édito

A quels sacrifices consentirons-nous?

OPINION. Pour que la Suisse mette en pratique les recommandations du GIEC sur la protection des sols, il faudrait revoir en profondeur notre système alimentaire. Les urnes diront si le peuple est prêt

Pour lutter contre les changements climatiques, protégeons nos sols! C’est en substance le message du nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ou GIEC, publié jeudi. De quoi attirer l’attention du public et des décideurs sur cette précieuse ressource, trop souvent malmenée par la déforestation, la surexploitation agricole, la pollution ou encore la désertification.

Le défi doit bien entendu être relevé à l’échelle planétaire. Mais la Suisse, malgré son faible poids dans les émissions mondiales, a aussi un rôle à jouer, ne serait-ce qu’à titre d’exemplarité. Or sur le dossier des sols, elle n’a rien d’une bonne élève. Ses terres agricoles ont été appauvries par des décennies d’agriculture intensive. Ses sols sont mal connus, en comparaison d’autres pays européens. L’enjeu n’a d’ailleurs pas échappé aux agriculteurs. Directeur de l’Union suisse des paysans, le libéral-radical Jacques Bourgeois a déposé il y a quelques semaines un postulat devant le Conseil national pour demander que soit réalisé un rapport sur le potentiel de séquestration de carbone des sols helvétiques.


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Poussée électorale des Verts

Les écologistes n’ont pas manqué de s’engouffrer dans la brèche créée par la publication du nouveau rapport du GIEC. L’association Greenpeace a appelé jeudi le Conseil fédéral à lancer une nouvelle politique alimentaire sur la base de ses recommandations. Il est exact que plusieurs des propositions déjà avancées par les militants se trouvent aujourd’hui avalisées par les scientifiques, qu’il s’agisse de la transition vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement, ou de la réduction de la part de la viande dans notre alimentation.

Les urnes diront à quel point la population suisse soutient ces préceptes. Les Verts, qui ont progressé lors des récentes élections cantonales, pourraient aussi se distinguer lors du renouvellement du parlement fédéral en octobre. Par ailleurs, deux initiatives, contre les pesticides et pour une eau potable propre, s’attaquent frontalement à l’usage des produits phytosanitaires et à la fertilisation excessive des sols. Autant d’occasions de se questionner sur le type d’agriculture que nous souhaitons – et sur les sacrifices auxquels nous sommes prêts à consentir pour qu’elle devienne réalité.

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