Les employés du laboratoire franco-autrichien Valneva ont commencé leur semaine par une mauvaise nouvelle. La société spécialisée dans les vaccins a appris lundi que le gouvernement britannique avait «résilié» son contrat portant sur 100 millions de doses du candidat vaccin contre le Covid-19, qui s’élevait à 1,4 milliard d’euros. Ces doses étaient attendues pour 2021-2022. C’est un coup dur pour le groupe: elle représentait sa seule et unique commande à ce jour.

Un vent de panique a touché les investisseurs. Après l’annonce, l’action de la société a chuté de près de 40% à la bourse de Paris. Une clause dans le contrat a permis de mettre fin à l’accord de fourniture. «Le gouvernement britannique prétend que Valneva a manqué à ses obligations, ce que Valneva conteste vigoureusement», peut-on lire dans le communiqué de la biotech, qui ne donne pas plus de détails.

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De son côté, Londres n’a, à ce stade, fourni aucune explication officielle. Un porte-parole du premier ministre, Boris Johnson, a indiqué que les autorités sanitaires britanniques n’avaient «pas approuvé le vaccin de Valneva», précisant que le pays ne tablait pas sur les doses du laboratoire pour les vaccinations de l’automne et de l’hiver, ajoute l’Agence France-Presse.

Dernière phase des essais

La société, spécialisée dans les vaccins des voyageurs, comme contre le choléra ou la diarrhée du voyageur, a été découverte par le grand public pendant la crise sanitaire. En avril, le laboratoire a décidé de se diriger vers des discussions pays par pays pour fournir son candidat vaccin après l’échec des discussions avec l’Union européenne sur un potentiel contrat. En mai, elle a fait son début à Wall Street où elle a levé plus de 100 millions de dollars.

Valneva développe un vaccin à virus inactivé – une technologie similaire à celle du vaccin contre la grippe, plus classique que l’ARN messager utilisé par Pfizer et Moderna. L’entreprise est bien avancée: elle a annoncé à la fin du mois d’août avoir démarré la soumission de son dossier auprès des autorités de santé britanniques. Des analyses sur les essais de Phase 3, la dernière sur l’homme avant une éventuelle mise sur le marché, sont actuellement effectuées par l’agence de santé britannique. Les résultats finaux sont attendus au début du quatrième trimestre. Si ces résultats sont positifs et le vaccin approuvé par les autorités sanitaires britanniques, Valneva pense qu’une autorisation initiale de mise sur le marché pourrait être obtenue fin 2021.

La fin de la collaboration suscite des questions de la part des observateurs. Le gouvernement britannique avait accordé l’année dernière un financement de 16 millions d’euros, ainsi qu’un acompte de 470 millions sur les commandes. C’est ce qui avait permis à Valneva d'entreprendre le développement clinique et la production de son vaccin. La localisation à Livingston, en Ecosse, de l’une de ses usines, avait facilité les discussions, relève Le Figaro. Valneva, qui n’a jamais produit de tels volumes, a démarré fin janvier la fabrication de ses doses.

Performance du vaccin

Pour certains observateurs, la performance du vaccin serait au cœur de la décision du gouvernement britannique. Fin août, le directeur général de Valneva espérait «avoir un vaccin qui soit efficace de manière supérieure à 80%», quand ceux de ses concurrents Pfizer et Moderna dépassent les 90%, poursuit le journal français. Il avait aussi affirmé que des discussions avec l’Union européenne étaient par ailleurs «toujours en cours».

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L’avenir de Valneva pourrait se trouver entre les mains de la Commission européenne. Les négociations avaient été stoppées au printemps, lorsque Bruxelles avait été déçue par la préférence de livraisons octroyée au Royaume-Uni. Avec la résiliation du contrat britannique, la firme pourrait libérer ses capacités de production en faveur de l’Union européenne, si Bruxelles souhaite miser sur le laboratoire pour diversifier son portefeuille vaccinal. Le communiqué de Valneva laisse transparaître ce changement de stratégie: la biotech indique qu’elle «va accroître ses efforts avec d’autres clients potentiels».