Vaccins

Rougeole: les pays développés devraient renforcer leurs stratégies vaccinales

Des épidémiologistes italiens estiment que les politiques de vaccination sont insuffisantes dans la plupart des pays à hauts revenus pour parvenir à l’éradication de la rougeole

La rougeole a tué 72 enfants et adultes dans la zone Europe de l’OMS en 2018. Cette maladie hautement contagieuse est pourtant éradicable par la vaccination, car l’homme est le seul réservoir du virus. Les formes compliquées sont plus fréquentes chez les enfants de moins de 1 an et chez les adultes de plus de 20 ans. La première cause de décès est la pneumonie chez l’enfant et l’atteinte cérébrale chez l’adulte.

Un taux de couverture vaccinale de 92% à 94% est nécessaire pour assurer l’élimination de la rougeole, objectif qui ne peut donc être atteint que si le pourcentage de la population susceptible de la contracter, autrement dit non protégée, se situe en deçà de 7,5%.

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Des épidémiologistes italiens de la Fondazione Bruno Kessler ont déterminé la fraction de la population susceptible d’être infectée par le virus de la rougeole d’ici à 2050. Publiée dans la revue BMC Medicine, leur étude a modélisé pour la période 2018-2050 l’évolution du profil immunologique vis-à-vis du virus de la rougeole des populations de sept pays à hauts revenus: Etats-Unis, Corée du Sud, Singapour, Australie, Italie, Royaume-Uni, Irlande.

Résurgence possible de la maladie

Divers scénarios ont été élaborés: le maintien des mesures actuelles ou la mise en place de stratégies visant à renforcer la couverture vaccinale. Ont été envisagées: la vaccination obligatoire de tous les enfants entrant à l’école et/ou une campagne de rattrapage chez les élèves scolarisés de moins de 15 ans. Rappelons qu’en Italie et en France, un enfant doit être vacciné contre la rougeole, sauf contre-indication médicale reconnue, pour pouvoir être admis à l’école.

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«Nos résultats montrent que si la couverture vaccinale obtenue avec les programmes actuels ne change pas, la proportion d’individus à risque d’infection devrait augmenter de plus de 50% entre 2018 et 2050 dans tous les pays étudiés, à l’exception de la Corée du Sud, où l’augmentation serait d’environ 17%. Cela signifie que la proportion d’individus à risque d’infection dépasserait le seuil d’élimination de la maladie et exposerait ces pays au risque de flambées épidémiques et de résurgence de la maladie», expliquent-ils.

Il est important de lutter contre l’hésitation vaccinale, en faisant comprendre que se protéger par la vaccination revient à protéger les autres

Pierre-Yves Boëlle, professeur à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, Paris

Ainsi, en Italie, 14,8% de la population ne serait pas protégée contre la rougeole en 2050, dont la moitié aurait plus de 25 ans. En revanche, à Singapour et en Corée du Sud, où la couverture vaccinale est déjà de 95%, moins de 5% des individus de moins de 50 ans présenteraient un risque d’infection, ce qui permettrait donc à ces pays d’atteindre et de maintenir l’éradication de la maladie.

Lacunes vaccinales du passé

Un renforcement significatif des programmes vaccinaux par une vaccination des enfants à leur entrée dans la scolarité et une campagne de rattrapage vaccinale des moins de 15 ans permettrait de réduire la proportion des individus susceptibles d’être contaminés d’ici à 2050 au Royaume-Uni, en Irlande, aux Etats-Unis et en Australie. Ces mesures seraient encore plus efficaces en Corée du Sud et à Singapour, où la proportion des moins de 50 ans risquant de développer la rougeole serait inférieure à 3%.

Selon le Pr Pierre-Yves Boëlle de l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique (Sorbonne Université, Paris), «cette étude souligne la nécessité d’imposer le respect du calendrier vaccinal pour la petite enfance. La théorie se heurte cependant à la faisabilité et à l’acceptabilité de mesures supplémentaires. D’où l’importance de lutter contre l’hésitation vaccinale, en faisant également comprendre que se protéger par la vaccination revient à protéger les autres.» Et de rappeler que les flambées épidémiques que l’on observe touchent de jeunes adultes qui ont échappé à la vaccination quand ils étaient enfants. «On paie avec retard les niveaux sub-optimaux de couverture vaccinale du passé», résume-t-il.

Enfin, pour le Dr Daniel Koch de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), la couverture vaccinale des enfants est satisfaisante en Suisse dans la mesure où «parmi les enfants en fin de scolarité, elle atteint 96% pour la première dose de vaccin et 94% pour la deuxième dose». Le responsable de la division maladies transmissibles de l’OFSP estime que «le problème se situe dans les lacunes vaccinales héritées du passé. Cela concerne de jeunes adultes qui ignorent leur statut vaccinal et attrapent souvent la rougeole à l’étranger. Pour plus de la moitié d’entre eux, ils ont dépassé la vingtaine.»

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