Botanique

A Saint-Pétersbourg, une banque de semences pourrait recréer le patrimoine végétal mondial

L'Institut Vavilov est la plus ancienne banque de semences existante. Sa collection renferme de quoi reconstituer le patrimoine végétal en cas de disparition de la biodiversité. Les explications de son directeur

Des milliers de graines précieusement conservées dans de petits sachets en papier, étiquetés et stockés dans d’immenses bibliothèques. C’est le trésor que protège l’Institut Vavilov, abritant la plus ancienne banque de semences du monde. Basée à Saint-Pétersbourg, l’organisation a été fondée en 1926 par l’agronome russe Nikolaï Vavilov.

Surnommé «Darwin du monde végétal», il fut pionnier notamment dans le développement de l’ethnobotanique. Au cours de sa vie, le botaniste aura parcouru une soixantaine de pays à travers le monde pour collecter céréales, fruits, légumes mais également chanvre ou coton par exemple. Aujourd’hui, la collection Vavilov compte plus de 325 000 échantillons de variétés végétales. 80% d’entre elles seraient même introuvables dans les autres banques de semences.

Des photographies prises au sein de l’Institut Vavilov sont actuellement exposées à Meyrin. Elles font partie de l’exposition «Voyage vers» du photographe suisse Mario Del Curto. «Le Temps» y a rencontré Nikolay I. Dzyubenko, directeur de l’Institut, de passage pour une conférence.

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Le Temps: Quel est l’intérêt d’une banque de semences?

Nikolay I. Dzyubenko: L’idée est de pouvoir les réutiliser dans le futur. La tendance étant à la monoculture, la diversité génétique se perd petit à petit. Mais nous ne savons pas de quoi sera fait demain, quels seront les besoins et les conditions climatiques. En collectant un maximum de la biodiversité actuelle, nous espérons assurer l’avenir alimentaire en ayant la possibilité de créer des variétés résistantes ou adaptées à des climats spécifiques. A côté de cela, nous avons également l’ambition de sauvegarder l’héritage culturel humain, c’est-à-dire de garder une trace des espèces développées par l’humain au fils des ans après de longs processus de sélection.

– Est-ce que de nouvelles graines sont encore ajoutées à la collection aujourd’hui, 90 ans après la création de l’Institut?

– Oui tout à fait, des expéditions de collectes sont toujours organisées. Les voyages ne se font plus aux quatre coins du monde comme au temps de Vavilov, mais principalement dans le territoire russe ou les pays environnants. Cette année, treize expéditions se sont succédé, et cette dynamique devrait perdurer si le financement le permet.

– Une fois stockées, que deviennent les graines?

– A température ambiante, une graine ne se conserve pas plus de cinq à sept ans. Si elle est congelée, cela peut aller jusqu’à 50 ans. Les graines doivent donc être régénérées régulièrement. Concrètement, chaque année, 10% de la collection est remise en terre. Les plantes grandissent et leurs graines sont collectées. La collection compte des plantes requérant tous les types de climats, excepté les plantes subtropicales et tropicales qui ne sont pas utilisables en Russie. En conséquence, l’Institut Vavilov possède onze stations expérimentales réparties à travers le pays, correspondant à ses différents climats et servant à la régénération des semences.

– Votre activité comprend aussi de la recherche?

– Pour que le matériel soit vivant, il faut aussi l’étudier. Nos stations expérimentales servent donc également à la recherche scientifique. L’Institut Vavilov est d’ailleurs une des seules banques de semences à effectuer de la recherche depuis ses débuts. Nous effectuons des études préliminaires sur les variétés de plantes avant de transmettre les données et les graines à des sélectionneurs qui cherchent à créer un type de plantes particulier.

– Est-ce que la collection contient des semences qui ont disparu de leur terre d’origine?

– En effet, et certaines ont même été réhabilitées grâce à des échantillons conservés dans nos collections. Il y a notamment le cas d’une variété de blé éthiopienne qui a disparu après une guerre civile ayant ravagé le pays. Grâce aux semences entreposées en Russie, l’Ethiopie a pu la récupérer. Plus récemment, des fermiers allemands ont eu le bonheur de retrouver deux variétés de lentilles ayant disparu depuis la période d’avant-guerre. Ils avaient effectué des recherches approfondies au niveau local, sans succès. Mais en tombant par hasard sur le site internet de l’institut, ils les ont trouvées, listées dans le catalogue de la collection de l’institut. C’est ainsi qu’une délégation allemande a reçu en grande pompe les deux variétés de lentilles perdues.


A voir

Exposition de photographies «Voyage Vers» de Mario Del Curto jusqu’au 1er décembre, au Jardin botanique alpin et aux Galeries du Forum de Meyrin.


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