Est-ce un tournant dans la lutte contre le virus Ebola? La situation est en tout cas inédite. Pour la première fois, les scientifiques disposent de deux vaccins dans leur arsenal thérapeutique, alors qu’une épidémie – la deuxième plus meurtrière de l’histoire – frappe actuellement la République démocratique du Congo (RDC), avec 2194 victimes recensées depuis le 1er août 2018.

Nommé Ervebo (anciennement rVSV-ZEBOV ou VSV-EBOV, ses dénominations expérimentales), le premier vaccin vient tout juste d’être autorisé par la Commission européenne et a reçu le 19 novembre le statut de «préqualification» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), deux étapes du tortueux parcours réglementaire devant aboutir à sa commercialisation.

Seul vaccin «ayant cliniquement démontré son efficacité»

Son dossier se trouve actuellement entre les mains de l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA), qui doit se prononcer d’ici à mars 2020. En cas de feu vert de toutes ces instances, la décision d’autoriser l’Ervebo en RDC reviendra aux autorités du pays. Propriété de Merck, le vaccin a déjà été distribué à plus de 236 000 personnes en RDC, dont 60 000 personnels médicaux, lors d’un essai clinique exceptionnel dit d’usage compassionnel.

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«Avec des premiers tests réalisés lors de l’épidémie de 2014 en Afrique de l’Ouest, l’Ervebo est le vaccin pour lequel les scientifiques disposent le plus de données, c’est le seul ayant cliniquement démontré son efficacité», confirme Eric d’Ortenzio, coordinateur scientifique du consortium REACTing, organisation française chargée de l’orchestration des recherches sur le thème des maladies émergentes.

Des vaccins au mode d'action différent

Outre l’Ervebo, un deuxième vaccin Ad26.ZEBOV/MVA-BN-Filo est arrivé sur le terrain. Développé par Janssen Pharmaceuticals pour l’américain Johnson & Johnson, il est pour l’heure à un stade de développement plus précoce et fait pour la première fois l’objet d’un essai en conditions réelles depuis le 14 novembre, dans le cadre d’une campagne de vaccination.

Etoffer l’arsenal vaccinal semble indispensable

Près de 50 000 personnes, adultes et enfants d’un an minimum et non malades, seront vaccinées dans les quatre mois à Goma, cité frontalière d’un million d’habitants considérée à risque car située à quelques centaines de kilomètres du foyer épidémique, à la population mobile et ayant connu quelques cas l’été dernier. Il est important de mener cet essai en dehors d’une zone épidémique, précise Eric d’Ortenzio, principalement «afin de ne pas créer de confusion dans la population de RDC ni de mélanger les deux stratégies vaccinales».

Les deux vaccins n’entrent pas en compétition, leur mode d’action étant par ailleurs assez différent. L’Ervebo est proposé aux personnes en contact direct et indirect avec des malades confirmés, faisant de celui-ci un vaccin à portée curative. De son côté, celui de Janssen est davantage préventif. Il nécessite deux injections espacées de cinquante-six jours, censées conférer une immunité au virus.

Onze autres vaccins à l'étude

Surtout, étoffer l’arsenal vaccinal semble indispensable. Il paraît peu probable qu’en l’état un seul vaccin suffise pour venir à bout de la maladie. Les épidémies étant par nature imprévisibles, il reste difficile de savoir combien de doses de vaccins seront nécessaires pour les inévitables résurgences du virus Ebola. Sans oublier que la production des vaccins est loin d’être une sinécure, même pour des géants pharmaceutiques. En juillet dernier, l’OMS estimait insuffisant l’approvisionnement en Ervebo.

Quand bien même les stocks repartiraient à la hausse, la logistique d’acheminement, de conservation et de distribution s’avère souvent infernale en RDC, pays en proie à de graves conflits armés. Dans ce contexte, «un deuxième vaccin constitue un outil supplémentaire dans la lutte contre Ebola», dit Eric d’Ortenzio.

Pour l’instant, seul le vaccin de Merck est pratiquement assuré d’obtenir une autorisation. Ce serait déjà un immense pas en avant: lorsque le virus reviendra, les autorités sanitaires pourraient le déployer sur-le-champ, gagnant un temps précieux alors que chaque seconde compte. Et les deux vaccins évoqués ne sont pas les seuls candidats: 11 autres sont à l’étude, à divers stades de développement. Il serait imprudent de crier victoire, mais la science est bel et bien sur le point de remporter une bataille décisive contre Ebola.