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Une image de ce à quoi l’étoile Proxima Centauri pourrait ressembler. En orbite autour de cette dernière, la planète Proxima b a été découverte récemment et pourrait se révéler très proche de la Terre et, peut-être, abriter de la vie.
© ESO/M. Kornmesser

Espace

Ce que la science actuelle sait des extraterrestres

Plus que jamais, la quête d’une vie extraterrestre passionne les chercheurs. Succès en Angleterre, «Aliens», publié pour la première fois en français cet été, fait le point sur ce que l’on sait de nos potentiels voisins de galaxie

Depuis près de soixante ans, la science a les yeux rivés sur les étoiles. En 1959, le SETI, institut dédié à la recherche d’intelligence extraterrestre, voyait le jour et, depuis, des millions de kilomètres de cosmos ont été scannés et inondés d’émissions radio.

Mais où en est-on aujourd’hui? L’Univers est-il désespérément vide, ou y a-t-il des raisons de croire que nous ne sommes pas seuls? Pour faire le point, Jim Al-Khalili, professeur britannique de physique théorique à l’Université de Surrey, s’est entouré d’une douzaine de scientifiques de tous bords.

Dans Aliens, vendu à plus de 50 000 exemplaires en Grande-Bretagne et publié cet été dans sa version française, ils décortiquent les quelques certitudes et nombreuses inconnues qui subsistent quant à nos potentiels voisins de galaxie.

Le Temps: Sommes-nous à un tournant dans notre exploration de l’espace?

Jim Al-Khalili: On peut dire ça, oui! Ces dernières années, des avancées dans le domaine de l’astronomie ont rendu la recherche de vie dans l’espace… faisable, tout simplement. Au lieu de nous contenter de pointer un radiotélescope en espérant capter quelque chose d’intéressant, les technologies actuelles nous permettent d’identifier des planètes semblables à la Terre, à l’image de Proxima b, découverte en 2016 à quelques années-lumière d’ici. En 2020, un nouveau télescope, nommé James-Webb, promet d'étudier encore plus précisément la lumière venue d'autres systèmes stellaires. Des recherches pour le moins respectables, alors que les scientifiques, qui les associaient aux théories du complot et aux petits hommes verts hollywoodiens, les ont longtemps dédaignées.

Lire aussi:  La plus proche étoile du Soleil abrite une exoplanète

Le cinéma, comme la littérature, s’empare en effet inlassablement du sujet. Pourquoi cette fascination pour la figure de l’alien?

Parce qu’elle nous renvoie à une question fondamentale: sommes-nous seuls dans l’Univers? Et d’où venons-nous? Pour les croyants c’est simple, Dieu a créé cette planète et nous avec. Mais, scientifiquement, nous aimerions comprendre pourquoi, dans un espace que l’on sait immense, nous ferions office d’exception.

Au contraire, on entend souvent que, au vu de l’immensité de l’Univers, nous devrions avoir un alter ego quelque part…

Ce qui est vrai, c’est que les planètes réunissant tous les ingrédients favorables à la vie – l’eau, l’énergie et le carbone – sont bien plus nombreuses qu’on l’imaginait. On pense même que, sous leurs couches de glace, les lunes de Saturne et Jupiter pourraient être des candidates! Mais ça ne signifie pas pour autant que la vie y soit née comme sur la Terre, ou ait jamais dépassé le stade de cellule microbienne unique.

Car notre propre évolution est le résultat d’une longue chaîne de coïncidences.

Exactement. Et puisque nous n’avons que notre exemple sous la main, nous ne pouvons pas encore chiffrer statistiquement la mince probabilité que ce cas se reproduise. Personnellement, j’ai la conviction que nous observerons des signes de vie microbienne extraterrestre de mon vivant encore.

Et si nous détectons effectivement des voisins, à quoi pourraient-ils ressembler?

Nous avons tendance à tout anthropomorpher: notre alien typique est un E.T., avec deux bras, tout au plus quelques doigts en moins… alors que notre apparence est totalement accidentelle! Le film Premier contact, sorti en 2016, est intéressant à ce niveau car il représente les extraterrestres sous la forme de pieuvres immenses, dont l’intelligence se révèle très éloignée de la nôtre. En réalité, il y a plus de chances que les extraterrestres ne nous ressemblent pas du tout.

Ou qu’ils prennent la forme de machines, comme le suggère votre livre?

En effet. Pensez à l’humanité: nous utilisons déjà des robots alors que nous en sommes au tout début de nos explorations. Il y a fort à parier que, d’ici à quelques centaines d’années, l’intelligence artificielle voyagera pour nous, car elle survit dans des conditions extrêmes. Logiquement, ceux qui nous rendraient visite aujourd’hui devraient être en avance sur nous technologiquement parlant. Il est donc probable qu’ils nous apparaissent sous la forme de machines en silicone plutôt que d’êtres biologiques.

Il se pourrait que les aliens nous aient devancés au point d’avoir déjà disparu…

C’est possible. Sur l’échelle temporelle du cosmos, notre fenêtre de recherche est plus qu’étroite. Peut-être que des civilisations se sont formées puis éteintes il y a des milliards d’années, et que nous avons tout bonnement manqué la fête.

Votre livre pose une autre question intéressante: s’ils existent, pourquoi les aliens entreraient-ils en contact avec nous?

Dans les scénarios hollywoodiens, on les imagine nous attaquer, nous manger ou encore nous utiliser à des fins de procréation. Pourtant, rien ne peut nous assurer que cette forme de vie serait elle aussi basée sur l’ADN, et donc que ces interactions auraient un sens. Et que pourrait-on posséder que cette civilisation avancée n’ait pas déjà? Non, je pense que sa motivation serait avant tout la curiosité. Vouloir savoir et comprendre n’est pas un trait humain, mais un trait d’intelligence.

Pour résumer, nous investissons du temps et des sommes folles à chercher quelque chose d'hautement improbable...

Cet argument revient régulièrement, dans toutes les branches scientifiques: pourquoi rechercher le boson de Higgs au Cern plutôt qu'une cure contre le cancer? Mais comprendre le monde et comment il fonctionne est ce qui nous rend humain. Et nous continuerons à le faire.


Aliens: ce que la science sait de la vie dans l’Univers, sous la direction de Jim Al-Khalili, Quanto, 2018, 320p.

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