Biologie

La science ouvre la voie à l’utilisation des OGM

Les plantes génétiquement modifiées ne nuisent ni à la santé ni à l’environnement, assure le Programme fédéral de recherche chargé du dossier

La science a tranché. Chargé d’évaluer les avantages et les risques des plantes génétiquement modifiées, le Programme national de recherche 59 (PNR 59) a rendu mardi son rapport final sur le sujet. Or, ses conclusions se révèlent aussi claires qu’elles étaient attendues. Selon le document, ces nouveaux organismes ne présentent pas de danger avéré pour la santé humaine ou l’environnement. Et ils constitueront une chance à l’avenir pour le pays, lorsque l’agriculture suisse disposera de moins de sols pour nourrir une population plus nombreuse.

Le PNR 59 est né dans un contexte tendu. Il a été institué en 2005 au lendemain de l’approbation par le peuple d’un moratoire de cinq ans sur l’utilisation commerciale des plantes génétiquement modifiées – moratoire prolongé de trois ans (donc jusqu’en 2013) par le parlement. Il a reçu pour but officiel de profiter du délai accordé pour approfondir la connaissance scientifique en la matière et pour objectif officieux d’introduire plus de raison dans un débat devenu passionnel.

Doté au départ de 12 millions de francs répartis sur cinq ans, le PNR 59 s’est mis au travail en 2007. Il a conduit depuis une trentaine de projets de recherche, dont onze ont été consacrés aux nuisances que les plantes génétiquement modifiées sont susceptibles de causer à l’environnement. Et il a analysé parallèlement un millier d’études étrangères, afin de couvrir le plus grand nombre possible de champs d’investigation, notamment celui des effets de ces organismes sur la santé humaine. Un sujet essentiel auquel il n’a pas paru essentiel de consacrer des études particulières puisque, expliquent les auteurs, «il n’y a pas de raison de supposer qu’en Suisse l’organisme humain ou animal réagisse différemment […] qu’à l’étranger».

Après lecture de ces travaux, le rapport se veut rassurant sur la santé humaine. «Les plantes génétiquement modifiées cultivées commercialement à l’étranger ont été soumises à tous les contrôles serrés de sécurité, affirme-t-il. Jusqu’à présent, des observations à long terme et un grand nombre d’études scientifiques n’ont pas révélé d’effets négatifs […] sur la santé de l’homme et des animaux.» Avant d’assurer que, «dans des cas donnés, le recours à des plantes génétiquement modifiées pourrait même contribuer à prévenir certains risques». Lorsqu’il permet d’éviter, par exemple, l’emploi de pesticides.

Les chercheurs se montrent tout aussi optimistes sur les effets des plantes génétiquement modifiées sur l’environnement. Aucune des études auxquelles ils se sont directement livrés «n’a identifié de risques» en la matière, assurent-ils. Un résultat qui concorde, selon eux, «avec plus de mille études effectuées dans le monde entier et évaluées dans le cadre du PNR 59». Seuls quatre effets négatifs auraient été trouvés au cours de plus de vingt ans d’essais à l’échelle mondiale, poursuivent-ils. Mais il ne s’agirait pas de conséquences spécifiques au génie génétique. Ce serait seulement le résultat d’une «exploitation agricole inappropriée», susceptible d’apparaître tout aussi bien dans le cadre de pratiques conventionnelles.

Le rapport va plus loin. Selon lui, les plantes génétiquement modifiées ne se contentent pas d’être sans risque majeur avéré. Elles représentent aussi une chance. «Les méthodes de production actuellement utilisées dans l’agriculture suisse ne permettent pas d’atteindre les objectifs de protection de l’environnement qui lui ont été assignés, expliquent ses auteurs. Parallèlement, l’agriculture est tenue d’augmenter sa productivité en abaissant les coûts de production. Elle ne peut affronter ce double défi avec succès que si de nouvelles technologies, y compris le génie génétique vert, ne sont pas exclues d’emblée.»

C’est là de la musique d’avenir cependant. Les paysans d’aujour­d’hui n’ont guère avantage à sauter le pas, reconnaissent les chercheurs. Le bénéfice additionnel qu’ils pourraient en espérer serait «relativement faible» et ne dépasserait jamais «la somme versée […] dans le cadre des paiements directs». D’où la demande que les conditions d’octroi des paiements directs et des prestations écologiques requises ne «discriminent» pas la culture des plantes génétiquement modifiées.

Nombre de ces conclusions ont été aussitôt contestées par les adversaires traditionnels du génie génétique. Le chargé d’affaires de StopOGM, Luigi D’Andrea, dénonce un document qui, selon lui, n’apporterait que peu d’éléments utiles à la discussion sur le moratoire. A l’entendre, les recherches spécifiques réalisées dans le cadre du PNR 59 ne peuvent pas être généralisées à d’autres variétés de plantes. Organisées dans des enceintes confinées ou sur des surfaces restreintes en plein air, et ce sur de courtes durées, elles ne seraient pas non plus transposables à des cultures commerciales.

Quant aux analyses d’études étrangères, Luigi D’Andrea les considère comme peu convaincantes. Il assure qu’une majorité de ces travaux sont réalisés ou financés par l’industrie et reviennent à «blanchir» les plantes génétiquement modifiées. De plus, ajoute Luigi D’Andrea, un tel exercice ne saurait se contenter de compiler des publications existantes. ll doit en dégager les méthodologies et en présenter une analyse critique, ce qui n’aurait pas été fait.

L’Union suisse des paysans a réagi de son côté avec prudence. Elle a retenu du rapport qu’à l’heure actuelle le génie génétique réserve autant de coûts que de bénéfices aux agriculteurs. Elle a indiqué en conséquence qu’elle ne voyait pas de raison d’assouplir le moratoire en vigueur, qu’elle propose de prolonger jusqu’en 2017.

A l’inverse, des acteurs comme economiesuisse, scienceindustries (chimie et pharmacie) et Swiss Biotech ont fait part mardi de leur impatience. Un interdit technologique décrété par l’Etat correspondrait à une régression, ont-ils assuré.

«La recherche dans le domaine a d’ores et déjà pris du retard en Suisse, regrette le président du comité de direction du PNR 59, Dirk Dobbelaere. Nos spécialistes ont commencé à s’expatrier en Amérique ou en Asie. C’est très dommage. La Suisse a pour vocation d’être un pays d’innovation et de compétence technologique.»

«Dans des cas donnés, le recours à ces organismes pourrait même prévenir certains risques»

«L’agriculture est tenue d’augmenter sa productivité en abaissant les coûts de production»

Publicité