Tapies au fond des eaux douces, elles guettent les baigneurs. Elles? Les puces de canard... et les démangeaisons qui vont avec. Ces hôtes indésirables prolifèrent à la belle saison. Après chaque plongeon, une question hante les nageurs: la douche d’eau claire suffira-t-elle à éviter les piqûres?

Mal-aimées des vacanciers, les puces intéressent les chercheurs du Muséum d’histoire naturelle de Genève qui développent actuellement un modèle de prédiction pour déterminer où et quand ces parasites ont tendance à se multiplier. Le projet baptisé «Alerte à la plage» sera présenté en juin 2018, au sein de l’espace d’exposition interactif «Faites comme chez vous», créé il y a deux ans pour promouvoir les recherches scientifiques auprès du public adolescent. «La première exposition dédiée à la paléontologie a permis de tripler leur fréquentation, détaille le directeur Jacques Ayer. De plus, le Muséum a connu en 2016 une affluence record avec 314 000 visiteurs enregistrés, alors que la moyenne annuelle s’établit environ à 250 000.»

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«Petits vers plats»

Quelles espèces de puces de canard colonisent les eaux lémaniques? Dans quelle zone et à quelle profondeur? Egratignons d’abord une croyance populaire. «En fait de puces, il s’agit plutôt de petits vers plats parasites qui ne mesurent guère plus d’un millimètre de long», explique Isabel Blasco Costa, chargée de recherche au Muséum d’histoire naturelle de Genève et spécialiste en parasitologie. On compte presque un parasite par espèce. «Si l’on considère qu’il y a 50 000 espèces en Suisse, il s’agit d’une véritable biodiversité cachée.»

Avec une durée de vie comprise entre quelques heures et deux jours, les vers laissent une courte fenêtre de temps pour être étudiés. La priorité? Amasser les données quantitatives. «Des plongées ont déjà été effectuées en juillet dans le Léman pour récolter de petits escargots d’eau, hôtes des fameuses puces au stade larvaire, détaille la scientifique. Cette prévalence de l’infestation est un élément déterminant pour comprendre les bases de la dynamique des populations de l’espèce dans le Léman.» Par la suite, les vers se déplacent vers un deuxième hôte: les oiseaux. Canards, bien sûr, mais aussi foulques ou cygnes.

La chaleur accusée à tort?

La température de l’eau est-elle vraiment un facteur clé de la prolifération? «Elle accélère certes le métabolisme des organismes parasites, mais les choses ne sont malheureusement pas aussi simples: il n’y a pas de relation directe et systématique entre la chaleur et le nombre de vers présents dans les eaux», précise Isabel Blasco Costa. Bénin, le ver de nos contrées possède un cousin proche, plus exotique et nettement plus dangereux, qui vit sur le Nil et transmet la bilharziose, une maladie chronique qui touche plus de 200 millions de personnes dans le monde et peut se révéler mortelle. 

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Actuellement, l’équipe du Muséum analyse les prélèvements effectués à la plage de la Savonnière, du Vengeron pour identifier différentes espèces de parasites, parfois concurrentes, présentes sur les escargots contaminés. A terme, l’enjeu est de déterminer tous les facteurs et de les cartographier pour éventuellement développer un système d’alerte comme il en existe pour le pollen. «Et pourquoi pas, rassembler des connaissances qui pourront se révéler précieuses dans d’autres régions du monde.»

«Le risque zéro n’existe pas»

A propos de prévention, combien sont-ils, les baigneurs victimes des puces de canard? «Nous ne tenons pas de statistiques sur les piqûres, car il n’y a pas de déclaration obligatoire», déclare Jacques-André Romand, médecin cantonal genevois. Il énonce les recommandations d’usage: se doucher le plus rapidement possible et se sécher dans la foulée. «Malgré tout, le risque zéro n’existe pas», précise-t-il. Dans la grande majorité des cas, les démangeaisons, bénignes, disparaissent en 24 à 48 heures. Que faire? «Eviter de se gratter et refroidir la peau.»