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En 2015, Sarah Marquis a parcouru 800 kilomètres à pied dans le bush australien.
© Kristle Wright

Ecologie

Sarah Marquis: «On n’a jamais eu autant besoin d’explorateurs»

L’aventurière jurassienne se lance dans une marche de plusieurs mois à travers la forêt primaire de Tasmanie. Elle participe à une mission scientifique, mais elle veut surtout appeler à la préservation de l’une des dernières terres encore vierges de la planète

Sarah Marquis s’est lancé un nouveau défi. Alors que son 6e livre, La Nature dans ma vie, vient d’être publié, l’exploratrice jurassienne démarre début janvier une marche de quatre mois à travers la forêt primaire de Tasmanie. Entre ses conférences, ses séances de dédicace et avant son départ, celle qui se considère comme «un pont entre la nature et les humains» s’est arrêtée de courir pendant 90 minutes pour parler de son voyage, de sa démarche et de son message écologique.

Le Temps: Après les Etats-Unis, la Cordillère des Andes ou le désert de Gobi, pourquoi avoir choisi la Tasmanie?

Sarah Marquis: C’est une terre empreinte de mystère. Une région proche de l’Antarctique, soumise à des conditions météorologiques imprévisibles, extrêmes dans un sens comme dans l’autre. Cela fait des années que cette destination est sur ma liste. Finalement, l’expédition au Kimberley [en 2015, au nord-ouest d’Australie, ndlr] s’est mise en place plus rapidement. Maintenant que celle-ci approche, je me réjouis! C’est le résultat d’années de tergiversations et de préparation pour fédérer les gens et les sponsors autour d’un projet.

Quel est le fil rouge de cette expédition?

Le fil rouge des expéditions est toujours le même: le lien entre les humains et la nature. Pour la préserver, il faut la comprendre. Pour ce faire je vais aider le CSIRO (Commonwealth scientific and industrial research organisation), un organisme gouvernemental australien qui collecte des données scientifiques. Je suis chargée de prélever des échantillons en tout genre sur des espèces animales. Je vais aussi enregistrer des sons et des images. Je les stockerai sur une application spécifique et ces données seront envoyées au CSIRO lorsque j’aurai accès à une connexion internet.

Quelle est votre légitimité scientifique pour participer à cette mission?

Je ne suis pas scientifique, ni biologiste. Mais je vais être formée, avant mon départ, au prélèvement d’échantillons. Et ma mission est assez simple: alimenter une base de données qui, ensuite, sera mise à disposition des scientifiques qui s’intéressent à ces régions. Ma mission, pour laquelle je ne suis pas rémunérée, s’insère dans un programme fondé sur un principe: tout citoyen peut contribuer à améliorer les connaissances scientifiques. Quantité d’autres personnes dont les projets ont aussi été acceptés alimentent cette base de données.

La biopiraterie, ça vous parle? Ne craignez-vous pas que les découvertes auxquelles vous pourriez contribuer soient exploitées à des fins commerciales?

Cela ne me concerne pas. Je participe à une mission scientifique! Mais croyez bien que je vais m’assurer auprès des responsables du CSIRO que les données récoltées ne deviennent pas accessibles aux mauvaises personnes.

Qu’est-ce qui vous motive dans cette tâche?

Je considère mon corps comme un laboratoire. Par le passé, j’ai par exemple déjà collaboré avec le CSEM, à Neuchâtel, et le CHUV pour la récolte des données physiologiques, lorsque mon corps est poussé dans ses limites extrêmes.

En 2010, un reportage de la RTS a révélé que pendant votre marche au Chili, en 2006, vous aviez «omis» de préciser que vous aviez utilisé un vélo et une voiture. Est-ce que cette histoire a nui à votre crédibilité?

Mes proches, mes fans et mes partenaires, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, ont fait bloc autour de moi et m’ont plus soutenue que jamais. Mais depuis, je porte sur moi un tracker.

Plus globalement, est-ce que le fait que l’on prenne votre démarche au sérieux vous importe?

Le côté découverte compte davantage que l’aspect exploration. Se déplacer par soi-même, s’adapter au terrain… Toutes mes expériences passées me permettent aujourd’hui de survivre à peu près n’importe où.

Mais vous souhaitez tout de même transmettre un message.

Il faut agir et réinventer notre façon de vivre sur cette planète, si l’on veut la sauver, il est urgent que l’on adopte un autre mode de consommation. Et chacun à son échelle, on peut contribuer à changer les choses. Voilà pourquoi on n’a jamais eu autant besoin d’explorateurs, mais aussi de gens qui, dans tous les domaines, vivent près de la nature, qui puissent raconter leur expérience avec elle.

Lire aussi l’interview de Mike Horn:  «La terre est devenue trop petite»

Votre voix est-elle entendue?

Elle l’est de plus en plus. J’écris et communique à travers des conférences depuis plus de vingt-quatre ans sur notre lien à la terre. Et depuis 2014, j’appartiens à la grande famille des explorateurs du National Geographic. Je suis une «ambassadrice de la terre».

Dans votre dernier livre, La Nature dans ma vie, vous livrez des confidences, vous donnez des conseils de vie, de bien-être, de cuisine, de chaussures… Vous faites quel métier, finalement?

Je suis moi! Cela fait des années que l’on me demande ce livre plein de trucs et astuces, et j’ai pris le temps de l’écrire cet été. Avec ce 6e livre, j’ai voulu partager ma vie de femme, d’athlète et d’exploratrice.

Quitte à ce que votre message soit dilué?

Depuis le début, j’ai toujours gardé le même fil rouge: mon lien à la terre. Ma mission est très claire: je suis un petit pont qui relie la nature et les humains, je passe d’un monde à l’autre et je reviens vous en parler.

Avez-vous une idée de la distance que vous allez parcourir en Tasmanie?

Non. Je pars pour trois à quatre mois, mais je ne sais pas à quelle vitesse je pourrai progresser. C’est de l’exploration à l’ancienne.

De quelle manière allez-vous survivre?

Je vais probablement devoir survivre grâce à la pêche, me nourrir de fibres comestibles… Je pars avec des vivres suffisants pour tenir dix jours. Elles doivent durer six semaines, jusqu’au premier ravitaillement. Je vais donc de toute façon être en situation de manque.

Vous cherchez à vous mettre en difficulté?

C’est une réalité très pratique: je ne peux pas embarquer davantage de nourriture dans mon sac, qui pèsera déjà 30 kg. Et il n’y a rien de plus fascinant que trouver sa propre nourriture.

Avez-vous des attentes particulières?

Je ne m’en fixe jamais, c’est le meilleur moyen de ne pas être déçue. Je pars avec beaucoup de curiosité et de fascination pour cet endroit. Mais je ne suis pas naïve non plus, je sais que ça va être très dur!

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