dans la revue spécialisée Aqua & Gas, confirment les soupçons des scientifiques. Quelque 128 substances d’origines agricoles différentes ont été retrouvées dans l’eau: 61 herbicides, 45 fongicides et 22 insecticides. Chaque échantillon renfermait non pas un seul pesticide mais entre 20 et 40 en moyenne. Le seuil de concentration de 0.1 microgramme par litre, fixé dans l’ordonnance sur la protection des eaux, n’était pas respecté pour au moins un de ces composés dans 80% des échantillons. Ce seuil était même parfois très largement dépassé, avec des teneurs allants jusqu’à 40 microgrammes/litre pour certaines substances.

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Quelle est la toxicité de ce cocktail de produits pour les êtres vivants? Pour le savoir, les scientifiques ont étudié le développement et le taux de survie de divers organismes aquatiques dans des échantillons d’eau. Ils ont notamment découvert que des petits crustacés appelés gammares placés dans l’eau de l’Eschelisbach avaient un fort taux de mortalité et – chez les survivants – un comportement léthargique. Pour les auteurs de l’étude, tous les cours d’eau analysés répondent aux critères d’une écotoxicité chronique. Dans certains cas, de véritables pics de pollution ont été enregistrés, notamment dans la Tsatonire où des taux trop élevés de pesticides utilisés dans le vignoble ont été relevés pendant près de deux mois.

Deux initiatives populaires

«Nos résultats soulignent la nécessité d’agir contre la pollution des cours d’eau par les produits phytosanitaires», estime Marion Junghans. «Le constat est clair, et l’inquiétude de la population par rapport à cette thématique est forte», souligne de son côté Nicolas Wuthrich, responsable de la communication chez Pro Natura. Cette organisation, mais aussi Greenpeace Suisse et BirdLife Suisse, ont réagi à la publication des résultats de l’Eawag pour réclamer des mesures. Un Plan de réduction de l’usage des pesticides mis sur pied par l’Office fédéral de l’agriculture est justement en consultation auprès du Conseil fédéral. «Mais nous craignons que les mesures proposées ne soient encore affaiblies, alors que la première mouture de ce Plan n’allait déjà pas assez loin», indique Nicolas Wuthrich.

Parallèlement, deux initiatives populaires fédérales ont été lancées pour lutter contre la pollution d’origine agricole, avec des objectifs beaucoup plus drastiques que ceux du Plan d’action de l’OFAG: «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» réclame l’interdiction pure et simple des produits phytosanitaires artificiels, tandis que l’initiative «Pour une eau potable propre et une alimentation saine» souhaite annuler les subventions aux pratiques agricoles polluantes.

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