épidémiologie

La rougeole a gagné du terrain en 2018

En Europe, comme à l’échelle mondiale, le nombre de cas de rougeole a beaucoup augmenté l’an dernier. On est encore loin de l’objectif prôné par l’OMS d’éradiquer la maladie en 2020

Cette année, la rougeole fait parler d’elle. Dans la région Europe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie a tué 72 enfants et adultes en 2018, pour 82 596 cas en tout. La même année, le nombre de personnes atteintes par le virus de la rougeole a été le plus élevé de la décennie, atteignant trois fois celui enregistré en 2017 (25 500 cas) et 15 fois celui rapporté en 2016. Cette augmentation tient en grande partie au fait que l’on a dénombré l’an dernier plus de 54 000 cas de rougeole en Ukraine, dont 16 mortels.

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Outre l’Ukraine, des épidémies de grande ampleur sont récemment survenues à Madagascar, en République démocratique du Congo, au Tchad et en Sierra Leone. Rien qu’à Madagascar, entre octobre 2018 et le 12 février 2019, on a dénombré 66 278 cas de rougeole, dont 922 morts. Aux Etats-Unis, où la rougeole avait été déclarée éliminée en 2000, 127 cas de rougeole ont été confirmés entre le 1er janvier et le 14 février 2019 dans dix Etats, dont ceux de Washington, de New York et du Texas.

Au niveau mondial, les cas notifiés pour 2018 sont comptabilisés jusqu’en avril prochain. D’ores et déjà, les données récoltées par 183 Etats membres de l’OMS indiquent 229 068 cas pour 2018, un chiffre en hausse de 32% par rapport à 2017, année pour laquelle on avait enregistré au total 173 300 cas.

Pas de traitement antiviral spécifique

Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique contre la rougeole. En revanche, le vaccin anti-rougeoleux, utilisé depuis cinquante ans, est sûr et efficace. La protection conférée par les deux doses de vaccin dure toute la vie chez la plupart des sujets vaccinés. Entre 2000 et 2017, grâce à la vaccination, le nombre total de cas de rougeole a chuté de 83% dans le monde, tandis que le taux de mortalité annuel lié à la maladie a chuté de 80%.

Durant cette période, on estime que la rougeole a pu être évitée à 21,1 millions de personnes. Pour autant, l’objectif de l’OMS d’éliminer la maladie d’ici à 2020 est loin d’être atteint. En effet, en 2017, au niveau mondial, la couverture vaccinale était de 85% pour la première dose de vaccin (72% en 2000) et de seulement 61% pour la seconde dose (44% en 2000). Or l’élimination de la rougeole ne peut être assurée dans une population que lorsque au moins 95% des enfants et des adultes ont reçu les deux doses de vaccin.

En Suisse aussi

En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommande deux doses de vaccin anti-rougeoleux: à 12 mois, puis entre 15 et 24 mois. En 2017, la couverture vaccinale des enfants de 2 ans était de 95% pour la première dose, de 89% pour les deux doses. Celle des 20-29 ans pour le vaccin complet (deux doses) n’était que de 77% en 2012, de 87% en 2015. «Il s’agit de rattraper ces lacunes du passé concernant la deuxième dose de vaccin chez ces jeunes adultes, mais cela reste difficile. Cette situation est héritée d’une époque où la couverture vaccinale des enfants était trop faible, entre 60 et 80% dans certains cantons», fait remarquer le Dr Daniel Koch, responsable de la division maladies transmissibles à l’OFSP. Un rattrapage vaccinal est ainsi recommandé pour toute personne non vaccinée née après 1963.

«Une flambée épidémique sévit actuellement dans les cantons de Berne et Neuchâtel. Elle touche des enfants des écoles privées Steiner se réclamant de l’anthroposophie et opposées à la vaccination. Parmi la quinzaine de cas, deux sont hospitalisés. Par ailleurs, un cas de rougeole a été diagnostiqué en janvier dernier chez un résident suisse, passager d’un avion en provenance d’un pays d’Asie. Deux personnes de ce vol aérien ont été contaminées dont un sujet âgé. Tous les passagers ont été informés, ainsi que leurs proches, soit au total plus de 300 personnes», indique le Dr Daniel Koch (OFSP).

«Il est important, avant de voyager dans un pays où le virus de la rougeole circule, autrement dit dans lequel la maladie est endémique, de s’informer sur son statut vaccinal, notamment dans un centre spécialisé en médecine des voyages, afin de savoir si l’on est ou non protégé», déclare Phung Lang, épidémiologiste à l’Institut de biostatistique et de prévention de l’Université de Zurich. En 2018, sur les 48 cas de rougeole notifiés en Suisse, «la moitié était des cas importés, dont chacun a contaminé une ou deux personnes», précise le Dr Koch.

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