Santé

Des robots contre l’antibiorésistance

Le laboratoire de bactériologie des HUG s’est doté de deux chaînes automatisées pour analyser des échantillons en cas de suspicion d’infections bactérienne ou fongique. Le but: prescrire le bon traitement plus rapidement

Imaginez des centaines de cultures de staphylocoque doré, d’Escherichia coli, de Pseudomonas et autres germes pathogènes. Imaginez maintenant des dizaines de laborantins s’affairant autour de multiples boîtes de Pétri empilées les unes sur les autres, certaines sur le point d’être ensemencées avec des échantillons de sang, d’urine ou de sécrétions bronchiques, d’autres en attente d’être analysées sous tous les angles. Vous y êtes? Alors vous voilà plongé au cœur du laboratoire de bactériologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Jusqu’à aujourd’hui, les analyses visant à identifier la cause d’une infection d’origine bactérienne y étaient réalisées essentiellement à la main par des techniciens. Désormais, ces derniers peuvent aussi compter sur deux chaînes d’automation réalisant l’incubation, l’ensemencement et la lecture des boîtes de Pétri, mais aussi des antibiogrammes, un examen visant à placer les bactéries au contact de plusieurs antibiotiques conditionnés sous la forme de petites pastilles de papier. «Si une colonie se forme près de l’une de ces dernières, cela signifie que le germe a développé une résistance au traitement et qu’il ne servira donc à rien de prescrire l’antibiotique qu’elle contient», précise le professeur Jacques Schrenzel, responsable du laboratoire de bactériologie et de recherche génomique des HUG.

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Gain de temps

Loin de n’être que de simples gadgets technologiques, ces nouveaux arrivants robotisés semblent apporter une réelle plus-value: «Manuellement, l’ensemble des étapes nécessaires à la pose d’un diagnostic était réalisé en 48 à 72 heures. Aujourd’hui, ce délai a été raccourci d’environ 24 heures», précise Jacques Schrenzel, coauteur d’une étude à paraître sur la question dans le journal Clinical Microbiology and Infection.

En quoi ce gain de temps est-il utile? «Tout l’enjeu est de pouvoir cibler le traitement le plus rapidement possible en indiquant au médecin à quelles molécules réagit la bactérie responsable de la maladie de son patient, répond Jacques Schrenzel. L’objectif étant d’éviter l’usage prolongé d’antibiotiques à large spectre qui peuvent engendrer des résistances.» Car c’est bien là que se situe le défi principal. Considérée par l’Organisation mondiale de la santé comme l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, l’antibiorésistance est la conséquence de l’utilisation massive de ces médicaments dans la médecine humaine et vétérinaire.

«Lorsque les micro-organismes sont exposés à un antimicrobien, les germes sensibles meurent et les autres ont alors toute latitude pour se multiplier en transmettant leurs gènes de résistance», décrit Jacques Schrenzel. Résultat: on estime aujourd’hui qu’un nombre croissant d’infections, comme la pneumonie ou la septicémie deviennent plus difficiles, voire parfois impossibles à traiter. D’où l’importance d’agir vite et le plus précisément possible.

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