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Quel est le profil des enfants hospitalisés en raison d’un Covid-19? S’il est admis que cette pathologie est généralement moins grave chez les enfants que chez les adultes, on ne sait, au final, que peu de choses sur les caractéristiques cliniques des jeunes patients. Présentaient-ils des facteurs de risques? Quels sont les symptômes qui conduisent le plus souvent à une admission à l’hôpital ou en soins intensifs?

Une étude observationnelle publiée le 29 novembre dans le European Journal of Pediatrics, et conduite sur la base des données recueillies par l’Unité de surveillance pédiatrique suisse sur 678 enfants de moins de 18 ans (âge médian: 12,2 ans, dont 46,6% de filles et 78,5% d’enfants caucasiens), hospitalisés ou pris en charge de manière ambulatoire dans 33 hôpitaux du pays entre mars et octobre 2020, permet d’en savoir un peu plus.

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Premiers constats: 126 enfants sur les 678 cas étudiés (soit 18,6%) ont nécessité une hospitalisation stationnaire, dont 14 l’ont été pour d’autres raisons initiales que le SARS-CoV-2. Parmi les enfants hospitalisés, 16 ont dû être admis aux soins intensifs (quatre en dessous de 2 ans, deux entre 5 et 10 ans, et dix plus âgés que 10 ans), en raison principalement d’un dysfonctionnement cardiovasculaire (n = 8) ou de difficultés respiratoires (n = 4).

Des complications ont par ailleurs été signalées chez 28 enfants (4,1%) sur 678, les complications cardiovasculaires étant les plus fréquentes (n = 12). Au total, 17 cas de syndrome inflammatoire multisystémique (PIMS-TS) ont été répertoriés, une complication pouvant toucher les enfants plusieurs semaines après leur infection et qui aurait concerné, depuis le début de la pandémie, près de 150 jeunes en Suisse, selon les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique.

Trois clusters de symptômes

Que remarque-t-on au niveau des symptômes? Le plus fréquent parmi les enfants pris en charge de manière ambulatoire ou stationnaire est la fièvre (dans 45,3% des cas) suivie par la toux (41,2%). Par ailleurs, les auteurs ont observé trois phénotypes cliniques différents concernant la manifestation des symptômes du Covid-19 chez les enfants. «Le premier groupe présente une maladie des voies respiratoires, avec de la fièvre, de la toux, des écoulements nasaux et une pharyngite; le second une maladie gastro-intestinale, avec des douleurs abdominales, de la diarrhée et des vomissements; alors que le troisième présente des symptômes tels que des céphalées, des douleurs musculaires et la perte de l’odorat», écrivent les auteurs.

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«Il est désormais connu que les enfants ont plus souvent des symptômes gastro-intestinaux, explique Petra Zimmermann, médecin adjointe en infectiologie pédiatrique à l’Hôpital fribourgeois et co-investigatrice de l’étude. Cela est probablement dû à la distribution des récepteurs ACE2, qui servent de porte d’entrée au SARS-CoV-2 dans l’organisme. Cela étant dit, on ne comprend pas encore bien pourquoi on observe ces variations, cela peut être dû à des différences dans la distribution individuelle de ces mêmes récepteurs.»

Les comorbidités associées à davantage d’hospitalisations

Par ailleurs, la présence de pathologies préexistantes – qui concernaient 106 enfants au total – est associée, selon les chercheurs, à des taux d’hospitalisation plus élevés. Dans ce sens, un récent rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), pointe que chez les 5-11 ans, la présence d’une affection sous-jacente dans cette tranche d’âge est associée à une probabilité 19 fois plus élevée d’être admis aux soins intensifs (et 12 fois plus élevée d’être hospitalisés), même si 78% des enfants hospitalisés ne présentaient aucune affection sous-jacente déclarée.

«Les enfants ayant des comorbidités sont plus à risque d’être hospitalisés, mais ce n’est pas pour autant qu’ils développent des maladies plus sévères, analyse Noémie Wagner, médecin adjointe dans le service de pédiatrie générale des Hôpitaux universitaires de Genève, et également coauteure de l’étude. On aura en effet davantage tendance à hospitaliser un enfant atteint de pathologies préexistantes sévères afin de le garder en observation et surveiller que tout se passe bien, comme c’est également le cas pour les nouveau-nés.»

Tout comme une étude internationale publiée le 30 novembre dans The Lancet Respiratory Medicine, il apparaît que les enfants atteints d’asthme (en particulier lorsqu’il est mal pris en charge) sont plus enclins à être admis à l’hôpital. Sur les 106 enfants atteints de comorbidités et hospitalisés dans la recherche suisse, 45 étaient touchés par cette pathologie. «L’un des facteurs principaux d’exacerbation des crises d’asthme, ce sont les affections virales des voies respiratoires, et le SARS-CoV-2 est un virus respiratoire parmi d’autres chez l’enfant, précise Noémie Wagner. Dans certains cas, cela nécessite une hospitalisation.»

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Trois décès ont en outre malheureusement été signalés durant la période d’étude, dont un enfant de 10 mois, un de 2 mois, et un de 6 ans. «Chez deux des trois enfants, nous n’avons pas identifié d’autres pathologies que le Covid-19, analyse Petra Zimmerman. Il est donc possible que cela soit la raison du décès, même si cela n’a pas été prouvé.»

En conclusion, les auteurs se veulent rassurants: «Jusqu’à maintenant, nos données montrent que l’on ne voit pas une augmentation des hospitalisations chez les enfants avec l’apparition du variant Delta, même si les chiffres des infections sont beaucoup plus élevés chez les enfants, observe Petra Zimmermann. Ce qui est une bonne nouvelle.»